Salle des coffres de Cyrille, niveau intermédiaire.
Nous avions été rassemblés dans une grande pièce censée être réservée aux visiteurs.
« Qu'est-ce que c'est que ça, au juste ? »
Fernote laissa échapper une voix perplexe, mais personne ne put lui répondre. Pas même moi, la personne concernée, je ne comprenais pas ce qui se passait.
Cyrille et moi nous ressemblons — ou plutôt, à part la couleur des cheveux, des yeux et nos vêtements, nos apparences sont quasi identiques. Si l'on devait chercher une différence, ce serait le petit grain de beauté sous l'œil droit de Cyrille.
« C'est le portrait craché… On croirait des sœurs jumelles. »
« On dirait le joueur 2 dans un jeu vidéo. »
« Joueur deux ? »
« Ah, non. Rien. »
Mince, mes pensées ont fui tout haut.
Je change de cap et reflechis un peu.
C'est un fait indéniable : Cyrille et moi nous ressemblons énormément.
Elle et moi, si alike. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Si l'envoyée divine — Mademoiselle Loli-Papy — qui m'a tout expliqué avant ma réincarnation n'en a pas pipé mot, il est naturel de conclure au hasard… mais le mot « hasard » ne suffit pas à expliquer une telle ressemblance.
« Alge, tu avais une grande sœur ? »
« Les vampires sont des demi-humains à génération spontanée à la base, donc les parents de sang n'existent pas, Kuzuha. »
« Ah… c'est vrai. »
Zeno a raison. Les vampires n'ont pas de liens de sang.
S'il y a un lien, c'est celui du pacte de sang, et ils ne naissent pas de quelqu'un. Satsuki et Iris, qui tiennent un salon de thé à Sakuranomiya, la capitale de la République, portent le même nom de famille, mais c'est la preuve qu'elles se considèrent comme une famille par choix ou par état d'esprit. Moi, je n'ai pas de tel lien. Si j'en avais un, je me ferais entretenir par cette personne.
« Quoi qu'il en soit, ne pas pouvoir sortir d'ici est embêtant. »
Comme dit Fernote, nous sommes de facto en état de détention.
Le gestionnaire du grand coffre, qui m'appelle Cyrille, a fermé l'entrée.
« Cyrille, c'est normal qu'elle soit là, c'est sa maison. Les autres, s'ils veulent partir, qu'ils partent. Si ce sont des amis de Cyrille, je les accueille volontiers. »
Telle est la position du gestionnaire, mais je ne suis pas Cyrille, alors je suis dans l'embarras.
Pour aller sur le continent magique, nous devons utiliser mon navire marchand, le Pisces. Si je ne peux pas partir, les autres non plus.
Inversement, seul, j'ai l'impression de pouvoir m'enfuir comme je veux, donc je pourrais les faire sortir d'abord et les rejoindre après…
« Une personne perdue qui revient, c'est ça ? »
En pensant à ce qui lui est arrivé, l'honnêteté m'oblige à admettre que m'enfuir en silence me pèse.
Ses larmes, sa voix joyeuse, étaient sans conteste sincères. Même si c'est un malentendu, le fait qu'elle se réjouisse vraiment du fond du cœur, même moi, l'obtus, je le comprends.
Mon entourage doit le sentir aussi, puisque personne ne dit « laissons tomber ».
Surtout Kuzuha, qui est inhabituellement silencieuse, doit superposer sa propre situation. Elle aussi a perdu sa mère, une personne précieuse.
« Euh… y a-t-il un problème ? »
Une seule personne, incapable de comprendre la situation parce que les mots ne passent pas, a lancé un point d'interrogation.
La seule à parler une autre langue ici, la femme elfe noire. Risher.
Elle penchait la tête, ses oreilles bougeant *pikon pikon*, un geste d'une grâce juvénile.
Tout le monde lui jetait des regards, mais ne comprenant pas ce qu'elle disait, les regards erraient, embarrassés.
Je suis le seul à pouvoir communiquer avec elle, alors j'ouvre la bouche pour expliquer.
« Il y a eu un petit souci, du coup on doit rester encore un peu. »
« … Je vois. Je comprends. »
Risher n'a été troublée qu'un instant. Un souffle, un frémissement d'oreilles, et elle a retrouvé son sourire habituel.
Elle a réprimé son envie de rentrer vite pour nous donner la priorité, c'est ça.
… Que faire.
Ni m'enfuir, ni rester tranquillement ne me met à l'aise.
Cela dit, expliquer de front à l'esprit du grand coffre pour qu'il comprenne semble difficile.
Ou bien, si on laisse un peu de temps passer pour que ça se calme, la donne changera-t-elle ?
Pendant que je réfléchissais, la porte s'ouvrit. Ce ne fut pas une personne qui entra, mais une silhouette blanche aux formes arrondies. Des golems.
Ils tenaient des plateaux, pinçant les bords avec leurs deux gros doigts façon main magique. Dessus, des plats de toutes les couleurs.
Viande, poisson, légumes. Du riz, du pain. Des dizaines de mets s'alignèrent sur la table, créant une scène aussi éclatante qu'une palette de peintre.
« … Tiens, c'est bientôt l'heure du déjeuner, non ? »
« C'est… drôlement somptueux. »
« Pas "drôlement", c'est *follement* somptueux. Même aux réceptions du palais, on n'a jamais vu ça. »
« … Ça fait combien de mois de mes frais de bouffe, ça ? »
« Zeno, tu fais un calcul de marchand, toi… »
« Non, je me dis que si on nous facture après, ça va être coton. »
« Vu l'allure du gestionnaire, ça devrait aller, non ? »
« Mais Alge n'est pas Cyrille, vous savez ? Si on nous redemande après avoir compris ça… »
« — *Mogu mogu* »
« Hé, tu manges déjà !? »
« *Mogu* ? »
Risher, qui ne comprend pas notre conversation, a devancé l'appel. Ou plutôt, elle en était déjà à son deuxième refill.
Même sans comprendre les mots, elle a dû être surprise par le cri de Zeno. Risher a baissé les yeux sur son bol, a regardé Zeno, a recommencé plusieurs fois ce mouvement, puis a formulé des mots.
« C'est un excellent riz qu'on cultive aussi sur le continent magique. Sa cuisson moelleuse et sa douceur raffinée sont ses caractéristiques. »
Pas ça, pas ça.
J'ai failli la reprendre, mais la voir expliquer avec un gros grain de riz collé sur la joue et un air triomphant m'a coupé l'élan.
Sous le regard de tous les autres rivés sur moi, je souffle,
« Y a pas de poison, paraît-il. C'est bon, dit-elle. »
Tout le monde a fait une tête résignée et s'est tu en s'asseyant. Pareil que moi, la flemme de reprendre le dessus a dû l'emporter.
Puisqu'on a déjà commencé, moi aussi je vais manger. Au moment où je pensais ça, on me tira la main.
« Euh… quoi ? »
C'est un golem qui attrapait ma main avec sa main mécanique glacée.
La lumière écarlate qui lui sert d'œil me fixait.
« … Désolé, on a l'air de m'appeler, j'y vais. Si je peux, j'expliquerai. »
« Alge, tu vas bien tout seul ? Moi aussi… »
« Non, Zeno, reste ici. L'autre sera plus content comme ça. »
L'autre me prend pour Cyrille. M'appeler seul, ça veut dire « je veux parler à Cyrille en tête-à-tête ».
Même si c'est un malentendu, ce sentiment est compréhensible, alors je ne peux pas gâcher l'ambiance. Ici, je vais suivre docilement.
Le sommeil commence à me gagner, mais je me retiens et décide de suivre le golem.