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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 130

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Chapitre 130

Chapitre 130

Chapitre 130/15087%~38 min de lecture7 546 mots

« Bon, alors. Sa Majesté l'Empereur a quel genre d'affaire avec nous ? »

« Wendelin. Je suis sûr que ce n'est rien d'important, ou alors quelque chose de pourri. »

« C'est probable. »

La saison était devenue l'automne, et la récolte des cultures avait déjà commencé.

Une fois celle-ci terminée et les impôts versés au pays et aux nobles, la mobilisation pour la campagne contre le duc de Nuremberg débuterait enfin.

L'armée impériale mobiliserait trois cent mille hommes rien qu'en forces de première ligne.

En y ajoutant les unités de ravitaillement, de renseignement, et celles chargées de l'administration militaire des territoires occupés, les effectifs réels seraient encore plus élevés.

Quelles que soient les difficultés financières ou l'incompétence de l'Empereur, cela prouvait aussi l'excellence du système bureaucratique impérial.

Mais hélas, la guerre se décide par la capacité des militaires.

Si le niveau d'entraînement et la situation logistique de l'armée étaient maintenus à un certain niveau, le duc de Nuremberg bénéficiait de l'avantage du terrain, ses troupes étaient plus aguerries, et il disposait de fonds et de matériel abondants.

La qualité des commandants était complètement en sa faveur.

Même les commandants de rang intermédiaire ou inférieur étaient sélectionnés et formés par lui-même.

Même avec trois fois plus d'hommes, je n'arrivais pas à imaginer un avenir où l'armée impériale l'emporterait.

C'est dans ce contexte que Alfons et moi étions à nouveau convoqués au palais impérial.

J'aurais préféré passer ce temps à fabriquer de la porcelaine, quel personnage encombrant.

Guidés par un huissier, nous nous rendîmes dans la salle du trône, où l'Empereur — toujours aussi bien né en apparence — nous attendait.

Les courtisans, ces poissons-pilotes qui l'entouraient, étaient les mêmes qu'avant.

Ne pourrait-on pas rassembler des gens un peu plus compétents ?

Dès que nous eûmes salué à deux, l'Empereur coupa court :

« Je veux que vous deux campiez aux alentours de la capitale impériale et assuriez le maintien de l'ordre sur place. »

« Hein… »

Le sens de cet ordre m'échappait totalement.

Mieux valait nous laisser à Sarcart, ou au pire nous faire entrer dans la capitale comme force de réserve.

Sans doute ne voulait-on pas nous avoir à l'intérieur des murs.

« Je ne dispose pas de troupes… »

« Il suffit d'en emprunter quelques milliers à Theresia. »

Si Theresia menait une grande armée dans la capitale, elle pourrait trammer quelque chose pendant l'absence de l'Empereur.

Mais ce dernier ne voulait pas qu'on le croie capable de craindre cela.

Quelqu'un parmi ses valets a dû suggérer qu'Alfons, réputé peu brillant comme général, pouvait très bien camper autour de la capitale.

Une ordre mesquin, à demi-mesure.

« Nous commençons les préparatifs sur-le-champ. »

« Je compte sur vous. »

Il ne s'était écoulé que peu de temps avant que nous quittions le palais pour rentrer à Sarcart, mais vu l'heure, nous devions passer une nuit dans la capitale.

Moi, Alfons, et les hommes de l'escorte commandée par Erwin — tous des hommes, une dizaine — cherchâmes une auberge en arpentant la ville.

« Sa Majesté ne nous a pas proposé de loger au palais. »

« Tu aurais voulu y rester, Wendelin ? »

« C'est guindé, manifestement on n'y est pas les bienvenus, et il faut se méfier de la nourriture. Je l'ai juste dit. »

« Moi aussi, je suis de ton avis. »

En parcourant le quartier commerçant, on voyait que la ville s'était bien remise depuis la reprise de la capitale au début du printemps.

Les visages des passants avaient presque retrouvé leur allure d'avant.

En réalité, comme les navires volants magiques étaient inutilisables, le volume des échanges avait baissé et l'économie était légèrement en berne par rapport à avant.

Il paraît que les bureaucrates économiques de l'Empire se disputaient avec les valets de l'Empereur pour dégager des fonds de relance en plus des frais de guerre.

Même avec un Empereur médiocre, le système faisait tourner le pays, mais un Empereur médiocre et sans pouvoir affaiblit tout de même la nation.

Au fond d'eux, tous doivent désirer un dirigeant compétent.

« Erwin. Réglons l'affaire d'abord. »

« Si on vend de la porcelaine ici, l'Empereur ne va-t-il pas nous regarder de travers ? »

« Qu'il nous regarde de travers ne pose aucun problème. »

C'est pour équiper les soldats qu'il a réclamés que je me tue à gagner de l'argent.

Lui voudrait réduire mes ressources financières, mais je n'ai pas l'intention de me plier docilement à ses exigences.

« Tu dis des choses effrayantes, Wend. »

L'aller-retour entre Sarcart et la capitale nous ferait perdre plus d'une semaine.

Pendant ce temps, la production de porcelaine s'arrêterait, ce qui serait un coup dur économique. J'avais donc emporté une grande quantité de porcelaine déjà fabriquée dans mon sac magique.

Erwin s'inquiétait de savoir si les autres fours, les nobles qui les protègent, et même l'Empereur ne nous en voudraient pas, mais nous avons beaucoup de bouches à nourrir.

S'ils nous imposent cela et se plaignent ensuite, j'ai tout loisir de leur rétorquer.

« Nous ne vendons pas la même qualité pour écraser le marché. Les prix diffèrent, donc la clientèle aussi. La porcelaine des autres fours n'est pas une rivale commerciale. »

La porcelaine blanche est populaire, les commerçants affluent jusqu'à Sarcart pour s'en procurer.

Si nous la proposons aux grandes maisons de commerce de la capitale, elles l'achèteront à prix d'or.

