« Hé, quel est ton affaire ? »
« Une consultation importante, juste toutes les deux. »
La fête d'anniversaire de Ver se déroulait comme prévu au manoir de la capitale du margrave Breithleder.
Les invités, rien que les nobles de tout rang et les marchands, dépassaient les deux cents.
Le margrave Breithleder lui-même s'y était exceptionnellement montré, et Brantack-sama avait apparemment été chargé de trier les participants au préalable.
Puisque des figures aussi éminentes que le ministre des Finances Ruckner, le Cardinal Hohenheim, le ministre de la Guerre Edgar et le ministre de l'Agriculture Brookner y assistaient, il a dû penser qu'il perdrait la face s'il ne participait pas lui-même.
Et puis….
« Garçon ! Joyeux anniversaire ! »
Le « Maître Muscles » autoproclamé par Ver, Maître Armstrong, qui monopolisait récemment l'attention publique, y assistait également, et lui offrit une poignée de main si intense qu'on craignait que sa paume ne s'envole en éclats.
« Désormais aussi, visons ensemble le sommet des mages ! »
« Maître ! Mal ! Mal ! »
On lui tapa dans l'épaule avec une telle vigueur qu'on aurait cru que l'os allait se briser.
Par la suite, Ver soigna discrètement sa paume et son épaule par magie de guérison.
Il a peut-être même eu des crevasses.
Entre les salutations sans fin et la déferlante de cadeaux, Ver fut bien occupé, mais ses obligations prirent enfin fin, et la semaine suivante, une fête d'anniversaire réservée aux proches serait organisée.
Les participants : Erwin, moi, Luise, Elise.
Brantack-san, Maître Armstrong, Artegio-san, Erich-san, Paul-san, Helmut-san.
S'y ajouteraient Myriam-san, l'épouse d'Erich-san, ainsi que le couple Brant.
Artegio-san y participait aussi, incidemment, mais c'est peut-être là le fruit du talent de cet homme d'affaires influent pour tisser des réseaux.
« Le gâteau, c'est Elise qui s'en charge. Pour le cuisine, nous avons l'aide de Myriam-san et de l'épouse. »
Par « l'épouse », il faut entendre Marion-sama, l'épouse de Rüdiger-sama.
Issue d'une famille de chevalier et mariée dans une famille de chevalier, elle sait naturellement cuisiner.
Les femmes des maisons nobles mineures ont aussi leur lot de difficultés.
« La consultation, c'est pour le cadeau de Ver. »
L'intéressé dit : « Pas la peine. Votre présence à la fête me suffit. »
Pourtant, tout le monde semble préparer quelque chose.
Erich-san offre un cadeau à Ver chaque année depuis qu'il a quitté la maison, et Ver lui rend la pareille chaque année.
C'est un fonctionnaire subalterne, donc il n'a pas tant de marge financière.
Malgré tout, il choisit des pulls au bon goût utilisables en ville, ou des ouvrages magiques rares dénichés à la capitale.
Ce ne sont pas des objets onéreux, mais son sens du choix est si remarquable que Ver disait : « Ce sens du goût, je ne peux pas l'imiter. »
Les autres y réfléchissent sans doute chacun de leur côté.
« Nous aussi, il faut qu'on y pense. Un truc qui marque. »
« Si tu te lances là-dedans à l'aveuglette et que tu rates, ce sera la catastrophe. »
Luise doit certainement avoir Elise en ligne de mire.
D'ailleurs, Elise cousait habilement des vêtements d'homme.
Non seulement la cuisine, mais la couture aussi serait son fort.
Luise s'était même écriée : « Quoi, cette surhumaine parfaite ! »
Interrogée, elle répondit : « Il arrive que l'Église organise des bazars de charité, je cousais des vêtements pour y contribuer. »
Elle confectionne et raccommode aussi souvent des habits pour les enfants de l'orphelinat.
Comment dire… « Ne sous-estimez pas l'Église ! », c'est bien ça.
Pour devenir une bonne épouse, une éducation à l'Église ne serait pas de trop.
« C'est pourquoi, pour contrer cette Elise au score parfait ! »
En disant cela, Luise sortit un vieux livre.
Vu la reliure en cuir de la couverture, il s'agissait probablement d'un tirage limité destiné à quelques amateurs.
Son ancienneté suggérait une valeur d'antiquité.
Mais où Luise avait-elle mis la main sur un livre aussi cher ?
« Où l'as-tu acheté ? »
« Je l'ai emprunté. Au margrave Breithleder-sama. »
Elle l'aurait emprunté après la fête d'anniversaire de l'autre jour.
« C'est quoi comme livre ? »
« Un livre pour rendre Ver dingue de nous, parait-il. »
D'ailleurs, j'avais entendu de mon père que le seul passe-temps du margrave Breithleder-sama était la collection de livres anciens rares.
Celui-ci en fait sans doute partie.
Le lien entre cette collection précieuse et le fait que Ver devienne fou de nous restait obscur, ceci dit.
