Ce n'était plus le temps de s'occuper des querelles de l'église d'Halenae, ni de ce « Dragon Hunter Volk ».
Face à la mystérieuse calamité qui avait fendu la terre sans crier gare, et à l'homme à l'armure mystérieuse apparu au-dessus du sanctuaire.
Adolf resta bouche bée, fixant au loin cet homme en armure.
« Qu'est-ce que c'est que cet homme… ! A-t-il un lien avec la catastrophe d'à l'instant ? »
« C-cette armure géante d'argent… le bête en relief sur la poitrine… Je l'ai vu dans un passage d'une stèle, mais impossible… »
Le prêtre contemplait l'homme à l'armure, l'air hébété.
« Tu le connais, Prêtre ! »
Interpellé à grands cris par Adolf, le prêtre afficha une expression amère, mais’ouvrit bientôt la bouche.
« Il est consigné dans une certaine stèle, sous forme de poème épique. Impossible d'imaginer à quelle époque cela remonte. L' [Armure Géante d'Argent Albion]… Celui qui la revêt est l'antique héros Arès. Il tenta d'unifier le monde par une force écrasante, et le Saint Dieu, craignant sa puissance, le scella… c'est ce qui est écrit. »
« Pas possible, c'est lui… ? »
« Je, je ne sais pas, une chose pareille… P-pourrait-il être que le Saint Dieu, apitoyé par le monde sans héros, ait libéré l'antique héros ? »
« Une aubaine pareille… »
D'ailleurs, aux yeux d'Adolf, le géant en armure ne apparaissait que comme une présence funeste.
Du moins, il était certain qu'une partie du pays avait été soufflée au moment même où l'homme était apparu.
« D'après le poème épique, n'est-ce pas un fauteur de troubles qui a essayé de dominer le monde et a été scellé par Dieu ? »
« Huhu, si c'est le cas, Halenae ne va-t-elle pas renaître, de petit pays pauvre du désert, en ce puissant Empire d'Halenae qui aurait existé jadis ? Ah, c'est ça, tout s'explique, tout ! Il suffit de suivre cette Personne… »
« Prêtre… Quelles sottises commodes débites-tu ! »
« Jadis, le Saint Dieu changea cette terre en désert de la mort… et imposa des épreuves à l'humanité…. Depuis cinq cents ans… au bout d'un temps trop long, les humains oublièrent la foi, et jetèrent même l'alliance avec le Saint Dieu qui leur ordonnait de protéger ce lieu saint. Abandonnés au milieu d'un désert infesté de monstres… la Terre Sainte Halenae se retrouva en crise, ne sachant quand elle serait engloutie par les poussières. Nous, peuple d'Halenae, dûmes protéger cette terre sainte des mains des monstres, fût-ce en devenant des parias…. Mais, enfin, le moment où cela sera récompensé est venu ! »
Le prêtre, d'abord pour se convaincre lui-même, marmonnait ainsi.
Mais au fil de ses mots, sa voix s'échauffa, et à la fin, des larmes d'émotion s'amassèrent dans ses yeux.
On n'aurait dit un homme sain d'esprit.
« Prêtre ! »
Adolf l'appela, mais le prêtre ne montrait aucun signe de l'entendre.
« Oh, oh… Enfin, je sens que mon moi absolu revient, ne serait-ce qu'un peu… Je comprends, je comprends ! Quoi qu'il en soit devenu, ici est ma terre natale ! »
Une voix hideuse résonna dans la tête d'Adolf.
Les soldats alentour se tenaient la tête, accroupis.
« C'est de la [Télépathie]… À cette échelle !? »
« C'est ça… Oui… Je suis Arès… L'unique existence absolue en ce monde creux et ambigu ! Être libéré des chaînes de Dieu signifie qu'après l'éternité, le moment est venu pour moi de devenir le roi du monde ! Et Dieu le désire à présent ! »
Le géant en armure… Arès poursuivait son monologue unilatéral.
« Pour commencer, je ferai de cette terre mon pays, et tous en seront mes esclaves ! Qui fuira sera tué ! Qui désobéira sera tué ! Qui ne sert à rien sera tué ! Tout en ce monde n'existe plus, à partir de maintenant, que pour moi, le roi ! »
« Qu-quoi… ? »
Le prêtre, qui avait vu en Arès un sauveur, pâlit malgré tout en entendant son discours.
L'être maléfique debout sur le sanctuaire n'était manifestement pas un sauveur.
« Je tiendrai une cérémonie pour célébrer mon retour ! Que tout le peuple se rassemble auprès de moi, m'offre sept jours et sept nuits de louanges sans sommeil, et sacrifie mille cœurs par jour pour glorifier le grand nom d'Arès ! Réjouissez-vous ! Vous, mortels équivalents à des fourmis, avez le bonheur infini de pouvoir célébrer le début de cet empire mondial qui durera pour l'éternité ! »
« C'est quoi, ce démon… Il n'est pas normal. »
Adolf laissa couler une sueur sur sa joue.
« Saint Dieu… Nous, enfants des hommes, avons-nous été abandonnés ? Ou est-ce là le salut qui nous a été accordé … ? »
Le prêtre, agenouillé, regardait Arès avec une stupeur hébétée.
« Mon sang ! Devenez soldats et menez la populace ! [Bête de Séparation] ! »
Arès tendit le bras et enfonça une lame dans l'articulation de son armure.
On aurait dit qu'un sang noirâtre giclait, puis chaque goutte de cette éclaboussure s'étira, gonfla, et se changea en monstres difformes noirâtres.
Les yeux étaient creusés dans le vide, la grande bouche fendue jusquprès des oreilles, et d'étranges longues dents s'alignaient.
Ils surgirent des flaques de sang par dizaines, formant en un instant une armée.
« Avec si peu de sang, c'est tout ce que je peux faire. Enfin, ça suffira. Allez, Gluttony Ghoul ! Faites tenir à la populace le festival de mon retour ! »
La [Télépathie] d'Arès résonna.
Avec elle, les démons difformes noirâtres… les Gluttony Ghoul se répandirent du sanctuaire à tout Halenae.
« Qu'est-ce que… ça. Est-ce l'enfer ici ? »
Adolf ne pouvait croire que le spectacle sous ses yeux soit réel.
Mais une chose était claire.
La calamité qui avait scindé Halenae en deux en même temps que l'apparition du géant, c'était bien ce démon qui l'avait provoquée.
Au début, il avait nié une absurdité pareille, mais l'homme avait créé une armée de cent rien qu'en éparpillant son sang.
Même s'il avait tranché le pays d'un seul coup, on ne pouvait plus considérer cela comme impossible.