« S'ils essaient de nous la faire payer au rabais, on la ramène à Sarcart pour la vendre. »

« Pourquoi es-tu si belliqueux ? »

Erwin fronce les sourcils face à mon ton.

« C'est pas contre Alfons, mais les types de l'Empire sont belliqueux avec moi. »

« Pas d'excuse possible… L'Empereur t'a identifié comme l'une des puissances extérieures influentes. »

Cela ne justifie pas de ne pas payer la récompense pour mes services passés, puis d'ajouter de nouvelles charges sous prétexte de payer plus tard.

Comble de tout, on me fait venir avec arrogance pour me commander de camper dehors, alors que je fais vivre une armée à majorité impériale avec l'argent que je gagne à la sueur de mon front.

Dans ces conditions, impossible de rester bienveillant.

« Avec Theresia non plus, on est juste des forces amies distinctes. »

« On dirait bien… »

Je ne sais si c'est parce qu'elle s'oppose à la faction impériale, mais récemment, même les vivres ne sont plus livrés.

On arrive à constituer des réserves petit à petit grâce aux chasses conjointes menées par le maître-mage et l'armée, et aux importations à prix d'amitié depuis les territoires environnants et le comté supérieur de Mizuho.

« J'ai râlé auprès de Theresia. Quoi qu'il arrive, qu'elle ne coupe pas les vivres pour Wendelin. »

« Pourquoi ça s'est arrêté ? »

« Elle a dit : "Wendelin trouvera bien une solution"… »

Alfons s'y est opposé, mais ironiquement, ses deux frères aînés qui gèrent les affaires intérieures du duché de Philipp ont soutenu l'idée.

« Ils ont jugé qu'il valait mieux affecter cette part aux prêts et aux aides aux seigneurs du Nord. »

Pour Theresia, l'avis de ses frères ne se refuse pas.

Si elle les met trop à dos, elle craint qu'ils ne passent du côté de l'Empereur par manœuvre.

« Nous ne sommes que des seigneurs extérieurs. Des étrangers, en somme. »

Pourtant, nous ne pouvons pas nous laisser abattre.

Il faut battre le duc de Nuremberg et détruire ce dispositif morceau par morceau.

« Wahou… Quelle demeure impressionnante. »

Tout en discutant, nous étions arrivés au siège de l'une des plus grandes maisons de commerce de la capitale.

Après avoir annoncé mon identité et mon objet aux portiers, nous fûmes immédiatement conduits dans un salon où l'on nous servit un thé et des gâteaux coûteux.

« Impressionnant. Pour une des plus grandes maisons de l'Empire. »

« Ce thé est même meilleur que le maté qu'Elise nous prépare d'habitude. »

Alfons et Erwin étaient émus par la qualité du thé que leur servait la servante.

Si c'est meilleur que celui d'Elise, c'est que les feuilles utilisées sont bien plus chères que celles de la maison.

« C'est bien normal, pour le bras droit de Son Altesse le duc Philipp et le premier ministre du comté de Baumeister. Vos palais sont raffinés. »

Un homme d'âge mûr, bedonnant, qui semblait être le maître de la maison, apparut en complimentant le goût d'Alfons et d'Erwin.

« Et vous, le comte Baumeister, qui étendez votre influence à toute vitesse. »

« Je ne le fais pas par plaisir. En tant que maître de la maison Mayer, vous avez dû recevoir pas mal de demandes de fonds de la part de l'Empereur ? C'est la même chose. »

« Effectivement. On nous a proposé d'acheter pour une belle somme des obligations impériales sans intérêt ni échéance, remboursables sur les bénéfices de la campagne contre Nuremberg. Nous en sommes à nous demander comment payer les repas de nos enfants. »

« Drôle de plaisanterie. Vous devez bien avoir des réductions d'impôts proportionnelles à vos achats ? »

« Ha ha. Le comte Baumeister est bien instruit pour son jeune âge. »

Ce n'est pas de l'érudition.

J'ai juste entendu parler d'un précédent où des obligations avaient été vendues à de telles conditions.

« Moi aussi. On m'a promis une récompense plus tard, mais comme je n'ai pas de revenus, je fais du commerce pour nourrir du monde. »

« Dans l'Empire, on raconte que le comte Baumeister, noble du royaume d'Helmuth, entretient une grande force armée grâce aux bénéfices de sa nouvelle porcelaine. »

« Grande force armée ? Ça s'appelle une grande force armée quand on en a au niveau du duc de Nuremberg, non ? »

« Même pour notre maison, entretenir plus de dix mille hommes est difficile. »

« Si on le voulait vraiment, on pourrait en nourrir des centaines de milliers. »

« Disons sur une courte période. »

« Pareil pour moi. »

Actuellement, la porcelaine se vend cher, et je ne verse qu'argent de poche aux soldats que j'entretiens.

Le baronnet Bonhof et ceux que j'ai embauchés officiellement touchent de gros salaires, mais ce n'est pas tout le monde.

Si je payais tout le monde, j'aurais déjà fait faillite.

« Bref, ce pauvre moi est venu vendre de la porcelaine à la grande maison Mayer. »

« C'est une grande aide. La porcelaine blanche que vous produisez avec les artisans de Mizuho est très prisée. Même en pleine guerre civile, il y a des gens qui dépensent pour agrémenter leur vie. »

« Prix d'amitié, frais de transport compris. »

« C'est entendu. »

Je sortis alors une grande quantité de marchandises de mon sac magique pour les montrer au maître de maison.

« C'est de la haute gamme. »

Il semblait ravi devant les services à thé et les vases qui, au lieu de pièces bon marché sans décor, arboraient des peintures luxueuses et délicates des artisans de Mizuho, des bordures en feuille d'or, et étaient présentés dans de beaux coffrets.

« Le gouvernement impérial n'a pas d'argent, mais certains en ont. Ces gens-là attendent précisément ce genre de marchandises. »

Le prix proposé par le maître de la maison Mayer dépassait mes prévisions.

Pour voir, je marchanda un peu, et il remonta encore de vingt pour cent.

