« Ce vicomte Frenko, encore ! Il ose attaquer à nouveau sans la moindreonce de honte ! »
C'est par cette colère que le vicomte Dolts, seigneur de ces terres, réagit en apprenant l'invasion de son rival de toujours.
Les deux maisons vicomtales traînaient depuis longtemps un contentieux territorial, mais les générations successives de seigneurs avaient toujours su trouver un compromis, évitant de justesse un conflit d'envergure.
Cependant, depuis que les deux actuels chefs de famille avaient pris la tête de leur maison respective, les relations s'étaient brutalement dégradées.
Au point de multiplier les escarmouches à répétition.
« Avec mes vaillants soldats de Dolts, balayer les troupes mollassonnes de Frenko, à son image, sera plus facile que de tordre le bras d'un nourrisson ! Nous leur ferons mordre la poussière ! »
Le vicomte Dolts l'affirmait avec une assurance totale, lui qui avait été condisciple du vicomte Frenko à l'académie royale de la capitale.
Rivaux dès leur entrée, ils s'étaient affrontés violemment maintes fois pendant leur scolarité, nourrissant une haine mutuelle toujours plus profonde.
Tous deux devenus chefs de famille, leur querelle personnelle avait fini par embraser leurs terres respectives.
« Mon seigneur ! C'est terrible ! »
« Qu'y a-t-il ? »
Un vassal accourut, visiblement paniqué, pendant que le vicomte supervisait les préparatifs militaires.
« L'ennemi aligne environ cinq mille hommes. Nous avons tenté de mobiliser le même nombre, mais... nous n'avons pas réussi à rassembler le moindre soldat. Pour l'instant, nous peinons à réunir à peine trois mille hommes... ! »
« Quoi ? Qu'entends-tu par là ? Ceux qui refusent la levée encourent de lourdes sanctions ! Il est impossible qu'ils ne se présentent pas ! »
Face à ce rapport incompréhensible, le vicomte Dolts éleva la voix.
« C'est que... en réalité, il semble que la population même de notre territoire ait chuté de façon drastique... »
« Quoi... !? »
Devant cette réponse totalement inattendue, le vicomte Dolts resta coi.
« La fuite des sujets s'accélérait 조금씩 depuis un moment... mais depuis quelques mois, le phénomène s'est emballé... On signale déjà plus de cinquante villages purement et simplement disparus... »
« Cinquante villages rayés de la carte !? Mais où sont passés les villageois !? »
« La grande majorité a probablement rejoint... ce village de la lande... »
À l'est du territoire s'étend une lande stérile.
La rumeur d'un nouveau village y étant né était parvenue aux oreilles du vicomte Dolts.
« ...Un village de colonisation du duché d'Albeil... ! Mais même en un court laps de temps, un tel afflux ne peut être absorbé entièrement ! Ils finiront bien par revenir, m'étais-je dit ! »
C'était le territoire du duc d'Albeil, aussi le vicomte ne pouvait-il y porter la main, le laissant quasi en totale liberté.
Pourtant, il ne pouvait imaginer qu'un misérable hameau de lande possède une telle capacité d'accueil.
C'est pour cela qu'il l'avait ignoré jusqu'ici.
« C'est... exact... mais le village s'est développé à une vitesse dépassant toutes les prévisions... À présent, ce n'est plus un village, c'est une ville... et qui plus est, l'une des plus grandes du duché d'Albeil... »
« L'une des plus grandes du duché d'Albeil !? Ce n'est qu'un village né il y a quelques années ! Comment est-ce possible !? »
« C'est que... malheureusement, tous les enquêteurs envoyés sur place n'en sont jamais revenus... nous ignorons les détails... »
« Qu'est-ce que ce village... »
Dès lors, l'armée de Dolts encaissa défaite sur défaite face aux troupes de Frenko.
À forces égales à la base, la perte massive d'effectifs rendait l'issue inévitable.
Et enfin, la grande armée du vicomte Frenko marcha sur la capitale même du territoire.
Une défense pure aurait pu tenir un temps, mais sans renforts envisageables, la chute n'était plus qu'une question de temps.
« Monseigneur ! Fuyez la capitale tant qu'il en est encore temps ! »
« Quoi !? Tu oses me dire de tourner le dos à l'ennemi et de m'enfuir ! »
« C'est pour pouvoir vous relever ! Si vous tombez ici entre leurs mains, vous ne pourrez jamais récupérer vos terres ! Guettez l'occasion, et un jour, vous leur ferez voir de quel bois vous vous chauffez ! »
« K... bon ! Vicomte Frenko ! Ne crois pas avoir gagné ! Celui qui rira le dernier, ce sera moi... ! »
Ainsi le vicomte Dolts s'enfuit de sa capitale, emmenant ses principaux vassaux.
Et la destination qu'il choisit fut précisément ce village de la lande, cause première de sa déroute —