Cependant, à ce stade, le déploiement de la Torpille Brûle-Ciel n'était encore qu'un « plan ».
Bien que cela semblât être la meilleure solution, le choix le plus rationnel en apparence, le Major Général Du Shiliang n'avait jamais songé à le mettre à exécution.
Ou plutôt, il n'avait jamais imaginé que ce serait à lui de prendre cette décision.
Il n'avait jamais lancé de Torpille Brûle-Ciel, jamais exécuté d'Ordre d'Extermination.
Même la Flotte Tianma ne possédait pas de stock d'armes d'extermination de ce genre.
Ce genre de chose, même le Gouvernement du Domaine Stellaire lui-même pourrait ne pas en posséder, tout au plus le Tribunal au sein du Domaine en stockerait un ou deux.
À présent, les deux Torpilles Brûle-Ciel à bord de son navire avaient été acheminées depuis l'Étoile Hibou Enragé par des hommes envoyés par le Gouverneur Gu.
Il ne souhaitait plus réfléchir à la raison pour laquelle M. Gu disposait d'une arme aussi puissante.
Mais la décision de lancer ou non la Torpille Brûle-Ciel ne devrait pas m'incomber, n'est-ce pas ?
L'Empire manquait de réglementations précises sur qui et quelles unités pouvaient émettre des Ordres d'Extermination. D'après les archives passées, il semblait que les Tribunaux le fassent le plus fréquemment, suivis par les chefs des Régiments de Guerre Interstellaire.
Le premier cas allait de soi, c'était leur travail ; le second était également compréhensible, les Guerriers Interstellaires combattant toujours sur les champs de bataille les plus critiques et les plus durs, ils rencontraient des problèmes que seul un Ordre d'Extermination pouvait résoudre bien plus souvent que les troupes impériales régulières. De plus, avec une telle autorité, naturellement, ils l'utilisaient plus souvent.
Au-delà de ces deux-là, la fréquence d'utilisation d'Ordres d'Extermination par d'autres personnels chutait dramatiquement.
Bien sûr, sur dix mille ans, dans un univers si vaste, tout pouvait arriver. Maréchaux de l'Armée du Royaume Stellaire, maréchaux de la marine, commandants de zones de guerre, hauts fonctionnaires, hauts dignitaires de la religion d'État et de la Secte des Mécaniciens... Bien que rares, il existait des traces de leur émission d'Ordres d'Extermination.
Mais quoi qu'il en soit, ce n'était définitivement pas lui.
Je ne suis qu'un Major Général de la marine ordinaire, je ne peux pas prendre une décision aussi importante. Bien qu'il ne comprît pas qui pouvait la valider, ce n'était définitivement pas lui. Renvoyer le rapport d'opération et attendre les ordres, c'est tout ce que j'ai à faire.
Puis, l'ordre qu'il reçut fut que le responsable de la campagne avancée, le Major Général Du Shiliang lui-même, devait prendre cette décision. M. Gu, en ses qualités de Gouverneur de l'Alliance, chef du Secteur Stellaire et Dirigeant du Pacte des Sept Chevaux, lui donnait pleine autorisation et promettait d'assumer toutes les conséquences de sa décision, l'encourageant à faire un choix résolu.
Ce n'était pas se dérober, après tout, le Gouverneur Gu avait dit qu'il porterait tout le blâme.
C'était une délégation d'autorité, permettant aux commandants de première ligne une autonomie totale pour prendre les décisions qu'ils croyaient justes, afin d'éviter que des situations « je ne peux pas décider » ne mènent à de graves problèmes au front.
Et alors, Du Shiliang fut stupéfait.
Il fut pris au dépourvu.
Après un nouveau tour de discussion, ils estimaient encore que c'était la meilleure solution.
Mais lorsque Du Shiliang vit un monde entier basculer dans un océan de flammes à cause de sa décision, lorsque au moins deux cents millions de personnes moururent à cause de ce qu'il avait décidé, il sentit tout son corps trembler.
Il tremblait depuis deux jours maintenant.
Il n'avait pas dormi du tout ces deux jours.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il voyait un monde en feu, et il entendait les gémissements constants des Temiriens, qu'il n'avait jamais entendus de ses propres oreilles mais qui le hantaient sans cesse.
Il se disait toujours : ce n'est pas ma faute, je ne peux pas être blâmé, c'est la faute des Peaux-Vertes, c'est l'invasion extraterrestre qui a tout causé, je ne faisais que mon devoir, j'essayais juste de réduire les pertes, d'empêcher plus de morts...
Mais quelle que soit la multitude de raisons, quel qu'en soit le bien-fondé, elles ne pouvaient effacer l'immense pression de porter sur ses épaules les âmes de deux cents millions d'innocents morts.
Pourtant, la réalité ne lui laissait aucune chance de s'échapper ou d'apaiser son angoisse.
Il devait prendre la décision suivante immédiatement.
Les batailles de Temir IV et V.
Là-bas, les conditions pour déployer des Torpilles Brûle-Ciel n'étaient pas réunies.
Les Torpilles Brûle-Ciel sont chères, après tout.
Bien que l'Alliance n'ait pas réellement mis en place de chaîne de production pour les Torpilles Brûle-Ciel, ces deux torpilles provenaient de stocks, produites par la Boîte Noire, ne coûtant donc effectivement rien. Cependant, la Boîte Noire ne pouvait produire que trois Torpilles Brûle-Ciel tous les deux ans, donc le stock de l'Alliance n'était pas important.
De plus, Du Shiliang l'ignorait.
