« Hé, quelqu’un arrive. »
Une fourgonnette déboucha sur le chemin de montagne et un homme en descendit. C’était An Sang-cheol, le bras droit de Ma Kyung-rok, que Christine reconnut également.
L’homme ouvrit la porte arrière et en traîna deux autres, inconscients ou morts. Alors qu’il les transportait dans l’entrepôt, Christine et Seo Arin restèrent stupéfaites.
« Quoi… Qu’est-ce que c’est ? C’est un enlèvement ? »
« Non, ça ne peut pas être… si ? »
Peu après, An Sang-cheol ressortit, armé cette fois, et se posta en sentinelle à l’entrée. Puis ils entendirent des bruits étouffés provenant de l’entrepôt, suivis de cris d’agonie. Les gémissements étaient si puissants qu’ils parvenaient jusqu’à eux depuis une cinquantaine de mètres.
« Ces cris… Ça doit venir des gens qu’on vient d’amener ici… »
« Qu’est-ce qui se passe dedans… »
Malgré les hurlements, An Sang-cheol resta impassible à son poste, comme s’il savait exactement ce qui se passait à l’intérieur.
Christine et Seo Arin, incapables de regarder vers l’entrepôt, attendirent, angoissées, derrière les arbres.
« Seo Arin, tu ne pourrais pas utiliser une fée pour jeter un œil à l’intérieur ? »
« Inutile. Je ne suis plus en lien avec aucune fée en ce moment… »
Les cris cessèrent rapidement, et peu de temps après, Ma Kyung-rok sortit de l’entrepôt, accompagné de l’un des hommes enlevés.
« Ne laissez pas cet ordure s’échapper. Je l’abattrai de mes propres mains. »
An Sang-cheol lui barrait toute fuite grâce à son bouclier, tandis que Ma Kyung-rok s’approchait et lui sectionnait le genou.
« Allez, tu ne cours plus, maintenant. »
« Frère ! S’il te plaît, fais-moi grâce ! »
À ces mots, Seo Arin comprit son identité et traduisit la requête à Christine, les yeux écarquillés.
« Cet homme… c’est le frère cadet de Ma Kyung-rok. »
« Son frère ? Il est lié au sang ? »
« On dirait qu’il y avait un différend autour de la succession. »
« Mais quand même, agir ainsi envers sa propre famille… »
Un frisson glacé parcourut Christine alors qu’elle observait Ma Kyung-rok massacrant son frère sans pitié. Ce n’était plus le fiancé qu’elle connaissait. L’homme qui se tenait devant elle ressemblait désormais à un psychopathe sadique, délecté par la souffrance d’autrui.
Tandis que l’homme était dévoré vivant, Christine fit un pas en avant.
Ma Kyung-rok sursauta à l’apparition soudaine de sa promise. D’autant plus lorsqu’il aperçut Seo Arin à ses côtés.
Bien que surpris, il n’annula pas l’ordre donné à son Aura Obscur.
« Ma Kyung-rok ! Arrête tout ça ! Je ne connais pas les circonstances, mais tu vas trop loin ! »
Christine tenta d’intervenir, mais il était trop tard. Le frère cadet de Ma Kyung-rok, Kyung-soo, finit par être dévoré vivant par l’Aura Obscur.
« Quoi… qu’as-tu fait… ? »
Voyant l’incrédulité dans leurs yeux, Kyung-rok abandonna l’idée de leur demander comment ils avaient trouvé l’endroit. Il ignorait pourquoi ils étaient là, mais l’essentiel était désormais de les convaincre de sa version des faits.
« Je sais ce que tu penses, Christine. Mais tu te méprends. »
« Comme tu peux le voir, j’ai bel et bien tué quelqu’un. Mais ce n’était pas une victime innocente. »
« Tu as tué ton propre frère. »
« Oui, c’était mon frère. Mais cette ordure a essayé de me tuer en premier. Il a même assassiné notre frère aîné juste à l’intérieur de cet entrepôt. »
Kyung-rok affichait une certaine assurance, fort de preuves étayant ses dires. Mais le visage de Christine restait empreint de mépris.
« Est-ce que tu réalises seulement ce que tu dis ? Tu as tué ton frère, et tu oses prétendre que ce n’était pas ta faute ! »
« Parce que c’est la vérité. Je n’ai rien fait de mal. »
« Même dans ce cas, n’aurais-tu pas dû tenter une autre approche ? Comment as-tu pu tuer ta propre famille… ? »
« Je te l’ai dit, c’est lui qui a cherché à me tuer le premier. »
« Je t’ai vu l’enlever et l’amener ici. »
« Je l’ai amené ici parce qu’il tentait de m’assassiner. Je voulais connaître ses motivations. Mais il a levé un couteau contre moi, et comme tu peux le voir, j’étais réduit à le tuer pour assurer ma survie. »
« En état de légitime défense ? Tu oses sérieusement qualifier cela de « simple accident » plutôt que de meurtre délibéré ? »
« Oui, je n’avais pas d’autre choix que de le tuer. »
« Pas d’autre choix ? Je t’ai vu rire tel un psychopathe en train de le tuer ! »
« C’est impossible. Vous vous êtes probablement trompée. »
Christine fut sidérée par le mensonge éhonté de Kyung-rok, alors même qu’elle avait tout vu de ses propres yeux.
« Le fait est qu’il a essayé de me tuer en premier. J’espère que tu comprendras. »
« Cela ne justifie aucun meurtre. »
« J’ai failli mourir moi aussi. »
« Il existait d’autres moyens d’y parvenir. »
« Alors, peux-tu admettre publiquement devant le monde entier que tu as tué ton frère et que c’était uniquement de la légitime défense ? »
Le visage de Kyung-rok se raidit un instant.
Il était hors de question qu’il avoue pareille chose en public. S’il le faisait, sa succession prendrait fin et tous ses exploits s’effondreraient. L’opinion publique ne soutiendrait jamais celui qui assassine sa propre famille.
'Si ça dégénère, tous les autres meurtres que j’ai commis ici pourraient également être exhumés.'
Même s'il avait effacé les traces, il ne pouvait prédire les conséquences d’une enquête policière.
'La solution la plus propre est encore de ne laisser aucun témoin…'
Dans les yeux de Kyung-rok, une intention meurtrière scintilla.
« Soupir… Je ne voulais pas en arriver là. »
L’épée de Kyung-rok se pointa vers Christine.
« Si tu tiens absolument à faire de moi le méchant, alors je suppose que je n'ai plus le choix que de jouer le rôle. »
An Sang-cheol glissa discrètement en arrière, leur barratant toute voie de retraite.
Christine et Seo Arin se raidirent. Elles n'étaient pas idiotes ; elles comprenaient que ces hommes comptaient bien les tuer pour les réduire au silence.
« Avant que je ne vous tue, dites-moi une chose. Comment avez-vous su que nous serions ici ? Vous m'aviez suivi ? »
« Eh bien, vous n'êtes pas obligés de répondre tout de suite. Je veillerai à ce que vous parliez bientôt. »
Kyung-rok était pleinement préparé à les abattre tous les deux. Après tout, il n'éprouvait aucun sentiment personnel envers Christine.
'Elle convenait parfaitement à une relation d'affaires, mais je n'ai pas le choix.'
Compte tenu de la situation, il devait la supprimer et trouver une autre promise. Sa priorité absolue était de préserver son secret.
Mais Kyung-rok n'avait aucune idée de ce qui arrivait.
Un poignard fuscla soudainement vers lui, qu'il dévia, mais il réalisait enfin –
'Ainsi, ils étaient plusieurs.'