Je ne sais quel bénéfice il escompte, mais il est sûr de tout écouler à ce prix.

« Ce montant me convient. »

« Si vous avez d'autres marchandises du même acabit, je vous en prie, adressez-vous à la maison Mayer. Au fait, où comptez-vous loger ce soir ? »

Alors que nous chargions les marchandises dans l'entrepôt, recevions le paiement et nous apprêtions à partir, le maître nous demanda notre hébergement.

« Pas encore décidé. »

« Alors, permettez-moi de vous recommander une auberge que je fréquente. »

Le maître nous indiqua une auberge pour la nuit.

Guidés par un jeune domestique, nous y arrivâmes — effectivement, une auberge de luxe fréquentée par la haute société.

« Merci de nous avoir guidés. »

Je donnai une pièce d'argent en pourboire au domestique, et nous fîmes notre enregistrement.

L'auberge de luxe était somptueuse à l'intérieur aussi. Après le bain vint le dîner, et la table ne présentait que des mets dignes d'un grand établissement.

Ce n'était pas un service en chambre, mais dans le restaurant de l'auberge.

« Euh… Nous aussi, on a droit à un festin pareil ? »

« C'est frais de mission. Profitez-en sans complexes. »

Les hommes de l'escorte étaient gênés, mais c'est une dépense nécessaire.

Je leur dis de ne pas se gêner, nous commençâmes à manger, et ils suivirent.

« Bon vin. »

« On pourrait en rapporter à Haruka ? »

Alors que nous trois mangions à une table, les hommes de l'escorte occupant les tables voisines, un jeune homme qui semblait être un chevalier apparut.

Erwin et les hommes de l'escorte posèrent la main sur leurs armes et se mirent en garde, mais le chevalier leva les deux mains et s'adressa à moi :

« Vous êtes le comte Baumeister ? Je suis l'escorte d'une certaine personne qui dîne ici, et cette personne souhaite vivement partager le repas avec vous. »

« Cette personne est-elle un noble impérial ? »

« Non. C'est le troisième fils de Sa Majesté l'Empereur, Peter Oswald Delius von Aquart. »

« (Le troisième fils de l'Empereur, hein…) »

Je ne savais que penser.

Après tout, c'est l'enfant de cet Empereur.

Peut-être a-t-on ordonné à son père de me faire venir pour me tirer des aveux inconvenants.

« (Alfons. Tu connais ?) »

Ne connaissant pas la réputation du troisième fils impérial, je demandai à Alfons qui semblait au courant.

« (Sa réputation est mauvaise.) »

« (Mauvaise ?) »

« (On l'appelle "la honte de la famille impériale".) »

Il s'entraîne aux arts martiaux et étudie correctement, mais dès qu'il a du temps libre, il forme des bandes avec d'autres fils de nobles dans la même situation, sort en ville, joue avec les enfants des rues, mange dans les échoppes bon marché des quartiers populaires, part en forêt près de la capitale pour faire la guerre en jeu ou chasser, grille ses prises pour faire des barbecues.

On ne croirait pas que c'est un enfant de la famille impériale. Il se fait sans cesse réprimander par l'Empereur, et ses frères aînés, bien élevés, le détestent et l'ignorent.

Alfons me chuchota ces informations.

« (Du coup, comme il ne peut pas hériter du trône, il agit librement ?) »

« (Libre… La raison de sa mauvaise réputation, c'est que malgré sa haute naissance, son comportement est trop roturier… Mais on peut le voir comme ça.) »

Alfons non plus ne semblait pas connaître les détails sur le troisième fils impérial.

Il n'éprouve ni sympathie ni antipathie particulière.

C'est probablement ça.

« (Allons le voir.) Alors, où se trouve Son Altesse ? »

« Par ici. »

Le jeune chevalier nous guida vers une salle VIP au fond du restaurant.

Erwin se plaça alors devant moi, me fit un signe d'œil et donna un signal aux hommes de l'escorte.

Ceux-ci m'entourèrent instantanément, et Erwin entra le premier dans la pièce.

« Hé. Erwin… »

C'est impoli, je tentai de l'appeler, mais à cet instant, il dégaina rapidement son sabre et en pointa la pointe vers un autre jeune chevalier, dans la vingtaine, qui se tenait derrière la porte.

« Drôle de mise en scène. Pour un prince impérial. »

« Erwin. Tu as bien fait de le repérer. »

« L'entraînement au iaijutsu avec Haruka-san sert à quelque chose. L'intention de tuer vibrait à travers la porte avant qu'elle ne s'ouvre. Wend, tu n'as rien senti ? »

« Moi, l'intention de tueur d'un épéiste… Par contre, j'ai senti qu'il y avait un magicien assez costaud à l'intérieur. »

J'essayai de lancer une flèche de glace en contournant la lame d'Erwin vers le fond de la pièce. Elle fut repoussée par une « barrière magique » et tomba au sol.

« C'est pas un roman bon marché, arrêtez ce genre de test, pas vrai ? »

Je me plaignis auprès du chevalier qui nous avait guidés, et il afficha un air navré.

« C'est l'ordre de votre maître ? Ou juste une blague ? »

« … »

À ma question suivante, le jeune chevalier se tut, mais une réaction vint immédiatement du fond.

Un jeune homme apparut.

Il portait des vêtements de bonne facture mais d'une coupe décontractée, un garçon de mon âge qui s'adressa d'abord à Erwin.

« Désolé. Hé. Ton gars Gorz a sorti son sabre le premier… C'est un sabre de Mizuho ? C'est vrai que le comte Baumeister est proche du haut-comte de Mizuho. Les infos de mon vieux pourri ne sont pas toujours fausses. »

« Et vous ? »

« Gorz. Si tu ne rentres pas l'épée et ne lâches pas la garde, le premier ministre du comte Baumeister, Erwin, te fera un trou dans le front. »

Apparemment, ce garçon était le troisième fils de l'Empereur.