« Mais ne pas nous le donner, c'est radin. »
« C'est peut-être un livre si rare qu'on ne le retrouvera jamais. »
Au-delà du prix, il existe des ouvrages anciens si introuvables qu'aucune recherche ne les déterre.
« Quel genre de livre ? »
Tout en parlant, je jetai un œil à la couverture.
« L'après-midi des servantes, le maître de maison comme une bête sauvage. »
Je rectifie.
Un tel livre, l'emprunter suffit amplement.
« Rien que le titre donne un mauvais pressentiment. »
« Puisque le margrave Breithleder-sama a eu la gentillesse de nous le prêter. »
Reprenant mes esprits, je décidai d'en examiner le contenu.
Mais le margrave Breithleder-sama a-t-il vraiment lu ce livre ?
L'image de l'administrateur froid que j'avais de lui menace de s'effondrer.
Ou alors, c'est parce qu'il accumule le stress qu'il se tourne vers ce genre de lecture.
« Et alors… "Nous sommes un duo de servantes qui aiment leur maître. Mais récemment, il se peut qu'il se lasse de nous." »
Le titre était celui qu'on sait, mais l'incipit pulvérisait l'espoir qu'on pouvait nourrir.
Le style, même à mon œil profane, est banal.
Le contenu ressemble à ces romans interdits aux mineurs que la capitale frappe parfois d'interdiction.
Les caractères chinois y sont abondants, et c'est peut-être le seul point où la qualité de ce livre est élevée.
« Je continue. »
« Oui… »
Pour résumer, l'histoire raconte comment deux jeunes servantes rivalisent d'ingéniosité pour ne pas lasser leur maître.
Chapitre 1 : Le volume de la servante minijupe.
Chapitre 2 : Le volume de la servante aux oreilles de chat.
Chapitre 3 : Le volume de la servante majordome travestie en homme.
Chapitre 4 : Mettez la main sur l'uniforme de serveuse du café populaire !
Chapitre 5 : Dernier recours, grande opération "cadeau de la nuit" !
Il y avait encore des chapitres après, mais plus je lisais, plus c'était idiot, alors j'arrêtai là.
« C'est à hurler de bêtise. »
« Les hommes aiment ce genre de truc, apparemment. »
Le problème, c'est quoi en tirer comme référence.
Une tenue de servante à jupe ultra-courte, des oreilles de chat sur la tête et une queue sur les fesses, se travestir en homme, se procurer l'uniforme du café à la mode qui existe encore à la capitale.
« Ina-chan, je pense que le dernier est le plus efficace. »
« C'est le plus honteux, non ? »
Le jour de l'anniversaire du maître, nue avec un ruban enroulé.
« Nous sommes ton c-a-d-e-a-u », était-il écrit dans le livre.
Dans la réalité, une scène à peine imaginable.
Mais chez un grand noble, qui sait, ils le feraient peut-être pour de vrai.
J'ai l'impression que mon jugement normal s'émousse peu à peu.
« C'est honteux, tout simplement. Enfin, si on le fait, je crois que tout sera fini… »
Si Ver est content, c'est gagné, mais il pourrait aussi être ahuri.
« Mais c'est un livre du margrave Breithleder-sama. »
« Si tu le dis comme ça… »
L'autre est le chef de notre maison suzeraine, ne rien faire poserait problème.
Je me disais ça, mais c'était aussi parce que sans cette justification, la honte m'empêchait de passer à l'acte.
Cependant, sous prétexte que d'autres le font, le margrave Breithleder-sama a osé nous refiler un livre pareil.
Comme il n'a pas pu nous envoyer une fiancée de son clan, il doit beaucoup attendre de nous.
« Si Dame Anita faisait ça selon le livre… »
« Stop ! »
C'est peut-être irrespectueux envers la maison suzeraine, mais si Dame Anita, la quarantaine passée, séduisait Ver avec la tenue de ce livre, même Ver se fâcherait.
Elle pourrait renoncer à son statut de filleule et aller se plaindre chez Erich-san.
« C'est pas possible… »
Hélas, nous ne sommes que des filles d'arrières-vassaux.
Nous ne pouvons désobéir aux ordres du margrave Breithleder-sama.
Quant à la responsabilité du résultat, nous ne la connaissions pas non plus.
« La couleur des rubans : bleu pour moi, rouge pour Ina. »
« Assorti à la couleur de nos cheveux… »
Vraiment, une décision sans importance.
Malgré tout, nous achetâmes les rubans pour le jour J, fîmes des répétitions minutieuses et y passâmes du temps.
« Haaaa ! J'ai sommeil. »
Et vint le jour de l'exécution.
La fête d'anniversaire de ce jour-là se termina joyeusement dans une ambiance chaleureuse.
Tout le monde mangea avec entrain, offrit ses cadeaux à Ver, qui souffla les bougies du gâteau.
Ver semblait s'amuser, ce fut une fête vraiment réussie.
Et cette nuit-là.
Enfin, l'heure d'exécuter le plan arriva.
