« On n'aurait jamais cru qu'en si peu de temps, on puisse construire une chose pareille sous terre... »
C'est ce que laisse échapper, stupéfait, un homme vigoureux aux tempes grisonnantes.
Il s'agit du duc Kaion, qui gouverne le nord du royaume.
L'une des deux seules familles ducales du royaume, possédant le plus vaste territoire.
Toutefois, l'ensemble de ses terres se situe dans une région extrêmement froide, une zone de fortes chutes de neige où, en hiver, les déplacements entre villes deviennent même difficiles.
C'est sous la capitale ducale, la plus grande ville de ce territoire, qu'une gare ferroviaire a été construite.
Il est venu en personne en inspecter les lieux.
« Toutefois, je n'arrive toujours pas à y croire. De là jusqu'à la capitale royale, en utilisant ce... "train", on peut parcourir la distance en à peine quelques heures... »
« Dans ce cas, voulez-vous l'essayer une fois ? »
« Cela ne pose-t-il pas de problème ? »
« Non. Nous avons déjà terminé la pose des rails jusqu'à la capitale royale. »
Celui qui échange avec le duc Kaion est l'artisan même de cet espace souterrain, bâti en un clin d'œil.
« Cela dit... J'avais ouï dire que Luke-dono était un jeune garçon. »
De quelque angle qu'on l'observe, la personne présente est une adorable jeune fille.
« Ah, oui. Pour des raisons diverses, je suis dans cet accoutrement, mais je suis un homme. »
« C-C'est ainsi... »
Quelles que soient ces raisons, le duc Kaion ne pouvait même pas commencer à l'imaginer.
Pour info, le duc l'ignore, mais l'individu devant lui n'est pas Luke lui-même, mais un double.
Par la suite, le duc monta à bord du train et fut frappé de stupeur par ses performances.
En une trentaine de minutes à peine, il parvint à la ville la plus au sud du duché.
« C-C'est bien la ville de Kirie... ! Est-il vraiment vrai que nous ayons parcouru cette distance en si peu de temps... ? »
Tout en promenant son regard sur les rues, le duc reste figé, hébété.
« De plus, voyager sous terre signifie qu'on ne subit pas l'influence de la neige... Ainsi, il sera utilisable même en hiver. À une telle vitesse, on peut transporter de grandes quantités de personnes et de marchandises tout au long de l'année... C'est prodigieux... Il va de soi que Sa Majesté le Roi veuille le déployer dans tout le pays. »
Il apportera sans aucun doute d'immenses bienfaits à ce pays et à ce territoire.
Duc though he may be, au vu de l'intérêt de ses terres, il ne peut s'opposer à ce courant.
« (On dit que la maison royale vise la centralisation. Cela doit en être un jalon. Certes, pour éviter l'émergence d'un second Albeil, c'est une mesure nécessaire.) »
De génération en génération, la famille ducale de Kaion a entretenu de bonnes relations avec la maison royale.
À moins de demandes manifestement injustes envers son territoire, il comptait bien continuer sur cette voie.
« (Quel avenir nous attend dès lors... Pour notre maison ducale aussi, le moment présent constitue un immense tournant.) »
Il s'apprêtait à regagner la capitale ducale en train, mais :
« Pour le retour, nous allons utiliser une méthode plus simple. »
« Quoi ? »
L'instant d'après, le château familier du duc s'étendait devant ses yeux.
« C'est de la téléportation. »
« ...Le train ne sert donc à rien ? »
C'est au moment où le duc laissait échapper ce grognement que :
« Merdre ! Lâchez-moi ! »
« Ne bougez pas ! Suivez-nous sagement ! »
Des voix bruyantes s'élèvent. En se retournant, on voit quelqu'un, semble-t-il coupable d'un crime, être emmené de force par des soldats.
À y regarder de plus près, celle qui résiste et crie est une toute jeune fille.
« Encore un homme-bête... »
Le duc Kaion soupire.
« Homme-bête ? »
« C'est la première fois que vous en voyez un ? Regardez, il a des oreilles semblables à celles d'une bête. »
« Effectivement... »
« Ces oreilles et cette queue sont les traits distinctifs des hommes-bêtes. Ils vivent plus au nord encore de ce duché, et attaquent villages et villes pour piller. C'est un problème qui tourmente nos terres depuis des années. »
Ce duché joue aussi le rôle de rempart pour le royaume contre les invasions des hommes-bêtes.
Même si la maison royale a demandé sa coopération contre l'armée d'Albeil, il n'a pas pu y répondre favorablement aisément, car il lui était difficile de mobiliser ses troupes au cas où.
Protéger ce vaste territoire s'étendant d'est en ouest contre des hommes-bêtes qui peuvent surgir n'importe quand, n'importe où, n'est pas chose aisée.
« Capturer un homme-bête aux capacités physiques élevées est difficile. Néanmoins, quand on a la chance d'en attraper un, j'ai ordonné de l'amener systématiquement au château afin d'obtenir des informations sur eux. »