« C'est cela. Le magique œil avait déjà perdu son pouvoir. »
« Oui. Nous l'avons extrait du corps pour l'examiner, mais ce n'était qu'un œil banal, comme on en trouve partout. »
« Très bien. Vous pouvez vous retirer. »
Le prêtre s'inclina sur un « Alors, excusez-moi » et quitta la pièce.
En regardant son dos s'éloigner, l'homme dans la pièce… le pape de la Sainte Nation de la Sainte, Grégoria, poussa un soupir.
« C'est vraiment pas une affaire simple. Si le propriétaire meurt, le magique œil lui-même meurt aussi. C'était bien ce qui était écrit. »
Il'ouvrit le livre qu'il tenait en main et parcourut la page contenant le passage recherché.
C'était le journal d'un certain individu, qui ne circulait pas dans le grand public.
Y étaient consignés tous les faits vus et entendus au cours d'un certain voyage.
« Une lignée de magique œil aux pupilles couleur pêche… Après tant de peine pour la retrouver, aboutir à ce résultat. J'aurais tout de même voulu savoir quelle était la nature de son pouvoir… Enfin, il en reste encore un, confions la suite à Léo Tigre. »
La sécurisation du survivant de la lignée du magique œil, qu'il avait confiée à son subordonné.
Même s'il ne s'agissait que d'un enfant, on ne savait pas quel magique œil il possédait. C'est pourquoi il avait assigné cette mission à l'un des plus habiles de sa garde rapprochée.
Un choix dicté par sa fidélité à sa mission, malgré sa violence un peu excessive.
Puis, refermant le livre qu'il tenait… le journal de voyage de la Sainte, il en sortit un autre de sa poche.
« Hmm… Lors de l'invocation du héros, la nature de ce dernier change selon ce qui est incorporé au cercle d'invocation… En somme, un catalyseur. Le royaume de Greyail a versé dans le cercle le sang royal, l'âme d'un homme vertueux et une grande quantité de pouvoir magique, faisant ainsi apparaître en ce monde un héros doué de pouvoir et d'une bonté extrême. »
À cette époque, le monde traversait une période de rampages monstrueux à l'échelle planétaire.
Chaque nation était débordée par la gestion de ces monstres, et si la résistance acharnée ne servait qu'à prolonger l'agonie, on était peu à peu poussé au bord de l'extinction par le nombre écrasant des créatures.
Pour briser cette situation, le royaume de Greyail avait mis au point le cercle d'invocation du héros.
Un rituel pour appeler un être doté d'une force immense depuis un autre monde, afin de résoudre la cause du grand rampage des monstres.
« Ce dut être un expédient désespéré. Sacrifier un citoyen vertueux pour l'invocation, qui plus est sans garantie de succès, un pari fou à quitte ou double. Mais ils ont réussi, et le héros a vaincu le roi démon, cause du grand rampage. Vraiment admirable. »
Et en même temps, cela lui donnait la nausée.
Grégoria tordit la bouche en un « Kihi ».
« Pourquoi s'être contenté de la visite du roi démon, alors qu'ils possédaient un héros doué d'une force immense ? Incompréhensible. La force, c'est fait pour être utilisée. La force n'a de sens que si on s'en sert. Moi, j'aurais utilisé le pouvoir du héros tel quel pour mettre le monde entier sous ma coupe. »
« Quel gâchis… » et Grégoria poussa un soupir profond, très profond.
Et de nouveau, « Kihi », il arbora un sourire inquiétant.
« C'est justement pour ça que je peux m'en servir, moi. »
Tel qu'on chérirait une chose précieuse, Grégoria caressa doucement le livre qu'il tenait en main.
« Si le héros est déterminé par ce qu'on offre au cercle d'invocation, il est aisé d'en appeler un qui corresponde à mes desseins. S'il est trop vertueux, il risque de se retourner contre nous, alors utilisons un criminel lourd condamné à mort comme offrande. Amassons le plus de pouvoir magique possible. Et si en plus il y a un magique œil, c'est encore mieux. Un héros porteur de magique œil ne manquera pas de naître, j'en suis certain. »
« Excusez-moi, pape Grégoria ! »
« Hm ? »
Au milieu de ses rires « Kihi, kihihi » qui glacent quiconque les entend, la porte s'ouvrit sans coup férir.
Grégoria tourna les yeux vers l'entrant : une chevalière revêtue d'une armure argentée étincelante.