Pourtant, ses paroles et son attitude étaient d'une légèreté qui ne collait pas du tout à un fils d'Empereur.

« Altesse. Je m'excuse. »

« C'est moi qui m'excuse d'avoir ordonné à Gorz de tester. Erwin, au nom de notre amitié, ne pourrais-tu pas ranger ton sabre ? C'est sur mon ordre qu'il a fait ça. »

« Voilà. Wend. Tu fais quoi ? »

« Laisse tomber. »

« Hé. Erwin est vraiment ton ami d'enfance et compagnon d'aventures. C'est bien. Moi aussi, au lieu de la chasse ordinaire, j'aimerais partir à la chasse aux monstres. »

Le troisième fils impériel fit ranger son épée à Gorz et désamorça la tension avec Erwin, puis s'avança vers moi.

Derrière lui, une jeune femme d'une vingtaine d'années, cheveux courts vert clair, l'accompagnait.

Elle portait une robe respectant le code vestimentaire du restaurant, mais je le savais.

C'est une magicienne dont la puissance magique rivalise avec Katharina.

Je me tins prêt à déployer une « barrière magique » à tout moment.

« Emera. Il est sur ses gardes. »

« Altesse. Le comte Baumeister est réputé être un magicien comparable au maître Armstrong, l'arme ultime du royaume. Il est normal qu'il perçoive ma présence. »

« Les magiciens se reconnaissent entre eux, hein. »

Le troisième fils impériel parut sincèrement impressionné par la remarque d'Emera.

« Tu penses pouvoir gagner ? »

« Non. Je crois que je perdrais à neuf contre un. »

« Hum… Mauvais rapport de force. C'est bien la peine d'avoir instantanément tué ces quatre frères idiots. »

Je n'en ai tué qu'un seul, mais pas la peine de le corriger maintenant.

« Tu veux vraiment te battre ? »

« Pas du tout. Juste un intérêt personnel. Notre Emera est une magicienne incroyable, tu sais… »

Le troisième fils impériel répondait à ma question avec un air innocent.

« Elle est incroyable, c'est sûr. Comment a-t-elle pu se préserver pendant cette guerre civile… »

Sa puissance magique égale Katharina, et mon intuition dit qu'elle est même plus accomplie qu'elle.

Contrairement à Katharina qui penche vers la magie de vent, sa nature de magicienne est proche de Burantak.

De front, je gagnerais, mais comme Burantak, elle éviterait l'affrontement direct pour user d'autres moyens, ou fuirait illico si elle sent qu'elle ne peut pas gagner.

« Emera est belle, hein ? Mais c'est non. Elle est à moi. »

« Altesse ! »

« Ha ha ha. C'est pas une blague, c'est sérieux. »

Devant ce troisième fils impériel qui affirmait sans crainte posséder une telle magicienne, nous étions décontenancés.

C'est un personnage insaisissable, impossible à cerner.

« (Mais il a de bons serviteurs ?) »

En tant que troisième fils impériel, il est normal d'avoir une magicienne aussi excellente à son service ?

« Assez causé debout, mangeons. »

« Oui. C'est mieux. »

La discussion n'avançait pas de toute façon.

Nous entrâmes dans la salle VIP sous la conduite du troisième fils impériel.

D'autres jeunes chevaliers s'y trouvaient, mais ils allèrent manger aux tables extérieures avec mes hommes de l'escorte.

Probablement pour empêcher qui que ce soit d'entrer ou de tendre l'oreille.

De notre côté : moi, Alfons, Erwin. Du côté du troisième fils impériel : la magicienne Emera, et non pas Gorz mais un autre jeune chevalier, assis de part et d'autre de lui.

« Wend. Je peux pas gagner contre lui. »

« Vraiment ? Il a l'air fort, c'est sûr. »

« Jusqu'à ce qu'on entre dans cette pièce, il a complètement effacé sa présence. J'ai repéré Gorz tout à l'heure, mais lui, je ne l'ai pas senti. »

« Le comte Baumeister. Mes chevaliers sont pas mal, non ? Faisons les présentations. D'abord, Marc. »

« Marc Reichart von Kaufmann. »

L'épéiste qu'Erwin jugeait invincible avait les cheveux noirs, rares chez un homme, longs jusqu'aux épaules et attachés derrière la tête.

Un regard acéré, la trentaine approchante, l'allure d'un épéiste aguerri.

Et l'épée à sa hanche était une pièce d'orichalque.

« À l'Empire, peu d'épéistes peuvent battre Marc. Il est fort, je lui ai prêté mon épée secrète. »

L'épée en orichalque appartient au troisième fils impériel.

Mais comment l'a-t-il obtenue ?

« Il doit être un pilier de l'armée impériale, non ? »

« C'est ça… Il est fils illégitime. »

Fils illégitime de la famille vicomtale Kaufmann, qui était à l'origine une famille de noblesse de robe chargée de la justice.

« Un fils illégitime d'une famille de bureaucrates, excellent épéiste. Le décalage l'a rendu malheureux. Je l'ai recruté pour en faire mon garde du corps. Comme ça, ma sécurité est assurée. »

« Effectivement… »

Erwin marmonna à côté de moi.

En effet, tuer le troisième fils impériel en passant outre lui semble impossible.

« En plus, il y a une magicienne. »

« C'est vrai. C'est ma maîtresse et magicienne attitrée, Emera. »

« Emera Johanna Genuit. Et je ne suis pas la maîtresse d'Altesse. »

« Tu es cruelle, Emera. »

« Altesse. Je suis une fille du peuple. »

« Une magicienne du niveau d'Emera, ça ne pose aucun problème. »

« Ce n'est pas une question de ça… »

On ne sait trop quelle est leur relation.

Sont-ils vraiment amants ?

Ou Emera repousse-t-elle le troisième fils impériel ?

On dirait qu'elle se retient par différence de statut.

« Emera est douce quand on est à deux. »

« Altesse ! »

À la parole du troisième fils impériel, Emera rougit jusqu'aux oreilles et baissa la tête.

