Adof brandit sa grande épée et fonce dans ma garde.
Ici, lui trancher le poignet puis lui couper la tête serait un jeu d'enfant, mais bien sûr, je n'ai pas l'intention de l'expédier si proprement.
Heureusement, le Dragon Fléau ne semble toujours pas en état de bouger.
Je vais le travailler à loisir, tranquillement.
Je lis la trajectoire de sa lame dans les yeux d'Adof et l'esquive avec une aisance déconcertante.
J'évite quatre attaques consécutives en les frôlant exprès, puis je recule d'un bond pour éviter le coup oblique que lance Adof, impatient.
Un truc pareil, quel que soit le nombre de coups portés, j'ai pas l'impression qu'il puisse m'atteindre.
Le chevalier le plus fort d'Harenaé, c'est trop pathétique.
« C'était aussi lent que ça, déjà ? Un petit manque d'entraînement, non ? »
J'ai ironisé sur le fait qu'il a passé tout ce temps en prison, mais il a à peine réagi.
Après tout ce que je lui ai déjà dit, il ne va pas s'emportier pour une pique de ce niveau, maintenant.
C'est un peu triste que la provocation ne prenne pas à ce point.
J'aurais bien aimé monter les marches une par une pour le harceler plus longuement, mais j'ai encore le Dragon Fléau à gérer après.
J'ai pas trop le temps de m'amuser. Pff, quelle vie.
Pour le secouer davantage maintenant, mieux vaut l'encercler sous un autre angle.
« Alors, ça fait quoi ? Tu t'es cru malin, t'as fait tuer ton frère et ta fiancée, et en prime ton père est exposé comme une bête de foire avant d'être exécuté. Allez, dépêche-toi de me toucher, sinon ça va être la catastrophe. »
« Salaud d'hermé… ! »
Oh, il s'énerve, il s'énerve.
C'est sûr, si je vois pas ce genre de réaction, y a pas d'intérêt.
Moi aussi, j'ai préparé ce coup à fond. S'il se débat pas, c'est chiant.
Adof se laisse emporter par l'émotion et lève sa grande épée haut.
Même en jouant normalement, il me touche pas, alors pourquoi rendre ses mouvements aussi prévisibles ?
Bon, je comprends qu'il veuille me coller un coup de force tant que je fais le malin en esquivant.
Après, qu'il ait une chance d'y arriver, c'est une autre histoire.
S'il avait pu voir mon statut, Adof aurait pas eu besoin de se battre pour rien, il aurait tendu le cou et attendu sagement.
Pff, c'est pitoyable.
Je passe en courant à côté d'Adof.
Sa lame descendue ne m'attrape pas, elle ne fait qu'éclater le sol et soulever un nuage de sable.
« Guh… »
Adof se crispe le visage, sa main droite presse son oreille.
« C'était pas vous qui m'avez fait la leçon tout haut l'autre fois ? "Un coup de force comme ça, ça peut pas toucher. Comme tout à l'heure, tu ne feras que subir un contre." », c'était bien ça ? »
Je ricane en lui renvoyant la réplique, droit dans les yeux qu'il me lance.
« Ah, ça me sert à plus, je vous le rends. »
Tout à l'heure, quand je suis passé à côté, je lui ai tranché l'oreille et l'ai accrochée sur la lame.
Je secoue légèrement mon épée, l'oreille d'Adof s'envole légèrement.
Je la tape avec le plat de la lame.
Je comptais la lui renvoyer comme une balle, mais l'oreille d'Adof a explosé en gouttelettes de sang, réduite en morceaux de chair.
« Oups, désolé. »
Mais c'est bien un ex-chef des chevaliers, quoi.
Il compresse la plaie pour limiter un minimum le saignement, et remet déjà sa grande épée en prise à deux mains.
« Cette fois, c'est moi qui attaque. »
Je pousse sur le sol et comble la distance d'un coup.
Il avait pas l'air de croire que je pouvais bouger aussi vite, son visage montre le trouble.
« Tiens, tiens, tiens ! »
De droite, de gauche, je fais tourner le bras vite, j'attaque des deux côtés.
« Votre garde était en retard, là ? Ah, c'est pas bon du tout, faut s'ancrer dans les hanches pour encaisser. »
J'ajuste ma vitesse pour qu'Adof puisse juste faire face, et j'enchaîne les coups.
Évidemment, l'Adof d'aujourd'hui n'a même pas la marge pour contre-attaquer. Il a déjà tout ce qu'il peut faire pour parer coup par coup.
Je lui laisse même pas le temps de reprendre sa garde, sa posture s'effondre de plus en plus misérablement.