Tout ce qu'il savait, c'est qu'utiliser une Torpille Brûle-Ciel pour échanger contre la vie de 2,5 milliards de Peaux-Vertes était une bonne affaire.
Mais il n'y avait pas tant de Peaux-Vertes à anéantir sur Temir IV et V.
De plus, la population combinée survivant encore sur ces deux planètes pourrait dépasser huit ou neuf milliards.
Qui les bombarderait serait un criminel de guerre.
Pour ces deux planètes, le plan discuté lors des précédentes réunions militaires privilégiait la préservation de la population de l'Empire.
Les plans pour les deux planètes pouvaient être discutés séparément.
Sur Temir IV, il pourrait y avoir environ cent millions de Peaux-Vertes, dont la moitié étaient de rusés fourbes. Elles collectaient matières premières et déchets dans les territoires occupés et avaient mis en place localement des usines Peaux-Vertes pour produire divers types de « ferraille » grossière.
D'un côté, celles-ci étaient directement manufacturées en armes et équipements pour l'armée.
De l'autre, elles étaient stockées. Il semblait que des Vaisseaux Peaux-Vertes venaient régulièrement transporter cette « ferraille ».
C'était cohérent avec le positionnement de Temir IV comme planète minière et industrielle.
Cependant, l'environnement naturel de cette planète n'était pas particulièrement bon. Hormis les zones minières et la Capitale du Nid, elle était presque impropre à la survie de la vie organique.
Les Peaux-Vertes avaient une forte adaptabilité ; leurs spores pouvaient prendre racine et germer n'importe où. Mais la qualité de l'environnement affectait tout de même la vitesse de croissance et le « rendement » des spores. Elles avaient aussi préliminairement construit un écosystème, mais il n'était ni vaste ni crucial.
Autrefois, le renouvellement des Peaux-Vertes sur Temir IV reposait principalement sur l'afflux depuis Temir II, densément peuplée.
À présent, avec Temir II calcinée, les Peaux-Vertes de IV devraient compter sur l'arrivée de la principale Flotte Peau-Verte, et sur la possibilité de transporter plus de forces militaires depuis le cœur de leur ancien repaire.
Par ailleurs, sur Temir IV, les humains possédaient encore une Armée de Défense organisée, et le gouvernement ne s'était pas encore effondré. Bien que complètement sans défense en orbite, leurs forces restantes sol-orbitaux étaient plutôt faibles et n'osaient pas bombarder la Flotte des Peaux-Vertes. Pourtant, en cas de nécessité, lorsqu'ils étaient prêts à consentir des sacrifices, ils pouvaient couvrir les assauts ou les retraites de l'Armée de Défense et jouer un certain rôle.
Dans une lutte désespérée, Temir IV maintenait une Armée de Défense d'un demi-milliard d'hommes, luttant et usant continuellement les Peaux-Vertes dans les puits de mine, les tranchées et les vastes zones industrielles.
Elles n'étaient pas de taille face aux Peaux-Vertes et manquaient de fournitures, surtout de nourriture. Elles devaient souvent subir dix fois plus de pertes pour vaincre l'ennemi.
Mais elles savaient que c'était une bataille pour la survie, un combat sans retraite pour leur espèce où la reddition et l'abandon n'étaient pas des options.
Serrant les dents, elles combattaient. Faute d'effectifs suffisants, bien que les Peaux-Vertes s'amusassent bien à se battre, leur progression n'était pas réellement rapide.
Sauver Temir IV serait assez simple.
Ils prévoyaient de déployer quatre Groupes d'armées comme force principale ; de faire la jonction avec l'Armée de Défense locale, en lui fournissant un important soutien logistique, principalement de la nourriture, les chaînes de production d'armes et de munitions comme priorité secondaire.
Le premier résoudrait les besoins urgents immédiats, tandis que le second pourrait moderniser l'équipement d'armement local.
Temir IV ne manquait pas de matières premières, ce qui manquait c'était une chaîne de production d'armes de qualité. Beaucoup dans leur Armée de Défense se battaient encore avec des fusils et de l'artillerie primitifs.
L'Alliance ferait pleuvoir des fusils G9 et des munitions, des chaînes de production d'acier plastique, des armures individuelles, des obus, des canons, et toute une suite de capacités de production. Ils ne visaient pas à créer une base de production mais à augmenter la capacité de production, ce qui renforcerait significativement la force de combat de la Force de Défense Planétaire forte d'un demi-milliard.
De plus, avec la présence permanente de cinq navires de la Flotte Unie, ainsi que l'assistance de huit millions de troupes d'élite de l'Alliance, repousser les Peaux-Vertes ne devrait pas poser de problème.
Dans le même temps, les civils des grands peuplements pourraient être évacués.
La flotte de ravitaillement et les navires de transport actuels de la Flotte Unie avaient la capacité de déplacer 300 à 500 millions de personnes en une seule fois.
Ils les relocaliseraient d'abord sur l'Étoile Aile d'Acier, qui devait être sûre. Puis ils en transporteraient davantage. Quant à l'envoi vers d'autres lieux depuis l'Étoile Aile d'Acier et à la manière d'organiser un transport capable d'accueillir une si grande population, ce n'était pas à Du Shiliang, un général de combat de première ligne, d'y réfléchir. Des officiels de l'Alliance prendraient le relais.
Une fois qu'une série de plans pour Temir IV furent élaborés et véritablement mis en œuvre, Du Shiliang se sentit enfin un peu mieux.
Ce n'est qu'alors qu'il put se dire :
« Je ne suis pas un bourreau, je suis un sauveur. »