« Je vois. Altesse aime les femmes plus âgées. »

« Alfons, tu te mets à parler d'un coup… »

« Juste. Le comte Baumeister est aussi courtisé par Theresia, donc on est compagnons. »

Le troisième fils impériel ne s'offusqua pas de la boutade d'Alfons, et se mit au contraire à me taquiner.

« C'est pas… »

« Ça a couru dans le palais. Mon vieux pourri flippe à l'idée que Theresia et le comte Baumeister s'allient pour lui prendre le trône. Pauvre type. Médiocre et peureux, il tremble sous le poids du trône. Qu'il le lâche vite, il sera heureux. »

« Altesse… »

« Arrête "Altesse". On est dans une pièce close. Appelle-moi Peter. Je t'appellerai Wendelin. Et le vouvoiement est interdit. »

« Ha. Compris. »

Comme Theresia, Peter m'appelle Wendelin.

« Le vouvoiement, interdit. »

« Compris. Alors, c'est okay d'appeler ton propre père "vieux pourri" ? »

« Parce que c'est un vieux pourri, c'est obligé. Toi aussi tu le penses, non ? »

« S'il n'y avait pas eu la rébellion, il aurait fini comme un empereur ordinaire, je crois. »

« Moi aussi, je suis d'accord avec Wendelin. »

Sans rébellion, il aurait gouverné l'Empire sans histoire jusqu'à ses soixante-dix ans avant de se retirer. C'eût été bien.

« Il s'est fait avoir par le duc de Nuremberg, il aurait dû abdiquer honnêtement en faveur de Theresia. C'est parce qu'il a eu des désirs inutiles qu'il a sali sa fin. »

« Tu vas jusque-là ? »

L'opinion radicale de Peter fit froncer les sourcils même à Alfons.

« Parce que la campagne qui va commencer, il va l'échouer. »

Apparemment, Peter partage notre analyse.

« Cinq cent mille hommes avec le soutien logistique, c'est impressionnant. Mais personne ne peut commander une si grande armée. »

« L'Empereur ? »

« Qu'est-ce qu'on peut attendre d'un type qui ne peut même pas monter à cheval longtemps ? »

« C'est si grave ? »

Même sans monter à cheval, un excellent chef militaire peut exister, mais pour cet Empereur-là, la possibilité est nulle.

« Il dit que monter à cheval lui fait mal aux cuisses à cause des frottements. Mes frères aussi partent à la guerre, mais avec ça, ça va aller ? »

« Tes deux frères aînés partent aussi ? »

« Les valets aussi. Tout le monde veut des exploits militaires. Et ils ont des rêves démesurés. »

« Des rêves ? »

« Faire en sorte que la famille impériale monopolise le trône. »

L'Empereur voudrait profiter de cette rébellion pour créer un Empire fort et centralisé, dit-il à son entourage.

Ça ressemble furieusement à la pensée du duc de Nuremberg, mais comme plus de la moitié des princes-électeurs ont perdu leur puissance, il pense que c'est sa chance.

Les hommes pensent tous à des choses similaires.

« C'est pour ça qu'il considère l'armée de libération comme ennemie. »

« Theresia est une rivale. »

Là-dessus, pour battre le duc de Nuremberg eux-mêmes, augmenter les domaines directs qui sont la source du pouvoir impérial, et les donner à des nobles dociles, ils ont planifié cette grande campagne de visée.

« Et Peter, il reste en arrière. »

« Mon vieux pourri comme mes frères n'attendent rien de moi. Eux, qui ont été séquestrés par le duc de Nuremberg, croient pouvoir le battre. »

« La condition du nombre est remplie, donc ils pensent pouvoir gagner. »

« Drôle de blague. Wendelin. Toi non plus, tu ne le penses pas une seconde. »

J'ai vraiment affronté l'armée du duc de Nuremberg, et sa qualité a empêché qu'on la fasse craquer une seule fois.

L'armée de visite compte sur le nombre, mais sans l'armée de Mizuho et l'armée des vassaux de Philipp.

C'est une armée bricolée, au niveau d'entraînement bas. On ne peut dire qu'une chose : ce sera très difficile.

« Cinq cent mille sur le papier, trois cent mille en troupes réelles. Elles ne peuvent pas toutes combattre en même temps, elles se divisent en trois, et si la colonne s'étire trop, le duc de Nuremberg, qui a l'avantage du terrain, risque de les prendre en embuscade. »

« C'est vrai, cette possibilité existe… »

Peter pressent l'échec de la campagne comme nous.

« Alors, Peter, que veux-tu faire ? Après la défaite, te rendre à Nuremberg pour survivre ? »

« Impossible. Pourquoi tu crois que Nuremberg nous a laissé la vie une fois ? Pour qu'on perde misérablement, et qu'on devienne l'outil qui brisera le cœur des sujets et des nobles de l'Empire. »

On a été épargnés après avoir déclenché une rébellion, et pourtant l'Empereur a persisté pour lancer une grande campagne qui s'est soldée par une défaite.

Certes, le prestige de la famille impériale s'effondrera.

« Ça a aussi divisé les anti-Nuremberg en deux. Parce que Theresia, attachée à la légalité, n'a pas déposé l'Empereur. »

« … »

Entendant ce que je pensais moi-même dit par un autre, Alfons assombrit son visage.

« J'ai compris la vision de Peter. Alors, que veux-tu ? »

« En un mot : je deviens Empereur et je dirige l'Empire, alors coopère avec moi, Wendelin. »

Erwin et Alfons se raidirent.

À ce stade, si cela arrivait aux oreilles de l'Empereur, nous serions punis comme complices de rébellion.

Mais moi, je n'étais pas particulièrement sur mes gardes.

Un homme qui en arrive à laisser l'Empereur l'entendre n'aurait pas d'ambition impériale à formuler ainsi.

« Je suis un noble étranger dont l'Empereur lui-même doute, tu sais. »

« Mais Wendelin, tu ne veux pas de territoire impérial, si ? Le développement de ton immense domaine, équivalent à un petit pays au sud du continent, te tient assez occupé ? »

Peter a l'air de connaître l'état du comté de Baumeister.

