Dans le quartier des restaurants, je tombe sur une femme à l'embonpoint prononcé.
Je n'ose y croire, mais vu sa tenue typique de l'Est et le sabre qu'elle porte à la ceinture, c'est évidemment Akane-san.
« Akane-san ? »
Quand je l'appelle, Akane-san se retourne, cinq hamburgers dans les bras.
« Mou ? N'es-tu pas Luke-dono ? Que t'arrive-t-il ? »
« "Que t'arrive-t-il", c'est ma réplique. Qu'est-ce que tu fais dans un endroit pareil ? »
« Qu-quoi, "quoi" ? J'achète des hamburgers, pour de vrai ! Mais dis donc, c'est incroyablement bon ! C'est un aliment qui n'existait pas dans mon pays ! »
Akane-san, manifestement troublée, se dépêche de cacher quelques-uns des cinq burgers derrière son dos.
Un peu tard pour les planquer, ceci dit.
« Le problème n'est pas le nombre de hamburgers. Et l'entraînement, alors ? »
« C-c'est purement pour me sustenter, pour de vrai ! On dit bien que le ventre vide ne fait pas la guerre, non ? »
« Hum. Mais j'ai ouï dire que tu ne vas plus du tout au terrain d'entraînement, ces temps-ci. »
« Gikku…… »
Acculée, Akane-san se met à suer à grosses gouttes.
« Dis voir… ça te dérangerait si j'allais jeter un œil à la chambre que je te prête ? »
« N-non, c'est… comment dire… c'est pas commode pour l'instant… »
« Euh, si je me souviens bien, c'était par ici, la chambre en question. »
J'agrippe la main d'Akane-san qui bafouille, et je téléporte.
« En un instant pareil… Si je pouvais faire ça, je pourrais me procurer de la nourriture bien plus facilement… »
« Tu marmonnes quoi ? C'est bien cette chambre ? J'entre ? »
« Ha!? N-non, attends un peu— »
« J'entre. »
J'ouvre la porte d'entrée sans lui laisser le choix.
Une odeur pestilentielle s'en exhale aussitôt.
Probablement des déchets de cuisine, ou quelque chose du genre.
« Beurk, c'est… »
Je pince le nez malgré moi et scrute l'intérieur : le sol est jonché de restes de repas.
Papiers d'emballage de burgers, piques à brochettes, verres sales pas lavés, et j'en passe.
Tout porte à croire qu'elle a tout mangé là, en vrac.
« Y a des restes jusqu sur le lit… Et en si peu de temps, les drains sont tachés au point d'être irrécupérables… Je vois… En clair, tu ne t'entraînes pas, tu te planques dans ta chambre à bouffer et dormir en boucle, c'est ça ? »
Mon diagnostic au cordeau laisse Akane-san incapable d'autre chose que de gémir « Uu ».
« Hey, tu séjournes pas dans ce village pour t'entraîner, à la base ? »
« ……D-datte ! »
Akane-san, dont la graisse tremble de tout son corps, hurle soudain.
« C'est la faute de ce village si ses repas sont trop bons, pour de truûûûûûûû !! »
Elle attrape l'un des burgers tout frais, en arrache l'emballage et y enfonce les dents.
Pourquoi tu manges MAINTENANT !?
« Uuuu, c'est bon ! Miam miam ! C'est vraiment trop bon, pour de vrai ! Miam miam miam ! Une bouchée et mes mains ne s'arrêtent plus, pour de vrai ! Miam miam miam miam ! »
Elle l'engloutit en un clin d'œil et passe illico au suivant.
« Un seul ne me suffit pas, pour de vrai ! Miam ! Encore un ! "Encore un", et avant de m'en rendre compte, j'en ai avalé cinq, comme ça, pour de vrai ! Miam miam miam »
Voilà comment, au lieu de s'entraîner, elle a tout bouffé et a gonflé comme une baudruche.
« …Dis, ta détermination d'avant, c'était du pipeau ? Te laisser asservir par l'appétit et retourner ta veste si facilement, c'est ça, un samouraï ? Si c'est le cas, les samouraïs valent pas grand-chose, hein. »
Je l'enfonce exprès, avec méchanceté.
« Ha!? »
Revenue à elle, sans doute, sa main qui portait le burger à sa bouche se fige.
« Qu'est-ce que j'ai bien pu faire, moi… Oublier ma fierté de samouraï, perdre la tête pour de la bouffe… »
Le hamburger lui échappe des mains tremblantes et salit le sol.
« Une honte qu'on ne peut laver qu'par la mort ! Je me fais seppuku ! »
« Waaaah, attends un peu ! »
« ……Mu ? »
Akane tente encore de s'ouvrir le ventre, mais sa main s'arrête net au moment d' saisir le tantō.
« Ma-mais la viande me gêne, je peux pas sortir le poignard…!!? »
Je m'effondre sur place, foudroyé.