Félix et Apollon approchèrent de la porte principale de Quantaar et la découvrirent majestueusement dénuée de gardes, ses battants grandes ouverts dans un geste d'accueil pour quiconque souhaitait y entrer.
L'entrée était une arche imposante qui pulsait d'une lumière douce et invitante, faisant écho au principe fondateur de la cité : harmonie et ouverture.
Autour d'eux, une foule bigarrée d'autochtones et de visiteurs de toutes formes, tailles et couleurs allait et venait, chacun contribuant à la vie vibrante qui définissait Quantaar.
En franchissant le seuil pour pénétrer dans la ville, Félix ressentit une sensation soudaine et inattendue. Son corps entier se mit à vibrer comme s'il entrait en résonance avec une force invisible !
En cet instant bref, Félix sentit une connexion inexplicable avec Quantaar, comme si la cité elle-même l'avait accepté en synchronisant sa fréquence avec la sienne.
Ce lien n'était pas seulement physique, presque spirituel, créant un sentiment d'unité et d'appartenance que Félix avait rarement connu.
Il jeta un coup d'œil à Apollon, qui lui offrit un sourire rassurant, comme pour dire : « Bienvenue à Quantaar. »
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il sur un ton surpris.
« C'est Quantaar qui te relie à elle-même et au hub des fréquences de la ville. Tu sens les fréquences traverser ton corps puis le sol, c'est bien ça ? » expliqua Apollon.
« Oui. »
« C'est le mécanisme pour l'alimentation. » En soulevant ses pieds, Apollon poursuivit : « L'une des règles les plus importantes de la cité est de toujours rester en contact avec le sol, un bâtiment, ou n'importe quelle surface. Sinon, ta fréquence corporelle sera perturbée et rendra ta vie ici insupportable. »
« Je vois. »
Si cette règle était quelque peu bizarre et plutôt exigeante, Félix ne s'en formalisa pas outre mesure. Il comprenait qu'il était impossible pour un empire d'accueillir tout le monde à bras ouverts sans rien attendre en retour.
En l'occurrence, les étrangers servaient de sources de nourriture pour Quantaar et s'ils n'en étaient pas ravis, la porte restait grande ouverte.
« Et eux ? Sont-ils exemptés de la règle parce qu'ils sont natifs ? »
Demanda Félix en pointant du doigt les véhicules volants et les Vibronixiens qui se déplaçaient dans les airs.
« Ouais, les Vibronixiens sont exemptés de nombreuses règles fondamentales de la cité et bénéficient d'avantages et d'un accès aux installations bien supérieurs à ceux des étrangers. » Précisa Apollon.
« Quel genre d'avantages ? » Demanda Félix en regardant autour de lui et remarquant maintes femmes qui décochaient des regards furtifs dans leur direction.
Le déguisement fonctionnait effectivement comme l'avait dit Apollon, ce qui le vexait davantage qu'il ne le réjouissait, vu l'attention des femmes.
« D'abord, il faut comprendre l'aspect central de la cité qui assure son ordre et son harmonie... Ça s'appelle le Hub des Fréquences. »
Apollon commença à expliquer les subtilités du Hub des Fréquences tandis qu'ils avançaient dans les rues animées de Quantaar.
« Tu vois, dès qu'on a été connectés à Quantaar, on a obtenu l'accès au Hub des Fréquences. C'est comme une immense radio vivante, qui relie tout le monde et tout ici. Cette connexion permet d'accéder à un réseau qui sert de colonne vertébrale à la société de Quantaar. »
Il gesticula autour d'eux, où natifs et étrangers semblaient avancer avec un but, leurs pas synchronisés sur le rythme vibratoire de la cité.
« Chaque fréquence dans le hub équivaut à une station de radio, répondant à différents besoins et intérêts. Il y a une fréquence pour le marché où tu peux écouter les dernières affaires, enchères, et même marchander en temps réel sans être physiquement présent. Puis il y a ma préférée, le hub des bordels, qui propose... eh bien, hehe, je suppose que c'est auto-explicatif. »
Les paupières de Félix tressaillirent en apercevant le regard pervers d'Apollon.
