Je, magistrat du district nord, avais rassemblé l'élite de mes hommes d'armes et me dirigeais vers la lande en leur compagnie.
Pour enquêter moi-même sur ce village de la lande — ou plutôt, cette ville.
« Cependant, seigneur Danto. Pourquoi vous donnez-vous la peine d'aller enquêter vous-même sur une ville pareille, en pleine lande ? »
C'est le capitaine Bazara, qui commande cette troupe d'élite, qui posa la question avec perplexité.
Il sert ma famille depuis des générations, possède un Don de combat et est un guerrier capable de terrasser un orc à lui seul.
« En fait, quelque chose me préoccupe. J'ai jugé préférable d'y aller personnellement. »
« Une préoccupation, dites-vous ? »
« Oui. … Il se peut que le fils du seigneur Albeil, -sama, se trouve dans cette ville de la lande. »
« Quoi ? »
Tout le monde pensait que l'aîné, -sama, hériterait un jour du fief.
Mais pour une raison inconnue, il avait été envoyé sur une terre de colonisation juste après le rituel de bénédiction.
Ce n'était qu'une rumeur.
La famille seigneuriale ne devait pas tenir à la rendre publique.
C'est pourquoi moi, le magistrat, n'en connaissais pas les détails.
En revanche, le fait que le cadet, -sama, ait reçu le Don « Technique du saint épéiste » lors du même rituel s'était répandu dans tout le fief en un rien de temps.
Si -sama l'avait également reçu, tout le fief l'aurait su aussi vite que pour -sama.
Puisque ce n'est pas le cas, il est certain que -sama n'a pas pu hériter de la « Technique du saint épéiste ».
Mais rien que cela ne justifiait pas qu'on l'envoie coloniser des terres.
Il a donc dû recevoir un Don indigne de la maison Albeil.
On ne sait pas quelle terre de colonisation.
Mais j'ai l'intuition que c'est cette lande où nous nous rendons.
« Cela dit, on a peine à croire qu'une lande pareille ait pu être colonisée en si peu de temps… »
Enfin, quoi qu'il en soit, nous verrons bien sur place.
Bientôt, la lande apparut devant nous.
Une étendue de sable et de rochers où poussaient à peine quelques herbes.
Pourtant, en plein milieu de cette désolation, elle existait bel et bien.
« Qu… qu'est-ce que c'est que ça ? »
Bazara écarquillait les yeux.
C'était compréhensible. Même moi qui avais reçu les rapports, je peinais à croire ce que je voyais.
Comme pour tailler dans la lande morne, des murailles s'étendaient à perte de vue, à gauche comme à droite.
Des murailles aussi imposantes que celles de Riesen, la ville où je réside habituellement.
« Quoi qu'on en pense, ce n'est pas un village. C'est indubitablement une ville. »
« Donc, en à peine six mois, ils auraient bâti une ville dans cette lande ? »
Bazara et moi échangeâmes un regard, ne pouvant que hocher la tête, perplexes.
Qu'une chose pareille soit impossible, la terre rougeâtre qui nous entourait en témoignait.
Quoi qu'il en soit, nous nous approchâmes de la ville.
Arrivés près de la porte, un homme montra son visage par une ouverture pratiquée à mi-hauteur du rempart.
Un visage de voyou, comme on en voit dans les bas-fonds.
On l'aurait pris pour un bandit sans sourciller.
… Ce n'est pas vraiment des bandits, j'espère ?
« Que voulez-vous dans ce village ? »
« Je suis Danto, magistrat du district nord du territoire d'Albeil. Pardonnez cette visite inopinée, mais je souhaiterais m'entretenir avec le représentant de cette ville… de ce village. »
Comme l'autre parlait de village, je m'alignai sur ses termes par prudence.
Un village avec de telles murailles, ça n'existe pas.
Une ville de cette envergure exigerait un certain temps pour les vérifications d'usage.
C'est ce que je pensais, mais la porte s'ouvrit en moins d'une minute.
Apparemment, on nous autorisait à entrer.
« Soyez tranquille, seigneur Danto. Quels qu'ils soient, ce n'est qu'une ville de frontière. Tant que nous sommes là, votre personne ne courra aucun danger. »
Bazara s'en porta garant avec une assurance totale.
« C'est… »
Mais dès que nous franchîmes le seuil, nous restâmes bouche bée.
Car ce qui s'étendait devant nous n'était pas une ville, mais des champs.
« Des terres agricoles à l'intérieur des murailles… ? Il y a une double enceinte… »
D'ordinaire, les fermes sont hors les murs, l'intérieur étant réservé à l'habitation.
Inutile de le dire, ceindre une vaste surface de murailles demande des fonds et une main-d'œuvre considérables.
« Les gens doivent vivre seulement à l'intérieur du second rempart. L'échelle est plus petite que prévu. »
Bazara souffla, soulagé, mais moi, je ressentis au contraire une frayeur grandissante.
Comment, au juste, avaient-ils pu ériger autant de murailles ?