Il a donc ses propres oreilles.

« Du coup, tu m'utilises jusqu'à la corde, et toi tu deviens Empereur et basta ? »

« Pas du tout. Je t'apprécie. En privé, je pense qu'on peut devenir amis. La récompense, je la paierai correctement. Argent, trésors, ressources minières, ce que tu veux. Je calcule bien, et si tu acceptes des paiements échelonnés, ça m'arrange. »

« Si tu paies correctement, je n'irai pas te réclamer le tout d'un coup. »

Bien sûr, s'il ne paie pas, j'irai le récupérer à la tête d'une armée.

De toute façon, ni territoire impérial ni Theresia ne m'intéressent.

J'investis tous mes gains dans le comté de Baumeister pour le développer massivement sur le long terme.

Le roi doit être occupé à calmer les bellicistes stupides, mais le gouvernement du royaume aussi privilégiera le développement du territoire national plutôt que l'occupation de terres impériales où les habitants ne se rallieraient pas.

Et si on réussit à creuser l'écart de puissance nationale, les options ne manqueront pas plus tard.

« Vraiment ? C'est rassurant. Je te donnerai la priorité commerciale, des avantages douaniers, etc. Les détails, on laissera les responsables s'en occuper après la guerre. »

« Je prie pour que ces conditions soient respectées. »

« C'est bon, je m'efforce pour ça. »

Quand je mis les points sur les i, Peter fit la grimace vers Alfons.

« Mon vieux pourri est terrible, mais Theresia aussi pose problème. Alfons et les autres vassaux et seigneurs du Nord reçoivent des récompenses en avance, mais… »

« Pourquoi tu sais ça… »

La remarque de Peter toucha juste.

Le visage d'Alfons pâlit progressivement.

« Tu crois que je vais te dire mes sources ? »

« Non… »

Pour raffermir la cohésion de la maison Philipp et de l'armée de libération, Theresia avait distribué des récompenses, mais pour une raison quelconque, je n'ai reçu que les avances de Theresia.

Effectivement, Peter a raison.

« C'est pas une façon agréable de le dire, mais Theresia est une femme, après tout. »

« Altesse. Au-delà… »

Alfons tenta d'arrêter Peter, mais celui-ci continua.

« Toi aussi, tu l'as compris, non ? Theresia, parce qu'elle est femme, se repose sur l'homme qu'elle aime, Wendelin. C'est pour ça qu'elle lui a donné le titre de comte honoraire et le poste de stratège dans l'armée de libération. Elle pense que Wendelin ne l'abandonnera jamais. Mais c'est justement cette attitude qui nourrit la méfiance de Wendelin. Sur ce point, tu ne peux pas rire de mon vieux pourri, hein ? »

« … »

Sous le coup de cette remarque, Alfons se tut.

« Puisque la situation s'est aggravée à ce point, moi aussi je vais agir sans ménagement. Il y aura des sacrifices, beaucoup de nobles tomberont. Mais si la guerre civile continue, il y en aura encore plus. Je n'ai pas été candidat à la précédente élection impériale ? C'est l'heure de crise. Régent, vice-empereur, peu importe le titre. Je vais rallier les forces anti-Nuremberg et lui couper la tête. Pas de raison de laisser en vie ce vieux qui, malgré son âge, s'enivre de douces illusions. Il aurait dû se contenter d'être un excellent militaire, c'est dommage. L'histoire millénaire des Nuremberg s'achèvera avec lui. »

Devant moi, un garçon de mon âge, incapable de magie, aux talents militaires et politiques inconnus, paraissait d'une immensité vertigineuse.

« Enfin, quelqu'un capable de rassembler l'Empire. »

« Hé ! Wend ! »

« Continuer à tergiverser ne fait que gaspiller temps, argent et talents. Je prie pour que ce ne soit pas de la vantardise. Erwin. »

« Ugh… Pourquoi je suis assis à une réunion de rebelles… »

Erwin semblait souffrir de sa présence même sur ce siège.

Il se tenait la tête, seul.

« Erwin est sérieux. Mais c'est pas une rébellion, donc c'est bon. »

« Altesse. Qu'est-ce que ça veut dire ? »

Pourtant, Peter affirme que renverser l'Empereur actuel n'est pas une rébellion.

Erwin ne comprend pas la raison.

« Mon vieux pourri, c'est la guerre, mais il a fait préparer une litière spéciale parce que monter à cheval longtemps lui fait mal aux cuisses. Mes frères partent aussi tout fiers. Moi, on m'a ordonné de rester. »

« Ça veut dire… ? »

« Mon vieux pourri va mourir au combat, je pense. Si l'Empereur meurt au combat, le trône est vacant, et on ne peut pas organiser une élection impériale si vite. Il y aura un vide du pouvoir. Je le comblerai. »

« Tu abandonnes ton propre père ? »

Erwin était stupéfait que Peter affirme la mort de son père sans changer d'expression.

« Erwin. Je l'ai dit à mon vieux pourri et à mes frères jusqu'à en avoir la bouche amère. Mais ils n'ont pas accepté, au contraire, ils se sont mis en colère en traitant ça d'élucubrations d'enfant. Il y a pas mal de gens dans l'armée qui étaient d'accord, mais eux aussi ont été écartés de l'armée de visite pour avoir progressé. »

« Ça veut dire que… »

L'Empereur meurt au combat. Comment le troisième fils impériel, haï de tous, compte-t-il combler ce vide ?

Peter a déjà dû rassembler de nombreux alliés.

Ceux qui ont été écartés de l'armée de visite pour s'être opposés au plan en forment probablement le noyau.

« Et si par chance l'Empereur s'en tire ? »

« T'inquiète, c'est impossible. »

C'est-à-dire que même dans ce cas, il a prévu de le faire passer pour une mort au combat, voire de l'assassiner.