Reconnaissant ce visage connu, Grégoria afficha, à l'opposé de tout à l'heure, un doux sourire : « C'est donc cela. »
« Que vous arrive-t-il, dixième du classement de la garde rapprochée de la Sainte, Rozélian Shilda ? »
« Je vous prie de ne pas m'appeler par ce titre purement honorifique. Mon épée est dédiée à la Sainte, pas à Votre Sainteté. »
La chevalière ainsi nommée — Rozélian — fronça les sourcils d'un air mécontent, et Grégoria rit, l'air embarrassé : « On me le dit, pourtant… »
« C'est un fait que vous assurez la protection de la Sainte et que vous occupez ce poste. Alors ? Vous qui ne quittez jamais le côté de la Sainte, qu'est-ce qui vous amène ici ? »
« Tu fais l'innocent, pape. Tu crois que nous… que la Sainte n'a pas remarqué ce que tu manigances ? »
La voix de Rozélian s'éleva. Mais Grégoria, imperturbable, pencha la tête comme pour dire qu'il ne comprenait toujours pas.
Face à cette attitude, la voix de Rozélian se mua en cri de colère.
« Tu comptes faire semblant de ne pas savoir !? On a découvert que tes hommes enlèvent des civils innocents d'autres pays ! Qui plus est, uniquement des porteurs de pouvoir magique ! Parle, pape ! Qu'est-ce que tu trames !? »
« Oh, peur, peur. Ne criez pas comme ça. Si vous foncez avec cette mine, moi qui suis faible, j'en aurais presque les larmes aux yeux. »
« Tss… V-vous ! Vous osez ! Même en tant que pape de cette nation !? Le pape de cette Sainte Nation de la Sainte, qui apporte la guérison à tous les peuples ! Comment pouvez-vous commettre de tels enlèvements !? »
« Comment, dites-vous ? C'est nécessaire pour sauver le monde, dixième de la garde rapprochée de la Sainte, Rozélian Shilda. Kihi… Rassurez-vous. Votre chère Sainte aura aussi droit à sa part de contribution. »
Harceler, sans doute. Grégoria l'appela à nouveau de la même façon.
Face à cette attitude, la voix de Rozélian trembla, et elle saisit la garde de l'épée à sa hanche, bien décidée à la dégainer.
« Arrêtez, Rozélian. »
« Ah !… Seigneur Gilius ! »
Le sourire aimable de Grégoria fit face à un dégainage « divin » renforcé par l'« Armure Sacrée ».
Une lame d'une finesse telle que même un fort aurait du mal à la lire au premier regard fut toutefois aisément stoppée par l'homme apparu entre eux.
« … Retirez-vous, seigneur Gilius ! »
« Je ne le peux pas. J'ai l'obligation de protéger Grégoria-sama. »
« La garde rapprochée de la Sainte a pour mission de protéger la Sainte ! Pourquoi protéger un tel homme !? »
Gri-gri, la force sur l'épée de Rozélian augmenta, mais la lame de l'homme ne broncha pas d'un millimètre.
« Quoi qu'il en soit, je ne peux tolérer d'outrage à Grégoria-sama ici et maintenant. Cette direction est le pape de ce pays. »
« Il s'est hissé à ce poste de force ! Et le pape enlève des innocents ! »
« Même so. Je suis l'épée et le bouclier de cette direction. Si tu dégaines, je dois dégainer à mon tour. »
« Tu le couvres !? Cet homme ! »
« … »
Le silence fut sa réponse, et l'épée de Rozélian fut repoussée.
Comprenant que c'était sa réponse, Rozélian grinca des dents.
« Haha,さすがは聖女親衛隊序列1位、そして私が最も信頼する剣。助かりましたよ »
Et Grégoria, s'avançant d'un pas lent depuis le dos de Gilius, adressa un sourire radieux à Rozélian, qui affichait une expression frustrée.
« Dixième de la garde rapprochée de la Sainte, Rozélian Shilda. Votre impolitesse à mon égard tout à l'heure, je la passerai sous silence. Simplement… évitez de trop vous mêler de tout ça, voulez-vous ? Pour le bien de la Sainte que vous vénérez… hein ? »
« … Excusez-moi. »
Rozélian rengaina son épée, baissa la tête en serrant les dents, et se retira.
Une fois qu'elle eut quitté la pièce, Grégoria haussa les épaules avec un « Yare yare » et soupira.
« Yare yare… Une gamine qui n'est que le symbole du pays, et sa nounou, c'est bien du travail. Il suffirait qu'elles écoutent docilement ce que je dis… »
« Vous le pensez aussi, non ? » demanda Grégoria à Gilius, qui venait de rengainer son épée.
À ces mots, il ne répondit rien, se contentant de s'incliner profondément.