« Oui, maître. Je le livrerai bien ! »
Cela passerait pour l'intention d'y organiser un spectacle. Et c'est la « pièce » qu'ils doivent jouer tous les deux. Pour tromper tout le monde et cacher que le vrai spectacle aura lieu à l'Opéra.
Dans la mesure où nous étions de toute façon privés d'attention, mieux valait miser sur un concept mystique sans le révéler aux médias.
Comme ça, on pourrait aussi attraper le traître, donc c'était faire d'une pierre deux coups.
'Posons des appâts pour l'instant, les pièges, ce sera pour plus tard.'
Le traître se cache à présent. En fait, les visages des assistants et du personnel que j'ai vus tout à l'heure étaient vraiment pitoyables.
Tous étaient en colère et attristés comme s'ils n'avaient qu'un seul cœur et un seul esprit, donc impossible d'identifier le traître rien qu'en les observant de l'extérieur.
J'ai donc imaginé un stratagème.
Plus tard, je leur donnerai différents lieux. Ensuite, il faudra surveiller la canne à pêche pour voir où la touche se produira.
« Haa. »
J'ai poussé un profond soupir, évacuant la chaleur qui bouillonnait en moi. Après ça, je me suis un peu calmée.
J'ai reniflé en apercevant l'enseigne « Latrus » sur le chemin.
'Ils n'ont l'air de rien comprendre du tout.'
Il faut bien connaître ses clients principaux. Les corsets, ce sont les femmes qui les portent.
C'est pour ça qu'ils ont cru que les clientes aimeraient voir des mannequins leur montrer l'effet une fois portés, mais honnêtement, je me demande si qui que ce soit achèterait les corsets rien que pour ça.
Ce sont toutes des dames aristocrates à l'ego surdimensionné, aucune chance qu'elles apprécient les produits sous prétexte qu'on a organisé un défilé de lingerie.
S'ils voulaient faire plaisir à leurs clientes, ils auraient dû inverser les genres, non ?
« Oh ? »
C'est une bonne idée, ça ?
Je fronçais des sourcils quand une idée soudaine m'a fait presque bondir sur place.
Comment ai-je pu avoir une idée aussi révolutionnaire ?
'Allez, on se met à poil !'
Si la concurrence se déshabille, on se déshabille aussi. Mais le genre sera différent.
'Tout le monde croit que Lacius est le seul beau gosse, mais Lacius, c'est en fait une étoile dans le ciel.'
Des hommes qui existent dans la vraie vie. Des hommes réellement beaux. Des hommes qui étaient le type du beau gamin d'à côté !
« Ma dame, où dois-je vous conduire ? »
Pile au bon moment, le cocher a demandé. J'ai donné mes instructions avec un sourire carnassier.
« Aux chevaliers Rentus. »
C'était le moment où leur aide était vraiment nécessaire.
Le ordre de chevaliers où je suis arrivée était bondé aujourd'hui aussi. Non, il semblait qu'il y en ait encore plus que d'habitude. Des chevaliers que je ne connaissais pas étaient partout. Je me suis tenue devant la résidence des chevaliers et j'ai regardé à l'intérieur.
« Dame Oberon ? »
« Dame Ziontin ! »
Il n'a pas fallu longtemps pour qu'un visage familier apparaisse dans la foule.
« Il se passe quelque chose ? »
Ziontin s'est approchée de moi avec une tête qui demandait ce que je faisais là. En me rappelant que la première fois où je suis venue, elle m'a dit de partir illico, c'est définitivement une sacrée évolution dans notre relation.
J'ai acquiescé joyeusement et j'ai attrapé la main de Ziontin. Puis j'ai parlé en vitesse.
« J'ai besoin de jeunes hommes forts. »
« … Pardon ? »
« Ceux qui sont déjà adultes, mais relativement jeunes. Y a-t-il de nouveaux chevaliers chez les Rentus ? Pourriez-vous me les présenter ? »
Les yeux de Ziontin questionnaient les conneries que je débitais, mais je suis restée campée sur mes positions. Je ne sais pas s'ils accepteront, mais je peux toujours essayer de leur demander un service.
« Je me demande pourquoi vous cherchez de nouveaux chevaliers jeunes et en forme. »
Mais c'était avant.
Une grande ombre s'est abattue sur moi, et une voix terne et sèche a résonné à mes oreilles.
« Puis-je demander ? »
Quand je me suis retournée, surprise, un frisson suintait des yeux de Lacius qui me fixait.
L'air autour de lui était devenu si glacial que même la personne la plus insensible aurait su qu'il était furax à l'instant. Dame Ziontin lui a vite fait un salut, et les autres chevaliers qui tendaient l'oreille pour écouter se sont raidis sur leurs positions.
J'ai souri maladroitement à Lacius, qui glaçait l'atmosphère rien qu'en apparaissant.
Mmm, Lacius là, tout de suite… il est jaloux, non ?
« C'est que mon commerce va faire face à une grosse crise. »
« Crise ? »
Il est en colère. Évidemment en colère, Lacius a froncé les sourcils. J'ai vite poursuivi mon explication sur le ton qui priait d'écouter de quelle crise il s'agissait.
« Non, enfin, je veux dire. Par coïncidence, le jour même où j'organise un défilé de mode pour la première fois de l'histoire, un concurrent annonce qu'il va en faire un aussi. Bien sûr, le mien c'est des robes et le leur c'est de la lingerie, mais ce ne peut pas être une coïncidence, si ? »
En parlant, je sentais que tout le monde se concentrait sur moi. Personne n'ose respirer grâce à Lacius, et du coup ma voix est la seule qu'on entende dans cette vaste résidence.
Je n'ai pas raté l'occasion et j'ai haussé le ton. C'était une voix pleine de chagrin.
« Il me faut un truc pour contrer un défilé de lingerie. Toutes les gens qui achètent des robes sont des femmes. Donc, si possible, je voulais demander un service aux chevaliers apprentis ou aux nouveaux chevaliers des chevaliers Rentus. Je veux qu'ils montent sur scène. »
Lacius m'a écoutée en silence. Cependant, on voyait qu'il était convaincu, vu que ses sourcils levés redescendaient progressivement à leur place.
Il m'a regardée en bas, moi qui faisais une tête hyper triste.
« Je sais que c'est une demande déraisonnable, mais je vous serais très reconnaissante si vous pouviez m'aider… En fait, parlons des chevaliers Rentus, ne sont-ils pas les meilleurs chevaliers de Terran ? Je peux demander de l'aide à d'autres chevaliers, mais ils ne vaudront pas les chevaliers Rentus. »
Au fur et à mesure que je rendais mes mots plus flous, je voyais certains visages de chevaliers s'illuminer.
Mes épaules se sont affaissées et mes doigts tremblaient, comme si j'allais éclater en larmes.
« Je suis désolée si c'était une demande inconvenante. Le personnel de mon habillage touche à peine leur paye… Si mon commerce fait juste faillite, moi ça ira, mais les employés qui sont des roturiers vont galérer… Je l'ai fait par sens des responsabilités. Je suis vraiment désolée. »
J'ai finalement baissé la tête.