« La maison Mayer où je suis allé vendre la porcelaine est aussi dans le coup ? »

« C'est pour ça qu'on m'a recommandé cette auberge. »

Peter a demandé au maître de la maison Mayer de nous y mener pour cette entrevue.

« Lui aussi en a marre de mon vieux pourri. On ne peut pas se contenter d'être une vache à lait. C'est l'argent qu'on a gagné à la sueur de son front. »

Parmi les nobles, certains méprisent les marchands comme de vils gens qui n'ont que de l'argent.

Certes, il y en a beaucoup de peu recommandables, mais ils ont gagné cet argent par leurs capacités.

Aucune loi ne dit qu'on peut en user à sa guise sous prétexte d'autorité nobiliaire ou impériale.

« S'il y a des sponsors, les choses avancent plus facilement. »

« Sans fonds de départ, c'est difficile. Mais du coup, mes dettes ont encore augmenté. »

« Les dettes, si c'est des petits montants, on galère à rembourser. Par contre, si c'est énorme, on est paradoxalement tranquille. »

« Wendelin, tu piges tout. »

Le créancier coopère pour se faire rembourser, et pouvoir emprunter une telle somme prouve que Peter est estimé par le maître de la maison Mayer.

« Nuremberg a frappé les marchands en bloquant les navires volants et les communications avec son étrange dispositif. Mon vieux pourri ne fait que quémander de l'argent. Se faire détester des marchands et garder le pouvoir, c'est dur. En surface, ils n'osent pas désobéir, mais s'ils manœuvrent dans l'ombre, ils te tirent les jambes. »

Si la maison Mayer aide, d'autres maisons de commerce suivent probablement.

« Avec des sponsors, ça a des chances de marcher. »

« Il faut bien des fonds de départ. Juste, pour ça, mes dettes ont encore gonflé. »

« Les dettes, si c'est des petits montants, on galère à rembourser. Par contre, si c'est énorme, on est paradoxalement tranquille. »

« Wendelin, tu piges tout. »

Le créancier coopère pour se faire rembourser, et pouvoir emprunter une telle somme prouve que Peter est estimé par le maître de la maison Mayer.

« Nuremberg a frappé les marchands en bloquant les navires volants et les communications avec son étrange dispositif. Mon vieux pourri ne fait que quémander de l'argent. Se faire détester des marchands et garder le pouvoir, c'est dur. En surface, ils n'osent pas désobéir, mais s'ils manœuvrent dans l'ombre, ils te tirent les jambes. »

Si la maison Mayer aide, d'autres maisons de commerce suivent probablement.

« Avec des sponsors, ça a des chances de marcher. »

« Il faut bien des fonds de départ. Juste, pour ça, mes dettes ont encore augmenté. »

« Les dettes, si c'est des petits montants, on galère à rembourser. Par contre, si c'est énorme, on est paradoxalement tranquille. »

« Wendelin, tu piges tout. »

Le créancier coopère pour se faire rembourser, et pouvoir emprunter une telle somme prouve que Peter est estimé par le maître de la maison Mayer.

« Nuremberg a frappé les marchands en bloquant les navires volants et les communications avec son étrange dispositif. Mon vieux pourri ne fait que quémander de l'argent. Se faire détester des marchands et garder le pouvoir, c'est dur. En surface, ils n'osent pas désobéir, mais s'ils manœuvrent dans l'ombre, ils te tirent les jambes. »

Si la maison Mayer aide, d'autres maisons de commerce suivent probablement.

« Je souhaite juste que Peter réussisse. Nous, on priera depuis l'extérieur de la capitale. »

« Hein ? Tu ne m'aides pas ? Pourquoi ? »

Quand je dis que je n'aiderai pas tant que Peter n'aura pas pleinement le pouvoir, Erwin, surpris, me demande pourquoi.

« Nous, force extérieure, si on intervient, ce sera encombrant après. Et puis, il doit y arriver par ses propres moyens, sinon ça pose problème. »

« Wendelin, tu as bien compris. Ça m'arrange. Après l'effondrement de l'armée de visite, je passerai à l'acte. Quand j'aurai complètement le contrôle de la capitale, venez-y. »

« Compris. »

« Alors, d'ici là, il faut que chacun s'active. Moi, je rassemble encore plus de partisans compétents. Wendelin, tu continues le recrutement et l'entraînement des troupes jusqu'au dernier moment. Et tu gagnes de l'argent en vendant de la porcelaine. »

À partir de là, ce ne fut plus une conversation secrète, mais des bavardages ordinaires en mangeant les plats qu'on apportait et en buvant de l'alcool.

En tout cas, Peter a plus l'étoffe d'un Empereur que Theresia.

Lui-même utilise sa mauvaise réputation comme couverture pour rassembler secrètement des partisans, et cet Empereur idiot ne s'en doute pas.

Malheureusement, le calibre d'Empereur de Theresia est différent.

« Cependant, en tant que troisième fils de l'Empereur, il est différent. De bons serviteurs s'attachent à lui. »

Moi, huitième fils d'un chevalier pauvre, je n'avais aucun serviteur qui me suive.

Après tout, jusqu'à ce que je quitte la maison, j'ai toujours été seul.

« Wendelin, c'est que t'es costaud. Les magiciens sont avantagés dans ces moments. Moi, tout seul, je ne peux rien. »

« C'est vrai. Altesse n'a pas de talent particulier non plus. »

« Tu l'as entendu ? Wendelin. Emera, elle est assez dure, tu sais. Devant tout le monde. »

« C'est ton seigneur, si tu sais utiliser tes subordonnés talentueux, c'est bien. Emera-san. »

« Wendelin, tu piges. Un roi ou un Empereur, suffit qu'il sache utiliser les gens. Et leur donner la récompense qui va avec. »

Et donner à chacun ce qu'il désire.

Dans mon cas, territoire impérial et Theresia sont plutôt des choses dont je ne veux pas.

C'est précieux que Peter l'ait compris.

