[Détection de présence] déployée, je courais dans tous les sens à travers le village.
Rien. Absolument rien ne sortait.
Le village, transformé en ville fantôme parce que les habitants s'étaient réfugiés, était d'une solitude pesante.
Il y avait un endroit où les présences humaines étaient fortement concentrées, alors je suis allé voir : un grand bâtiment ressemblant à une maison de réunion.
Probablement qu'il y a aussi un abri souterrain pour l'évacuation, là-dedans.
Malgré tout, ils ont l'air rudement rodés à la gestion des Abysses……
……Bon, ceci dit, comme tout à l'heure, il arrive qu'ils se regroupent à l'entrée.
Si ça se produit, ce sera une guerre d'usure, inévitablement.
J'ai de nouveau senti une présence semblable à celle des Abysses, je me suis approché, et il y avait une sorte d'œuvre d'art : un Abysse transpercé d'une multitude de lances.
L'Abysse transpercé était sec, donc ce n'est pas un coup d'aujourd'hui.
C'est peut-être pour faire fuir les Abysses ?
Parait qu'il y a pas mal de bêtes qui sentent le danger et fuient en voyant le cadavre d'un congénère.
Mais ces-là, s'ils sentent l'odeur du cadavre d'un copain, ils risquent plutôt de débarquer, eux……
Je m'étais éloigné prestement de cette « œuvre » en cadavre d'Abysse, quand mon partenaire se mit à renifler bruyamment.
Je m'étonnais, et lui, il tendait le cou comme pour me guider.
« Gaa ! Gaaa ! »
Hein ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu as trouvé quelque chose ?
« ÇA, ÇA, ICI ! »
Non, pas un pronom, un nom commun, merci.
Qu'est-ce qu'il a trouvé ?
Je n'ai pas su ce qu'il avait trouvé, mais comme je n'avais pas d'autre piste, j'ai décidé de le suivre.
Sous un hangar sommaire, à peine un toit pour l'ombre, des tonneaux de saké étaient alignés.
P-pas possible qu'il ait remonté cette odeur, si ?
Je me disais « pas possible »… et mon partenaire tira violemment du cou.
Je me braquai, de tout mon poids, pour résister.
Un dieu-dragon qui fait le voleur à la tire, c'est quoi cette blague !
Si on me voit, ce ne sera pas de la déception, ce sera un scandale !
Et puis, on n'est même pas sûrs que les Abysses aient disparu, bordel !
« Gaa… »
Mon partenaire lut ma volonté, et baissa la tête, abattu.
Faut pas faire une tête pareille non plus…
La prochaine fois, je demanderai à Hibi de t'en donner, d'accord ?
Mon partenaire m'entendit, fit comme s'il avait une idée, hocha la tête à plusieurs reprises, et se lécha les babines.
…Ce type, si j'oublie de demander, il va littéralement fourrer son nez dans la discussion, j'en suis sûr.
Si ça tourne au vinaigre, fais-moi grâce de ça, sérieusement.
Après, j'ai encore fait le tour du village un moment, mais pas l'ombre d'un Abysse.
J'ai ramassé en chemin une vieille qui tremblait derrière une caisse en bois, et un enfant qui se cachait seul dans un bâtiment.
L'enfant pleurait, mais en me voyant il s'arrêta, et quand je le mis sur mon dos, il rigola ravi.
C'est le jour et la nuit comparé aux réactions ailleurs, putain.
Je le surveillais du coin de l'œil, jeter des coups d'œil derrière moi, et je me rendis compte qu'on me fixait intensément — mon partenaire.
J'eus l'impression que ma gueule se relâchait un peu, alors je me forçai à la raidir.
Ceci dit, avec ma peau à écailles, ça ne se voit pas, normalement…
Je tombai sur un père qui courait partout, lance en main, visage désespéré.
Environ trois heures s'étaient écoulées depuis le début de la patrouille.
J'avais à peu près fait le tour, alors je décidai de ramener les trois à la maison de réunion.
« Guooooo ! »
Arrivé aux ruines de la maison de réunion, je rugis, la porte métallique restée sur le terrain nu s'ouvrit, et Hibi en sortit.
……Mais putain, quel gâchis. Les décombres éparpillés et piétinés au hasard font mal au cœur.
Des cadavres d'Abysses roulaient ça et là aussi.
Bon, c'est moi qui ai tout cassé, tout piétiné, tout fait rouler, ceci dit.
J'vais peut-être filer un coup de main pour la reconstruction.
Moi, je bâtis une maison plus vite qu'un humain, c'est sûr.
Par contre, si les villageois accepteront que je les aide, c'est une autre histoire.
Derrière Hibi, plusieurs personnes remontèrent l'escalier du sous-sol, et en me voyant, elles piaillèrent d'excitation.
Moi, j'aurais bien fait un signe de patte avant, mais Hibi stoppa les Ritvears qui montaient, d'un geste de la main.
Normal, il n'a pas encore entendu mon rapport de patrouille.
Hibi se cacha le visage avec ses mains, et prononça un sort.
Le signal habituel, celui qu'il fait avant de lancer une [Télépathie].
C'est peut-être aussi une mise en condition mentale.
« Comment c'était ? »
J'ai ramassé trois personnes.
Pas trouvé d'Abysses.
