D'innombrables laran convergeaient vers un même point, émettant une lumière verte éblouissante.
La végétation alentour avait séché, et les flammes qui s'y étaient propagées gagnaient en intensité, illuminant d'un rougeoiement ardent la lande calcinée.
Les lueurs verte et rouge ravageaient le relief environnant.
Et les laran rassemblés perdaient leur forme, comme engloutis par la lumière de leurs semblables.
Des arbres morts déjà couchés au sol s'effondraient de manière à nous encercler, embrasés, ne laissant aucune possibilité de fuite convenable.
On ne comprenait plus rien à ce qui se passait.
Était-ce le monde des morts plutôt que la réalité ?
Je restais l'épée en garde, hébété, incapable de faire autre chose que d'assister au spectacle.
Une chaleur dans le dos me fit revenir à moi ; je me débattis pour chasser les flammes.
C'est alors que je remarquai les soldats, l'épée pendante au bout du bras, qui fixaient les laran sans bouger.
À les voir ainsi abrutis, une colère sourde monta en moi.
« Nom de nom ! Tuez-les ! On ne sait pas pourquoi, mais ils tentent de se regrouper en un seul point ! Tuez-les ! Tuez-les ! Qu'attendez-vous ? »
Même après mes cris, personne ne bougeait.
Ils se regardaient entre eux, désemparés.
J'en connaissais la raison : les laran leur faisaient peur.
« Tuez-les ! Si vous restez plantés là, c'est nous qui allons y passer ! Tuez-les ! Celui qui contribuera à abattre la bête touchera une prime spéciale ! Vous le savez bien, je ne suis pas radin ! Alors dépêchez-vous de la tuer ! »
L'un des soldats, encouragé, prépara son arc en catimini.
J'espérais que cela inverse la tendance, mais dix laran surgirent immédiatement pour s'abattre sur l'archer.
À cette vue, les hommes poussèrent des cris d'effroi, jetèrent leurs armes et se dispersèrent dans toutes les directions.
Certains tentèrent d'enjamber un tronc enflammé, prirent feu et se roulèrent au sol en hurlant.
Pendant ce temps, les laran amalgamés formaient une masse géante, gélatineuse et lumineuse, qui continuait d'attraper de nouveaux venus.
« Em… emmenez-moi ! Fuyez ! Quelqu'un… ! »
« Seigneur Toruman ! Par ici ! »
Je vis Glodel entraîner un mage par le col.
C'était, sauf erreur, celui qui maniait la magie d'eau.
Je me lançai à leur poursuite.
Mon corps prit un peu le feu, mais ce n'était pas le moment de s'en soucier.
En courant, je me frottais aux rochers, trébuchais, me relevais, répétais l'opération pour éteindre les flammes et rejoignis Glodel et le mage.
Mes vêtements étaient carbonisés,ほとんど焼失しており、ほぼ半裸だった。
Je serrais mon épée comme une canne, titubant sur les talons de Glodel.
Pourquoi moi, pourquoi devais-je subir une telle humiliation, roulant par terre au péril de ma vie ?
Le sang qui me coulait sur le front m'aveuglait ; je saisis la manche de Glodel.
« …… »
Glodel s'arrêta.
« Qu… qu'as-tu ! Cours, nom de dieu ! »
« M… mon seigneur, là… »
« Hein… ha ? »
Un murmure désespéré monta de l'entourage.
Apparemment, quelque chose se passait derrière moi… du côté des laran.
Faute de manches, je m'essuyai les yeux sur le vêtement de Glodel pour chasser le sang et me retournai.
La masse bouffie s'était compressée, réduite à la taille d'un éléphant.
Et sa silhouette était celle d'une bête unique, affichant une grimace de rage.
Tout son corps irradiait la même lumière verte aveuglante que les laran, mais ses prunelles brillaient d'une couleur flamme.
La bête leva le museau vers le ciel et
« Uooooooooooooooh ! »
rugit d'une voix tonitruante.
Le cri semblait faire vibrer toute la forêt ; comme entraînés par lui, de lourds nuages de pluie s'amassèrent au-dessus de nous, le temps bascula en un instant, un vent violent se leva et la pluie se mit à tomber dru.
Cette bête provoquait-elle des cataclysmes ?
Mes jambes fléchirent malgré moi.
Entraîné par mon mouvement, Glodel s'affala à son tour.
« Ne… ne me dites pas que c'est un carbunc… ? »
Effectivement, le carbuncle est réputé posséder une fourrure scintillante comme des joyaux, avec une grosse gemme incrustée au front.
La bête lumineuse devant nous correspondait bien à cette description.
Je ne savais pas qu'il pouvait être si grand, ni qu'il était un agglomérat de laran, mais le carbuncle est à la base un monstre mythique sur lequel on sait fort peu de choses.
Une marge d'erreur est inévitable.