« Toi aussi, tu es de ce type, Wend ? »

« Non, moi je laisse faire. »

Vraiment, je me contente de déléguer et de payer.

Je n'ai pas la capacité de saisie de Peter.

« Sans Roderich, tu aurais coulé. »

D'ailleurs, Roderich s'en sort bien ?

« Wendelin, ta magie est trop cheatée, donc c'est bon. Tu es généreux et magnanime, donc tes serviteurs travaillent bien. Et s'ils te mettent en colère, tu les pulvérises à la magie, donc ils font pas trop de bêtises. C'est facile, non ? »

Tandis qu'on parlait à trois avec Erwin, Alfons, inhabituellement, semblait abattu.

Il rumine quelque chose.

« Qu'est-ce qui te prend ? »

« Demande à Altesse. »

La limite de Theresia comme Empereur.

Il l'avait dit lui-même, mais l'entendre d'un autre, c'est différent, pensai-je.

« Et puis. Je veux gouverner l'Empire solidement. Pour ça, il me faut des collaborateurs, et les candidats naturels sont le haut-comte de Mizuho, le duc Philipp et le duc Baden. »

Les autres familles de princes-électeurs sont trop déclinées pour que Peter compte sur elles.

« (Hein ? Attends. Duc Philipp ?) »

Jusqu'ici il disait "Theresia-dono", et maintenant il dit "duc Philipp".

C'est subtil, mais cette appellation de Peter m'intriguait.

« Peut-être… »

« Alfons a pigé, c'est pour ça qu'il flippe. Alfons. C'est toi qui deviendras le nouveau duc Philipp. »

« Ça venait bien par là… »

La personne en qui Theresia a le plus confiance, c'est sans conteste Alfons.

Cousin, chef de la branche cadette, capable en tout hors arts martiaux, doué pour gérer les gens.

« Si Alfons devenait duc Philipp, ça aurait mieux marché. » On y a pensé plus d'une fois.

Dès la reprise de la capitale, l'Empereur avait probablement déjà renoncé.

« Theresia ne convient pas ? »

« Non. Elle est à demi-mesure. Tant qu'elle est femme, il lui faut être deux fois meilleure qu'Alfons. C'est cruel, mais l'armée de libération perd des plumes parce que Theresia est une femme. »

Sur Terre, dire ça ferait un scandale, mais ici, ce n'est pas un problème.

Et cette fois, c'est une guerre où la vie est en jeu.

Peu de gens accepteraient de mourir pour la promotion sociale des femmes.

« C'est pareil pour mon vieux pourri. Sans la guerre civile, il aurait fini comme un bon duc. En fait, avec l'aide du précédent Empereur, il a obtenu les pleins pouvoirs et excelle en politique intérieure. Sa capacité de commandement militaire n'est pas mauvaise non plus. Hors Nuremberg, c'est le plus compétent des princes-électeurs, je crois. »

« Quel que soit l'avis, forcer l'actuelle titulaire à la retraite, c'est possible ? »

« C'est possible. Hein, Alfons ? »

« Oui. »

Alfons vida son verre de vin et continua.

« Tu ne le sais peut-être pas, Wendelin, mais Alfons a failli devenir duc Philipp. Il avait plus de soutien dans le domaine que les deux frères de Theresia. Alfons a un bon sang. »

La raison pour laquelle Alfons n'est pas devenu duc, c'est qu'il n'est pas de la lignée principale.

« Et les neveux, tu en fais quoi ? »

« Ça, c'est Altesse qui gère. »

« Ouais. Je les ferai chefs d'autres branches, avec de nouveaux territoires ou comme familles de noblesse de robe. »

Peter compte leur donner d'autres terres ou titres pour les apaiser.

« Alfons. Décide-toi. Tu le sais, non ? Theresia, au fond, elle ne veut pas être chef de famille. Elle le fait à contrecœur. »

« Tu es bien informé. »

« Ça se voit. Donc, toi, tu deviens le nouveau duc Philipp et tu me soutiens. Theresia, elle touche une pension et cherche vraiment un mari. Ça, c'est son bonheur. »

« Quelle capacité de renseignement, Altesse. »

Theresia ne veut pas vraiment être chef de famille.

Ses envies de mariage et ses exigences folles devant nous n'étaient pas des blagues, mais son vrai cœur, qu'elle veut réaliser à tout prix.

Et Peter l'a percé.

Sous sa persuasion, Alfons garda longtemps une expression tourmentée.

« Et alors, que décidez-vous ? »

« Je ne dis pas tout de suite. Quand toutes les forces anti-Nuremberg seront réunies. Moi, je lui passerai le flambeau directement. D'ici là, rassemble tes alliés. »

« Entendu. »

Le repas dura encore une heure environ, et nous passâmes tous la nuit dans cette auberge.

Le lendemain matin, quand nous allâmes à l'écurie pour récupérer nos chevaux en vue du retour à Sarcart, Peter et les siens nous y attendaient, chevaux prêts.

Emera la magicienne et Marc l'épéiste d'exception étaient là aussi.

« Peter, tu fais quoi ? »

« Une tournée d'inspection, pour nouer des contacts. Le temps presse. »

« En cette période. L'Empereur va dire quoi… »

« Mon vieux pourri me prend pour un incapable, donc c'est bon. J'ai dit que j'allais jouer chez Wendelin, et il a fait une tête à "fais-moi pas trop de dégâts". »

C'est pas le genre de chose à dire en riant, mais c'est peut-être ça, la peur que Peter inspire.

« Bon, le temps est compté, dépêchons-nous. »

Ainsi, notre groupe de retour grossit, et nous regagnâmes Sarcart après avoir accompli notre objectif.

« Dis, Wend. Ce prince, il fait pas peur ? »

« Tant qu'on s'implique pas profondément, ça va. »

« Ouais. Moi, je m'en tiens à l'écart. »

Erwin me glissa tout bas qu'il trouvait Peter effrayant.

Moi, j'étais soulagé d'entrevoir enfin le bout du tunnel de cette guerre civile.

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