« Tu me suis ? »
« Tu me suis vraiment ? »
« Tu es sûr de vouloir me suivre ? »
Le Troisième Prince posa la question trois fois, un brin incrédule. C'était la première fois qu'il voyait une façon si originale d'être suivi. Il ordonna aux eunuques de les porter et de le suivre directement derrière lui.
Inutile même d'être découverts ; quiconque n'était pas aveugle pouvait les voir.
Le Troisième Prince imagina des dizaines de possibilités, mais il n'avait jamais songé qu'ils le suivraient, lui.
« Bon, pourquoi me suivez-vous ? »
Il serra plus fort le manteau de fourrure de renard qu'il portait, camouflant l'expression de son visage de jade dans la fourrure, ne laissant paraître qu'une paire d'yeux rieurs fixés sur eux deux.
Chou Chou resta silencieuse. Elle n'avait pas encore trouvé comment s'exprimer. Se ferait-elle battre si elle disait directement qu'elle le soupçonnait d'être un méchant ? Mais la Princesse Funing l'avait déjà frappé !
Quel embrouillamini !
Funing était plus directe ; de tels soucis n'entraient pas dans son champ de réflexion !
Son petit visage noir fut impassible tandis qu'elle passait de générale à chef de bande : « Donne... moi... »
« Quoi ? »
Voyant son regard se poser sur sa taille, le Troisième Prince demanda, confus : « Vous voulez la Perle de Jade ? »
La Perle de Jade n'était pas si précieuse, juste un peu particulière. C'était une pierre de jade blanc avec une émeraude incrustée à l'intérieur. L'émeraude formait naturellement une perle ronde, et à cause du jade blanc qui l'enveloppait, on ne distinguait qu'à peine qu'il semblait y avoir quelque chose à l'intérieur de l'émeraude.
C'était un bijou de la dot de l'Impératrice, enfermé dans une boîte depuis des années. Funing l'avait trouvé quand elle était allée au trésor privé du Palais Impérial chercher des cadeaux pour Chou Chou.
Qui aurait cru qu'il serait maintenant offert au Troisième Prince pour rien.
Funing : Aujourd'hui, elle doit récupérer la perle !
Chou Chou avait le cœur brisé : Pourquoi ma petite amie a-t-elle l'air si bête !
La perle n'est pas importante, la personne l'est.
'Non, c'est la personne qu'on veut !'
Chou Chou fit signe au petit eunuque de la porter devant le Troisième Prince, et, les bras ouverts, elle voulut s'élancer comme un tigre affamé. L'élan était si féroce qu'il fit pleurer de frayeur le petit eunuque qui la portait.
« Mademoiselle Chou Chou, vous ne pouvez pas faire ça ! »
Si elle tombait la tête la première, et que la Dame du Palais le blâmait, il devrait remercier Mademoiselle Chou Chou au nom de toute sa famille. La remercier d'avoir fait mourir sa famille jeune pour qu'elle renaisse plus tôt !
La petite main tendue de Chou Chou n'était qu'à un pas du Troisième Prince, et le petit eunuque recula prestement. Ses doigts effleurèrent le coin de sa vêture, et Chou Chou versa des larmes de regret : « La personne ! »
Le Troisième Prince serra son corps chétif contre lui : « Donc, l'une de vous veut la perle, et l'autre veut la personne ! Hum, je ne vous la donnerai pas ! »
Sa nature était espiègle, comme on le voyait quand il était enfant au Cabinet Impérial, allant à l'encontre du Grand Précepteur. C'est juste qu'en grandissant, il avait appris à user de son apparence pour se déguiser.
Il savait quand faire quoi, et quelle posture montrer aux gens pour maximiser ses propres intérêts.
Devant Chou Chou, certaines choses échapperaient au contrôle des autres et seraient infiniment amplifiées, comme la nature profondément cachée du Troisième Prince.
D'une main, il souleva Chou Chou, et le petit bouleau fut suspendu dans les airs, blêmissant le visage du petit eunuque. Avec un bruit sourd, il s'agenouilla devant lui, tendant les deux mains pour attraper Chou Chou.
« Altesse le Troisième Prince, Mademoiselle Chou Chou ne fait que jouer avec vous. Les os d'un enfant sont tendres, vous ne devez absolument pas ! »
Chou Chou se balança deux fois, levant la main pour tirer le Troisième Prince. Elle fit la sourde oreille aux paroles du petit eunuque et secoua même délibérément son poignet pour faire osciller Chou Chou sans défense.
« Chou Chou, c'est amusant ? »
Chou Chou ne put s'empêcher de retenir son souffle. Elle ressentit même l'apesanteur du Troisième Prince la soulevant un moment, puis la relâchant. Les autres pourraient jouer avec elle, mais la personne devant elle la tuerait vraiment !
« Wah ! »
Chou Chou ne put s'empêcher de pleurer !
'Quelqu'un sauvez Chou Chou !'
Elle croisa le regard du Troisième Prince, et ne s'attendait pas à ce que, même en pleurant si misérablement, l'autre continue de sourire ! Ses yeux étaient brillants et pétillants, comme un enfant qui découvre un nouveau jouet.