« Kof ! » La voix d'Apollon prit un ton plus sérieux tandis qu'il continuait : « Il existe des fréquences verrouillées plus spécialisées, comme les hubs de carrière qui requièrent une licence ou une certification pour y accéder. Ce sont des plateformes pour les professionnels afin de réseauter, partager des connaissances et trouver des opportunités dans leur domaine. C'est incroyablement efficace mais cela garantit aussi un niveau de sécurité et de confidentialité pour les informations sensibles. »
Félix écouta attentivement, intrigué par le concept... Même les locataires restèrent quelque peu hébétés et stupéfaits devant une idée aussi ingénieuse pour connecter une cité entière à ses citoyens.
C'était comme Internet ou la RVU, mais plus intime.
« Il y a même un hub des transports. Considère-le comme le guide de voyage ultime, fournissant des mises à jour en temps réel sur les itinéraires, la disponibilité des véhicules, et même les conditions de circulation. Cela rend les déplacements à Quantaar un jeu d'enfant. »
« Cependant, tous les hubs ne sont pas ouverts au public. Certains sont privés, accessibles seulement à certaines familles, organisations, voire races. Les Vibronixiens, par exemple, ont leur canal exclusif. Peu importe ton statut, si tu n'es pas natif, tu ne peux pas accéder à ces canaux privés. Laisse-moi te dire, ils ont le bon matos dedans. »
« J'imagine que c'est le même traitement racial dans tout l'univers. » Remarqua Félix.
« Même si tu es plus petit qu'un atome, impossible d'échapper au racisme. » La toujours silencieuse Dame Yggdrasil secoua la tête un instant.
La seule façon d'éliminer complètement le racisme était que toutes les races, quel que soit leur statut, reçoivent les mêmes avantages et inconvénients sans distinction.
Pourtant, ce n'était qu'une pure fantaisie car aucune race n'accepterait jamais de renoncer volontairement à une telle autorité sur son territoire.
« Alors, comment j'accède à ces hubs ? » Demanda Félix.
« C'est simple, accorde ton esprit à la vibration de la cité, puis cale-toi sur la fréquence du marché. C'est comme trouver la bonne station de radio, la partie compliquée est gérée par Quantaar. » Instruisit Apollon avec un hochement encourageant.
Félix ferma les yeux, se concentrant sur l'essence vibratoire qui les enveloppait. Au début, la tâche sembla simple, mais dès qu'il se connecta, une cacophonie de voix bombarda ses sens !
« Crystaux Quasi à vil prix ! »
« Sœur, je veux l'acheter ! »
« Il nous faut de gros nœuds ! »
Le bruit était assourdissant, les vendeurs criant leur marchandise, les clients marchandant à tue-tête, et d'innombrables autres transactions se déroulant simultanément.
Le pire ? Il ne comprenait rien, personne ne parlait la langue universelle commune.
Félix grimça, la dissonance lui rongeant les nerfs.
Apollon observa la difficulté de Félix avec un léger ricanement. « J'ai oublié de mentionner, c'est un peu comme débarquer sur une place de marché bondée. Maintenant, il faut que tu apprennes à filtrer le bruit. Concentre-toi sur l'élimination des fréquences indésirables. Il s'agit de capter le signal que tu veux entendre au milieu du chaos. »
« Quant à la langue Quasi Quantique, ça va régler le problème. »
Apollon dit en posant deux doigts sur le front de Félix et en lui transmettant toutes les informations nécessaires pour maîtriser la langue Quasi du royaume quantique.
Puisqu'ils étaient tous deux des Unigins, la courbe d'apprentissage était inexistante... Même à travers le barrage de bruit, Félix maîtrisa la nouvelle langue instantanément et commença à comprendre à peu près de quoi tout le monde clamait.
Pourtant, il y avait trop de bruit pour travailler.
