Je n'avais pas exagéré mes attentes, loin de là.
La viande d'orc, c'est délicieux à en pleurer.
« Hein ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Le jus de viande déborde et remplit ma bouche de bonheur ! »
Qu'est-ce qu'il veut dire, "au fond, c'est juste du porc un peu meilleur" ?
Rien à voir avec ce que j'ai mangé chez mes parents.
« La fraîcheur n'est pas la même. Un orc, ce n't pas un monstre qui vit n'importe où. Avant d'arriver sur le marché, il s'écoule inévitablement plusieurs jours. »
J'acquiesce aux explications de Selen.
Si un orc est découvert près d'une ville, des soldats du seigneur ou des aventuriers sont dépêchés sur-le-champ.
Ils sont exterminés avant d'avoir le temps de se reproduire, donc ils n'habitent que dans des contrées reculées comme celle-ci ou au fin fond des forêts.
D'ailleurs, un orc est trop dangereux pour en faire du bétail.
Le seul moyen d'obtenir sa viande, c'est de le chasser à l'état sauvage.
« Qu'est-ce que c'est que çàââââââ ?! »
« C'est trooop booôn ! »
« Chef du villageeeee ! »
Les villageois sont saisis d'effroi et tournent à l'hystérie devant la saveur de cette viande d'orc qu'ils n'avaient jamais goûtée.
Dire ça, mais vu le nombre de bouches à nourrir et même avec deux bêtes entières, la part de chacun reste infime.
Pourtant, on a aussi servi de l'alcool qu'on a commencé à produire récemment, et la fête de la viande a duré tard dans la nuit.
« Encore des légumes sacrément gros… »
Devant les nouveaux légumes récoltés aux champs du village, je reste bouche bée.
Des carottes grosses comme ma cuisse, des pommes de terre de la taille de ma tête.
Quant aux choux chinois, ils sont plus grands que mon corps.
Déjà à la première récolte, les légumes étaient bien plus gros que la normale, mais cette fois, ils ont surpassé même ça.
En plus, la période jusqu'à la récolte a raccourci, et le nombre de légumes récoltés a aussi augmenté.
« C'est peut-être grâce au Don "Agriculteur expert" ? »
Avec l'arrivée de la quatrième vague de réfugiés et même de la bande de bandits, je craignais qu'on manque de nourriture… mais vu l'état des choses, ça devrait aller.
On risque même d'avoir des surplus.
Surtout qu'on est en été.
La saison où la nourriture pourrit vite.
« Bon, Selen, la demande habituelle. »
« Oui, oui. »
Selen utilise sa magie bleue pour geler les légumes.
Une fois congelés et entreposés dans l'entrepôt en terre, ils se conservent frais plus longtemps que d'habitude.
« … Chef du village, j'ai en fait une demande à vous faire. »
« Berrit-san ? Oui, quoi ? »
Berrit-san, le représentant des réfugiés, arrive sur un ton formel, alors je l'écoute.
« Comme je vous l'ai déjà dit, la plupart d'entre nous ont laissé leurs parents âgés au village… »
« Ah, c'est bon. »
Devinant la requête de Berrit-san, j'acquiesce immédiatement.
Les réfugiés qui sont venus dans ce village ont abandonné leur village d'origine, laissant derrière eux les personnes âgées dont la force déclinante risquait de les ralentir.
Mais maintenant qu'ils ont trouvé un nouveau lieu où s'installer, il est naturel qu'ils veuillent les faire venir.
Ils ont dû se taire jusqu'ici pour ne pas charger ce village.
« Vous voulez les amener ici, c'est ça ? Bien sûr, no problem. »
« Vra, vraiment ?! »
« Oui. Heureusement, la nourriture est en surplus… tiens, Selen. »
« J'ai entendu. Tu veux qu'on fasse l'escorte, c'est ça ? »
Comme ils risquent de croiser des bandits, je décide de demander la coopération de l'équipe de chasse dirigée par Selen.
Bien sûr, parmi eux aussi, certains ont dû laisser parents ou grands-parents.
« -sama ! Permettez-nous, à nous aussi, de vous aider ! »
« Hm ? »
Une voix anormalement énergique retentit, je me retourne pour voir qui c'est.
Ce sont les bandits qui, il y a peu, sortaient du centre de réhabilitation, complètement vidés de leur substance.
« Nous n'avons pas de Don de type technique martiale, mais nous avons l'habitude de nous battre ! »
« En cas de pépin, utilisez-nous comme boucliers ou comme leurres ! »
« Nos corps coupables ne reculent devant aucun sacrifice ! »
Devant une telle métamorphose, j'en doute de mes yeux.
« Hein ? Vous… vous êtes vraiment les mêmes que l'autre jour… ? »