« Tu as bien réussi à t'introduire dans la chambre de Ver. »
« La technique secrète du style Matō, l'art d'effacer sa présence, a été utile. »
On a l'impression de gaspiller un art précieux, mais il ne reste plus qu'à attendre que Ver rentre.
« Pas honteuse. C'est pour Ver. Pour moi. »
« T'as pas besoin de te trouver des excuses. Ce genre de truc, c'est bête et amusant. »
Au moment où nous en étions là, la porte s'ouvrit et Ver entra en se frottant les yeux, encore endormi.
Voilà, le combat commence.
« Euh… »
Nues, un ruban passé aux endroits qu'on ne doit pas montrer, noué en papillon sur le dessus de la tête pour bien être visibles, Luise et moi.
Ver semble surpris par cette irruption.
Plus qu'à foncer.
Si on rougit mal maintenant, on n'en aura que plus honte après, comme l'écrivait ce livre stupide.
Au contraire, se libérer soi-même mène à la victoire future.
« (Plus de retour en arrière possible !) Nous sommes ton c-a-d-e-a-u. »
Nous récitâmes la réplique en chœur, exhibant à Ver le fruit de nos répétitions de pose.
Même si Ver d'ordinaire se retient et nous embrasse à peine.
Même s'il jette parfois un regard furtif sur la poitrine d'Elise, geste parfaitement inutile.
Face à cette attaque de front à deux nues au ruban, il ne devrait pas avoir de parade.
Le livre de référence a des problèmes, mais c'est la volonté du prêteur, le margrave Breithleder-sama.
« (Alors, quelle réaction ? Peut-être… ) »
En gardant en tête la possibilité d'un Ver excité, j'attendis avec Luise de voir comment il réagirait.
Soudain, Ver sauta sur moi pour m'étreindre.
Devant ce dénouement inattendu, Luise semble tout aussi stupéfaite.
« V-Ve… Ver ! »
« Oui, je sais. Je sais. »
Je ne savais pas ce qu'il savait, mais Ver enchaîna.
« C'est Luise qui t'a poussée. Ina, toi, tu ferais jamais un truc pareil toute seule. »
« Hein, j'ai cette image ? »
Face à l'accusation de manipulation de Ver, Luise manifesta son mécontentement.
« Euh, Ver ? »
« Honnêtement, j'ai été super excité. Mais le charme d'Ina, je le connais assez même sans ça. »
« Celui-là… »
« Moi, je… »
Sous le coup de l'accusation de manipulation, Luise semble déjà à moitié hébétée.
Comment dire, constater que son comportement habituel a un tel impact direct dans ces moments-là, c'est une sacrée leçon.
En fait, Luise est bel et bien l'instigatrice.
Et l'image que Ver a de moi, c'est bien celle d'une femme calme et sérieuse.
En plus, il semble apprécier cette facette de moi.
Ça sort un peu du cadre romantique, mais on pourrait former un bon couple (mari et femme).
« Dernièrement, vous vous laissez mener par les grands, mais une fois majeur, j'épouse Ina et Luise aussi. Mais faut pas forcer pour l'instant. »
Sur ces mots, Ver nous fit enfiler sa propre chemise et les draps du lit, puis quitta la pièce.
Il ne resta que nous deux.
Une fois calmées, le fait d'être nues avec juste un ruban devient d'une honte incroyable.
Au fait, quel intérêt le margrave Breithleder-sama tire-t-il à nous faire faire ça ?
Est-ce que je ne surestimais pas le margrave Breithleder-sama ?
Plus je redevenais lucide, plus les pensées parasites affluaient.
« Dis, c'est un succès, ça ? »
« On a eu une déclaration qui ressemblait à une demande en mariage, alors c'en est un, non ? »
Faire parfois des trucs pas dans ses habitudes, ça a du bon.
Et découvrir que Ver, qui dit n'être pas populaire, était inattendument cool, ça a été une bonne récolte, je trouve.
« Ces deux-là, elles m'ont séduit avec une méthode terrifiante… »
L'offensive « cadeau » nu au ruban, inattendue.
Je n'ai pu que m'enfuir de justesse pour ne pas céder à la tentation.
Récemment, il y a aussi la poitrine indécente d'Elise, alors merci de m'épargner.
« (Pas de contact avant la majorité !) »
L'intérieur de Wendelin pense ça, et je n'ai pas l'intention de changer d'avis.
Bon, on s'embrasse normalement, mais dans ma vie antérieure, en Occident, le baiser était une salutation.
Donc dans ce monde aussi, le baiser est une extension de la salutation, j'en ai décidé ainsi tout seul.
« (Désolé, c'est un mensonge. J'avais juste super envie d'embrasser des filles super mignonnes.) »
Je ne sais pas à qui je m'excuse, mais depuis qu'un étrange hippopotame m'a forcé à embrasser trois hommes, dont le Maître Muscles.
« Mais trois épouses à la majorité, c'est ça, le gagnant de la vie ? »
Quoi qu'il en soit, je jure de ne plus me retenir côté lubricité une fois majeur.
En espérant que l'âge de la majorité arrive vite.