Je ne les connais pas assez pour savoir s'ils ont battu en retraite ou s'ils se planquent, ceci dit.
« Se planquer… n'est pas possible, non ? »
Pourquoi ?
Quand je suis venu au sanctuaire, ils s'étaient glissés dedans, les effrontés, dans les offrandes.
Y a-t-il une règle, genre horaire, pour les raids ?
Ils rentrent au coucher du soleil… un truc comme ça ?
« Non. S'il y avait des Abysses dans le village, ils seraient en train de dévorer les cadavres de leurs congénères. »
…………Ah, oui, c'est vrai.
Oui… oui, c'est vrai…
« Il ne fait aucun doute qu'ils ont fui, saisis de terreur devant votre puissance écrasante, mon seigneur. »
C'est flatteur, mais aujourd'hui j'ai pas trop la force de jouer le jeu, et je suis crevé, alors je rentre au sanctuaire…
J'veux me laver dans la rivière.
Faut que je dégage la purée d'Abysse.
« Vous repartez déjà, mon seigneur ? »
Ah, ouais…
Laisse tomber pour aujourd'hui.
« Que ferons-nous des cadavres d'Abysses ? Nous viendrons les récupérer plus tard…… »
Non, pas besoin ! Pas besoin, je te dis !
Je secouai la tête de toutes mes forces.
Mon partenaire, qui n'avait pas l'air d'écouter, se mit lui aussi à secouer la tête frénétiquement.
Résultat : on se cognit le crâne violemment.
Hibi nous regarda, inquiet.
Mais un choc de crâne, ça ne me fait ni chaud ni froid.
Le problème, c'est l'élimination des Abysses.
Je vous dis que je n'en veux pas !
Vous les brûlez, les enterrez, les transpercez, les exposez, faites ce que vous voulez, mais débarrassez-vous-en.
Franchement, j'ai pas envie de les voir.
Hibi inclina la tête, perplexe.
Non, c'est toi qui es bizarre, là.
Laissez-moi tranquille avec les Abysses, bon sang.
« ……Compris. Je le transmettrai aux autres Ritvears. »
…Tant mieux si le message passe.
Si on m'avait fait le coup de l'offrande surprise avec des cadavres d'Abysses, j'aurais cru à du harcèlement, et j'aurais quitté le village en pleurant.
Ah, au fait, il y en a combien, des Abysses ?
J'en ai zigouillé une vingtaine aujourd'hui, alors c'est peut-être fini, non…
« Tant que leur nid ne sera pas découvert, les éradiquer complètement sera difficile. C'est aussi le seul moyen de percer le mystère de leur prolifération anormale. »
……Le nid des Abysses, c'est l'enfer, ça.
Et y en a encore plein, alors.
Mais si on n'arrête pas la prolifération anormale, les dégâts ne feront qu'augmenter, non…
« Cependant, il vaudrait mieux ne pas songer à pénétrer dans leur nid. Il y a un précédent : les Ritvears ont formé une troupe pour chercher le nid des Abysses. Mais il ne reste aucune trace d'une entrée effective. »
C'est qu'il est dur à trouver ?
« Parce que personne n'est jamais revenu de ceux qui ont poursuivi les Abysses en profondeur. »
…Hein ?
Personne… veut dire… anéantis, tous ?
« Il y a cent ans, quand le héros Gagaza était parmi nous… j'ai entendu dire que grâce à votre puissance aussi, mon seigneur, les raids d'Abysses avaient été anéantis les uns après les autres. »
Oh, les héros, ça existe vraiment, hein.
Les Ritvears ont un niveau de combat moyen élevé, donc forcément, ça sort des pointures exceptionnelles, par moments.
« Mais, grisés par ce succès, nos ancêtres Ritvears ont commis la folie de forcer presque Gagaza à explorer le nid des Abysses. Et au nom de Gagaza, ils ont rassemblé tous les guerriers du village, et sont partis en expédition pour le trouver. »
……J'ai comme un mauvais pressentiment, d'un coup.
« Ils ont transpercé le corps d'un Abysse capturé, lui ont arraché les pattes, et l'ont relâché pour le suivre. Ils pensaient ainsi atteindre le nid. Femmes, enfants, vieillards restés au village, tout le monde était sorti pour bénir leur départ. »
…………
« Puis les jours se levèrent et s'abîmèrent, encore et encore. Finalement, la reproduction des Abysses prit fin… et pourtant, personne ne revint. Vous aussi, mon seigneur, vous vous êtes retiré quelque temps après, dit-on… »
Hein ? Ah, ah oui, c'est vrai…
D-maintenant que tu le dis, j'ai comme un vague souvenir d'un truc pareil… enfin, je dis pas que j'en ai pas…
Mais, faire ce que les Ritvears ne peuvent pas… c'est le rôle du dieu-dragon… n-non, mais quand même…
« En temps normal, c'est déjà une chose si terrifiante… alors maintenant, que la cause de la prolifération anormale sommeille dans le nid… explorer le nid des Abysses… »
Hibi en resta là, et son corps trembla d'un frisson.
On dirait qu'on lui a rabâché ça comme une leçon, depuis tout petit.
Même le dire lui fait peur.
« NAN, C'EST BON, ON ARRÊTE LÀ. »
Mon partenaire intervint sur le côté.
……Ouais, moi aussi, j'veux bien qu'on m'épargne ça.