Finalement, sa garde s'effondre complètement, une énorme brèche s'ouvre chez Adof.
J'abaisse mon épée, j'avance et je lui plante un coup de pied en plein ventre.
« Guh !? »
Le corps massif d'Adof décolle et s'écrase au sol sur le dos.
Dire qu'il a pas lâché sa grande épée même là, c'est de l'acharnement, c'est juste douloureux à voir, et minable.
Adof se relève illico et se remet en garde face à moi.
Ça commence à faire pitié, tiens. Et si je le finissais à mains nues ?
À mains nues, c'est large. Et c'est encore plus humiliant pour lui.
« Koraaa ! »
Face à Adof qui hurle en fonçant, j'écarte les bras.
« Cinquième coup. Au cinquième, je prends ton poignet. »
Je l'annonce, puis je replace lentement ma garde, je construis l'échange dans ma tête.
« Allez, premier coup, deuxième coup, troisième coup… »
Je prends l'initiative, j'impose mon rythme à l'échange.
Si je reçois mal son attaque, vu l'écart de nos lames, je risque de me la faire pulvériser, c'est le point délicat.
« Quatrième coup. »
J'accélère la cadence.
La garde d'Adof tarde, sa posture se brise.
Sa main gauche sort, sans défense, vers l'avant.
« Et voilà le cinquième ! »
Visant le bras gauche, je rentre ma lame en coup court.
Comme annoncé, au cinquième coup, je peux lui trancher le poignet.
Les commissures de ma bouche remontent toutes seules.
Je lève les yeux pour voir la tête d'Adof.
« Hein ? »
Adof est en train d'abattre sa grande épée d'une main vers moi.
Ce salaud, il a tendu le gauche exprès pour me forcer la main.
Bon, avec cette différence de vitesse, sortir de sa portée maintenant, c'est facile, ceci dit.
Juste, j'allais lui briser le moral, et si je recule moi-même, il va se croire permis de se la péter. Ça m'agace.
Je peux le briser une deuxième fois, de toute façon.
Je renonce à son poignet et je recule d'un bond.
« [Onde de choc] ! »
Le tranchant de la grande épée prend corps et m'assaille.
Il a gagné de la portée, le petit malin.
À contrecœur, je n'ai pas le choix, je dois l'encaisser.
Un truc pareil, ça sert à rien, c'est juste chiant.
Bon, dès que je l'ai pris, je zigouille Adof direct.
J'avais prévu de le tuer sans encaisser un seul coup, d'un coup l'envie m'a quitté. Un type qui lit pas l'ambiance.
C'est pour ça que l'Église le supporte pas.
Je croise les bras et reçois l'[Onde de choc].
Ah, quelle attaque minable.
Avant même que je me mette en garde, Adof balance sa grande épée en plein vol.
Un truc pareil, je le gère les doigts dans le nez, qu'est-ce qu'il a dans la tête ?
Il a compris l'écart de niveau et il a littéralement jeté l'éponge ? Ou bien il s'est cru satisfait d'avoir marqué un point avec le coup d'avant, et il a perdu la volonté de se battre ?
Dans les deux cas, c'est une fin bâclée. J'ai peut-être un peu trop joué avec lui.
Je me courbe pour esquiver la grande épée lancée.
Adof tend la main vers moi.
« [Clay] ! »
C'est quoi, ce sort de bas étage, à cette heure-ci ?
Derrière moi, un bruit de métal qui claque.
Il a fait ricocher la grande épée ?
Je prédis la trajectoire au son, mais ça a pas l'air de venir sur moi.
Normal.
Faire lever de la terre avec [Clay] pour faire ricocher une épée lancée et la renvoyer sur la cible, c'est pas un truc qu'on tente à l'aveuglette.
Je jette un œil derrière.
Au-dessus de moi, penché, la grande épée d'Adof file en diagonal.
Même le fait de l'avoir envoyée aussi proprement, c'est déjà du niveau acrobatie.
Ce type, s'il a le temps de s'entraîner à ça, il ferait mieux de bosser son épée.
C'est pour ça qu'il est faible.
« Ouais, ouais, c'est bien. Tu as réussi à placer un tranchant. T'es satisfait, hein… ah ? »
Je ramène la tête vers l'avant, et Adof est en plein saut vers moi.
Il a saisi sa grande épée en l'air n'importe comment, et il la descend droit sur ma figure.
Pas de garde, rien, un mouvement n'importe comment.
Dans cette position, impossible de l'esquiver.
Placer un contre, c'est facile, mais même si je tue Adof comme ça, l'attaque ne s'arrêtera pas.
La magie non plus, y a rien qui puisse retourner la situation maintenant.