'Salaud ! Funing, au secours !'
Avec Chou Chou dans les mains du Troisième Prince, Funing était si anxieuse qu'elle voulait frapper quelqu'un. L'autre était un prince, et les petits eunuques étaient aussi impuissants. La petite princesse bégayait encore et ne savait pas ce qu'était la vengeance. Mais celles qui avaient grandi dans les profondeurs du palais savaient.
La petite princesse était jeune et ne pouvait pas les protéger. S'ils offensaient le Troisième Prince, il lui serait plus facile de se débarrasser de deux humbles eunuques que d'écraser deux fourmis.
Ils ne pouvaient qu'espérer que le Troisième Prince s'amuse assez et libère Mademoiselle Chou Chou.
Plus Chou Chou se débattait, plus le Troisième Prince s'excitait, sans la moindre intention de la lâcher.
'Maman, c'est un yandere ça !'
Quel auteur malade mental a construit ce Petit Monde, comment a-t-il pu rassembler autant de dingues !
◈◈◈
'Au secours, ahhhhh ! Quelqu'un maltraite un bébé !'
Les yeux du Troisième Prince devinrent progressivement pervers, et il leva un peu plus haut la main tenant Chou Chou. Le petit eunuque agenouillé au sol leva aussi la main pour essayer d'attraper Chou Chou, qui risquait de tomber à tout moment. Ses yeux se rétrécirent dangereusement, et il leva la jambe pour donner un coup de pied dans la poitrine du petit eunuque.
Le petit eunuque déjà faible fut projeté loin, et l'autre petit eunuque qui portait Funing vit que la situation tournait mal et fit demi-tour pour fuir.
« Arrêtez ! »
Funing frappa aussi fort le petit eunuque, voulant qu'il fasse demi-tour : « Ah ! Chou ! »
Chou Chou était encore dans ses mains !
Les jambes du petit eunuque tremblaient : « Al-Altesse le Troisième Prince... »
« Ce qui doit être dit et ce qui ne doit pas l'être, je n'ai pas besoin de vous l'apprendre, n'est-ce pas ? »
« Ce serviteur comprend ! Ce serviteur comprend ! »
« Dégagez ! »
Le petit eunuque étendu au sol lutta pour se relever, mais n'osa pas partir. Si Mademoiselle Chou Chou était blessée aujourd'hui, alors il ne survivrait pas. Puisqu'il allait mourir de toute façon, autant échanger sa petite vie contre Mademoiselle Chou Chou !
« Altesse le Troisième Prince, Mademoiselle Chou Chou séjourne au Palais chez Sa Majesté l'Impératrice pour un court moment. Si elle est blessée, ce ne sera pas bon s'ils enquêtent. Pourquoi ce serviteur ne la ramènerait-il pas d'abord ? Ce soir, ce soir on ne lui donnera pas de lait à boire ! »
« Pas de lait à boire ? » Le Troisième Prince ricana, parlant sur un ton étrange : « C'est une punition vraiment sérieuse ! »
Chou Chou était furieuse, quel diable était-ce celui-là !
Ne pas lui donner de lait à boire, c'était déjà très grave !
'Maltraitance !'
'Maltraitance !'
'C'est de la maltraitance de bébé flagrante !'
« Whoosh ! »
« Ahhhhh ! »
« Qu'est-ce que c'est que ça ! »
Chou Chou ne sentit plus que la main agrippant son col se desserrer, et elle tomba sur place. Heureusement, le petit eunuque qui tendait les mains l'attrapa juste à temps, sinon elle serait un poisson mort maintenant !
« Wouwouwou ! »
Chou Chou se frotta les yeux et versa des perles d'or, fixant le Troisième Prince de ses yeux rouges : « Méchant ! »
'Miaou Miaou, bats-le !'
Il y avait trois marques de griffures sur le dos de la main droite du Troisième Prince, et des perles de sang suintaient des blessures. Il jeta un œil au Grand Chat Noir au loin, qui cambrait le dos et le fixait avec méfiance, baissa la tête et lécha une perle de sang, dégageant un indescriptible sentiment d'étrangeté.
« Hein, alors c'est un chat... »
« Je me demande si la peau de chat est plus chaude ou la fourrure de renard. »
Le Chat Noir cambra le dos en alerte, ceux qui maltraitent les bébés ne sont pas de bonnes gens !
« Miaou ! »
Le Chat Noir poussa un rugissement méfiant, prêt à attaquer à tout moment. Le Troisième Prince ne prenait pas un chat au sérieux, ce n'était qu'une bête après tout.
« Les enfants ne sont pas amusants, mais ce chat... »
« Hé hé ! »
Le Troisième Prince s'essuya le coin de la bouche, laissant des traces de sang sur son visage, ce qui le rendait encore plus dangereux : « Et si on l'écorchait pour en faire un manteau ? »
'Il n'a pas peur de la rage, lui ?'
Il est trop sale !
Le Troisième Prince leva le bras, visant le Chat Noir. Cachée dans sa manche semblait se trouver une flèche de manche !
Juste au moment critique, une soudaine rafale de pas interrompit la violence du Troisième Prince.
« Altesse le Troisième Prince ! »