Peut-être quelqu'un a-t-il simplement assimilé l'amas de laran à un carbuncle en raison de sa ressemblance avec la bête légendaire.
Mais l'essentiel, la seule chose qui compte, c'est ceci.
Si nous ramenons cette fourrure, je deviendrai roi.
« Qu… quelqu'un ! Tuez-le ! Tuez-le ! Essayez de ne pas l'abîmer ! Je donnerai tout l'or qu'il faudra ! Tout l'or que vous voudrez ! Allez-yyyyy ! »
Les quelques soldats restants se jetèrent sur la bête.
Ça peut marcher.
Après tout, les laren ne sont que de la piétaille.
Ils nous avaient embarqués dans une attaque suicide, si bien que les hommes, qui n'avaient pas l'intention de mourir, avaient paniqué d'un coup ; mais maintenant qu'ils ne formaient plus qu'un seul corps, si l'on garde son sang-froid…
« Uooooooooooooooh ! »
La bête rugit, leva haut ses deux pattes avant et les abattit violemment au sol.
Sur l'instant, une onde de choc massive m'atteignit, moi qui avais pris de la distance.
Le vent violent aidant, je roulai par terre, couvert de boue.
En recrachant la gadoue, je vis le sol se fendre autour de la bête ; les soldats y furent aspirés.
La bête croqua sans pitié la tête d'un homme immobilisé.
Elle écrasa le tronc qui giclait de sang sous son pied et renouvela l'opération sur le suivant.
Je restais étendu dans la boue, forcé d'assister à la scène.
Mêlés au vent et à la pluie, des grondements sourds, comme d'énormes rochers en mouvement, parvenaient de loin.
Encore quelque chose au-dessus de tout ça ?
Je me relevai en hâte et me rapprochai de Glodel.
« Gl… Glodel ! Abats-le ! Glodel ! »
« C'est impossible, seigneur Toruman ! Même au mieux de ma forme, avec cette bande d'incompétents… »
« Je suis l'homme qui deviendra roi ! Pas de réplique ! Tue-le ! Fais de moi un roi ! Si tu n'en es pas capable, crève ! Crève ! Crèèève ! »
Je hurlai sur Glodel, la bouche fendue jusqu'aux oreilles.
Glodel froncea les sourcils, puis me planta un coup de pied dans le ventre.
« Guh ! »
Pris de court, je lâchai mon épée et m'effondrai.
« Tu te la joues petit chef, c'est ça ? Tu m'emmerdes ! Reste là à ramper et sers de pâture à ce monstre, connard ! »
« Toi… Toi… ! »
Glodel emmenait le mage de plus en plus loin.
Je ne pouvais rien faire, seulement regarder.
La tempête, les rugissements de la bête, les bruits terrifiants comme si le relief lui-même se déformait… ces trois sons se mélangeaient, me déchiraient les tympans.
Je ne savais plus si je tremblais de froid sous la pluie ou de peur face à la bête.
« Gl… Glodel ! Reviens ! Sauve-moi, Glodel ! Glodel ! »
Ma voix fut sans doute noyée par le vacarme, ou bien personne n'eut envie d'écouter ; nul ne réagit.
Finalement, la bête qui massacrait les soldats alentour posa soudain son regard sur moi.
Puis elle s'approcha, pas à pas.
« Qu… quelqu'un ! Quelqu'un ! Sauvez-moi ! Aidez-moi ! Qu'est-ce que vous faites dans un moment pareil ! »
Je saisis mon épée, me relevai et pris la fuite.
Les pas de la bête me suivaient.
Personne ne venait à mon secours.
Tous s'enfuyaient de leur côté, sans attendre mes ordres.
« Hannibal ! Lapal ! Alan ! Sauvez-moi ! Sauvez-moi ! Azalea, Azaleaaaa ! Pourquoi n'es-tu pas là quand il le faut ! Sauve-moi Azaleaaaaaa ! Azaleaaaa ! »
Quand je trébuchai, j'aperçus au loin les silhouettes de Glodel et du mage.
« Glodeeeel ! Toi seul, je ne te pardonnerai pas ! Si je m'en sors vivant, je te ferai goûter à toutes les tortures du monde ! Fuha, fuhaha, fuhahahaha ! Hahahaaaa ! »
La peur et la rage, impossibles à contenir, firent jaillir un rire.
Mais je ne m'amusais pas.
Qu'étais-je devenu ? Moi non plus, je ne comprenais plus rien.
À cet instant, une sphère mystérieuse abattit les arbres et surgit, écrasant Glodel et le mage.
Je restai coi ; elle ralentit brutalement, s'immobilisa, se redressa peu avant moi et déploya deux cous.
« U… uroboros !? Azalea, tu as foiré ! Cet imbécile, cet imbécile ! »
Je me retournai pour fuir face à l'uroboros.
Devant moi, la bête d'avant braquait sur moi ses prunelles enflammées.
Mes forces me quittèrent et je m'affalais sur place.