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Steel, Explosives, and Spellcasters

Chapitre 8 : Le Bureau de la Guerre Magique

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Chapitre 8

Chapitre 8 : Le Bureau de la Guerre Magique

Chapitre 8/8100%~6 min de lecture1 033 mots

Lors de la guerre d'indépendance nationale remportée par la milice, quantité d'officiers et de soldats périrent sous les coups des mages de cour entretenus par Richard IV. Le fou de Richard provoquait un bain de sang chaque fois qu'il déployait ses mages de cour sur le champ de bataille. Qui plus est, jusqu'au retrait des troupes de l'Empereur, les miliciens de l'Alliance ne parvinrent jamais à capturer ni à tuer le moindre mage de cour.

La puissance magique de l'Alliance du Golfe naquit une fois la guerre finie. Après le retrait des forces impériales et la fondation de l'Alliance du Golfe, Antoine-Laurent, « mage sans talent magique », général d'armée et savant éminent, tira le bilan de ce qu'il avait appris en affrontant les mages de cour et découvrit enfin comment reconnaître les humains doués pour le lancer de sorts.

Le général Antoine-Laurent inventa dans la foulée un instrument de détection adapté et, à partir de ce moment, l'Armée alliée entreprit de passer au crible chaque année, sur tout le territoire de l'Alliance, les enfants et les adolescents porteurs de talents magiques, puis de « convaincre » leurs parents, par la raison, la corruption, l'intimidation et d'autres moyens, de les inscrire dans les écoles des différents degrés tenues par l'armée.

Les jeunes pousses étaient trouvées, mais de nouveaux problèmes suivirent aussitôt. Comment former un enfant doué pour la magie et en faire un mage comparable aux mages de cour ? Personne, dans l'armée, n'en avait la moindre idée.

Le système de formation des mages comptait parmi les compétences fondamentales du groupe dirigeant, et il était gardé jalousement. Il n'existait aucune expérience extérieure dont s'inspirer. Ce fut encore le général Antoine-Laurent qui prit les devants en fondant le Bureau de la Guerre Magique de l'Armée, afin de commencer à tâtonner dans le noir. En partant de rien, on s'échina à explorer les voies de formation des lanceurs de sorts et les méthodes permettant de réaliser des sorts.

Aujourd'hui, vingt-cinq ans après la création du Bureau de la Guerre Magique, on commençait tout juste à obtenir quelques résultats. Le Bureau avait divisé la magie en deux grandes disciplines, l'École de la Sortilégie et l'École de l'Alchimie, classé les sorts en types feu, accélération et son, identifié les méthodes de douze sorts et bâti un premier système de formation des lanceurs de sorts, « propriété intellectuelle exclusive » de l'institution.

Comme le mot de mage était traditionnellement synonyme de mage de cour, l'armée, pour marquer la distinction, renonça à ce terme et désigna ceux qui maniaient sa magie sous le nom de « lanceurs de sorts ».

À vrai dire, le Bureau de la Guerre Magique lui-même ignorait si la voie qu'il suivait était la bonne ou non. Les états-majors estimaient généralement que le Bureau avait beau prétendre former des mages, le niveau de ses lanceurs de sorts restait très inférieur à celui des mages de cour qu'ils avaient vus à l'œuvre. L'impression immédiate n'était pas non plus tout à fait la même ; peut-être le fait de se tenir trop près leur avait-il ôté tout mystère.

Mais les lanceurs de sorts de l'Alliance parvenaient bel et bien à reproduire certains des effets magiques observés au combat.

Comme le dit le proverbe : « Tu n'as jamais mangé de porc, mais tu n'as jamais vu courir un cochon ? »

Sauf que la situation présentait ici une singularité : l'Armée alliée n'avait fait que se blesser contre le cochon de la métaphore ; non seulement elle n'avait pas mangé le porc, mais elle n'avait pas non plus vu clairement comment le cochon courait.

L'armée ignorait si la voie ouverte par le général Antoine-Laurent était la bonne, mais en vertu de l'idée toute simple qu'il vaut mieux avoir quelque chose que rien du tout, elle soutenait fermement le Bureau de la Guerre Magique pour qu'il continue d'avancer, fût-ce à contrecœur.

Winters était l'un de ces lanceurs de sorts, reconnu comme doué pour la magie seulement après son entrée à l'école du premier degré de l'armée. Sur les cent soixante et onze élèves officiers de sa promotion, vingt et un étaient lanceurs de sorts.

La proportion était assez stupéfiante : près de la moitié des lanceurs de sorts de l'Alliance du Golfe ayant l'âge de Winters se trouvaient ici, l'autre moitié se composant surtout de femmes et de quelques hommes dont la condition physique ne convenait pas à la fonction d'officier.

Tous ces lanceurs de sorts étaient inscrits dans l'arme de l'infanterie ou dans celle de la cavalerie, aucun dans l'artillerie (l'académie militaire ne proposait que ces trois filières). C'est que l'un des buts assignés au système de formation des lanceurs de sorts de l'armée était de produire, autant que possible, des officiers de première ligne dotés de capacités magiques.

Feu le général Antoine-Laurent était convaincu que, pour longtemps encore, le pays de l'Alliance serait incapable de former des mages du niveau des mages de cour. Puisqu'il ne pouvait pas suivre la voie élitiste des pays féodaux, il lui fallait l'emporter par le nombre.

Face à l'emploi prudent des mages qu'avait pratiqué Richard IV, la stratégie de l'armée alliée consistait à déployer la puissance magique en première ligne du champ de bataille, en formant le plus grand nombre possible d'officiers aux capacités magiques. L'exécution de cette stratégie connut cependant quelques écarts, dont nous ne parlerons pas ici pour l'instant.

Winters avait tenu pour acquis que ses camarades de l'académie militaire auraient au moins une idée sommaire de ce qu'était un lanceur de sorts, et voilà qu'Aike lui-même croyait qu'il pouvait tuer un homme d'un seul sort.

Il secoua la tête et agita les mains pour démentir en hâte : « Je ne suis pas, je n'ai rien fait, ne dis pas n'importe quoi. Si je n'aime pas travailler l'escrime, c'est parce que je suis paresseux, ne mets pas ça sur le compte du lanceur de sorts. Et quand bien même ? Tu ne viens pas de me rosser ? »

« Mais si tu employais la magie, je ne pourrais pas te battre », dit Aike, comme une évidence.

« Comment je suis censé t'expliquer ça ! » Winters se couvrit le visage et poussa un long soupir.

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