Suivant le conseil d'Apollon à la lettre, Félix se concentra, tentant d'isoler les fréquences, de trier dans le barrage auditif.
Progressivement, le vacarme alentour s'estompa, sauf une voix claire qui s'éleva au-dessus des autres, un commissaire-priseur menant sa vente avec vigueur, et les réponses distinctes d'acheteurs avides dans son hub privé.
La transformation de la perception de Félix fut remarquable. Là où régnait une mer tumultueuse de sons, il n'existait plus qu'un flux de communication focalisé entre le commissaire-priseur et son audience.
« Mille Lira Quasi pour le Flacon d'Amélioration du Désir ! »
« Mille deux cents Lira Quasi. »
« Mille trois cents Lira. »
« Deux mille ici. »
« Deux mille !! Y a-t-il quelqu'un pour enchérir plus ?!
Silence.
« Les gars ! C'est l'unique Flacon d'Amélioration du Désir ! S'il est consommé juste avant tout acte lié au plaisir, il double la sensation ! Vous ne pouvez pas rater ça. »
Quelques murmures suivirent, mais toujours personne ne surenchérit. Cela força le commissaire-priseur à avaler sa cupidité et à crier l'offre trois fois avant de frapper son marteau sur une surface en bois.
« Adjugé ! »
De doux applaudissements suivirent et le commissaire-priseur passa à l'objet suivant.
Félix rouvrit les yeux, un air de fascination sur le visage... Il venait de vivre l'effervescence du commerce de Quantaar d'une manière unique et directe, ayant l'impression d'y être réellement.
« Tu vois ? Juste comme ça. Tu vas vite prendre le coup et réaliser qu'il sera quasi impossible de vivre dans cette cité sans tirer parti des hubs. » Dit Apollon.
« C'est vraiment l'un des systèmes les plus fascinants que j'aie jamais rencontrés. » Complimenta Félix sincèrement, anticipant déjà les nombreuses possibilités d'un tel système.
« Cependant, comment fonctionne la monnaie ici ? Si quelqu'un achète ou vend quelque chose, comment se passe la transaction ? » Se demanda Félix.
À ses yeux, si l'acheteur ou le vendeur devait se rencontrer en face-à-face pour une telle opération, cela contredirait le but d'avoir un hub de marché. Enfin, pas totalement, mais cela en réduirait grandement l'efficacité.
« Essaie de deviner. » Ricana Apollon.
Félix réfléchit un instant avant de répondre : « Y a-t-il un hub de transaction connecté à une banque ? Donc si les deux parties s'accordent sur un marché, elles peuvent le conclure à distance, comme ça ? »
« Exact. » Acquiesça Apollon, « Cependant, il faut s'inscrire à la banque, et pour ça, il te faut une identité. »
« T'as une identité ? » Fronça Félix, « Est-ce seulement possible d'en obtenir une déguisé ? »
« C'est délicat. » Ricana faiblement Apollon, « Mais t'inquiète, je connais quelqu'un qui va te dépanner. On se rend chez lui là, tout de suite. »
« Qu'est-ce que ton "ami" fait ? » Demanda Félix, n'aimant pas le regard dans ses yeux.
« C'est un entrepreneur qui investit massivement dans les besoins des gens. » Toussa Apollon.
« Pourquoi j'ai l'impression qu'il gère un bordel ou un business orienté autour du sexe ? »
« Tout ce que je peux dire, c'est que c'est un entrepreneur dévoué. »
Apollon évita le regard de Félix et continua d'avancer.
« Dis-moi pas qu'il gère un bordel... » Les paupières de Félix tressaillirent.
« Je sais pas de quoi tu parles. »
« Tu vas vraiment nous tuer. » Félix se tapa le front, « Même un gamin peut prévoir tes mouvements. »
« Nan nan. » Répondit Apollon d'une voix enfantine.
« Soupir... »
Félix poussa un long souffle et arrêta de lui parler, avec l'impression que ses neurones étaient en train de se faire aspirer.