L'artillerie lourde constituait le pilier des divisions d'infanterie, causant de sérieux soucis aux Peaux-Vertes. Nombre de ses unités de haut niveau furent détruites au combat sous les tirs de l'artillerie.
Les terrifiantes bêtes Skugg ne purent non plus résister à trop de salves d'artillerie lourde.
Pour venir à bout de l'artillerie lourde tenue à distance par l'Armée de l'Alliance, les Peaux-Vertes mirent au point une multitude de contre-mesures : bombardements des escadrilles orques, parachutages et infiltrations de commandos, duels d'artillerie, assauts de bêtes blindées...
Elles se révélèrent efficaces, bien sûr. Mais pour commencer, elles ne suffisaient pas à les anéantir totalement ; ensuite, leurs propres pertes s'avéraient tout aussi lourdes.
La défense antiaérienne était elle aussi prioritaire au sein de la division d'infanterie alliée. Les véhicules arboraient des canons antiaériens munis de systèmes de verrouillage sophistiqués à base de servo-crânes, complétés par des missiles sol-air ; certains fantassins portaient également des lance-missiles portables. L'aviation de l'Armée de l'Alliance refusait de rester impuissante face au cernement de ses hommes : les Faucons du Vent et les Kiriens se succédaient au décollage pour affronter la chasse orque.
La force aérienne peaux-verte subit de lourdes pertes, tandis que les équipes de commandos infiltrées se heurtaient à une résistance acharnée des gardes des batteries d'artillerie alliées et se faisaient décimer vagues après vagues.
Les assauts de bêtes blindées se montrèrent effectivement redoutables. Le déploiement des bêtes Skugg permettait souvent de saisir un poste avancé, mais les humains en retraite reconstruisaient rapidement une nouvelle ligne défensive un peu plus loin, malgré des pertes sévères. Les monstres devaient progresser gain après gain, tout en risquant d'être visés par les feux concentrés de l'ennemi.
Les duels d'artillerie lourde portèrent également leurs fruits, les Peaux-Vertes ayant réussi à regrouper un nombre conséquent de canons sur une période donnée.
Pourtant, ce type d'affrontement demande du temps et le problème ne pouvait être résolu dans l'immédiat.
Ce chef à dents de fer réalisa avec malaise qu'anéantir complètement ce groupe de troupes humaines assiégées coûterait aux Peaux-Vertes entre vingt et trente mille hommes, ainsi qu'un nombre important de leurs unités d'élite, et prendrait au minimum six ou sept jours.
Pour limiter les pertes, la tactique du siège apparaissait comme une alternative viable : étrangler l'ennemi jusqu'à l'épuisement de ses munitions et de ses rations. Cela permettrait d'épargner bon nombre de soldats peaux-verts. Le délai, toutefois, se comptait déjà en deux ou trois mois minimum.
Avant qu'il ne puisse trancher sur la conduite à tenir, les humains passèrent à l'action en premier.
La Division Squelette de l'Armée de l'Alliance arriva directement sur les lieux, accompagnée d'une Brigade Blindée. À leurs suites, deux cent mille hommes de la Force de Défense convergèrent également vers la zone.
Ce qui n'était initialement qu'une opération de prédation menée par les Orcs Peaux-Verts, une bataille d'encerclement visant à réduire les renforts, se transforma rapidement en un affrontement opposant les forces principales.
Ce chef orque se montra tout aussi féroce. Voyant la situation dégénérer, il lança à son tour des appels désespérés aux renforts.
Au fil d'un mois de combat acharné, les deux parties ne cessèrent d'amener des troupes, alimentant le brasier de la guerre et rendant l'affrontement de plus en plus furieux.
Finalement, le nombre total de combattants engagés de chaque côté dépassa le million.
Le résultat final pencha en faveur des humains.
Alors qu'une bête Skugg tombait après l'autre sous le pilonnage de l'artillerie humaine ou dans les affrontements avec les chars Lion-Roi ; alors qu'un détachement blindé peaux-vertes après l'autre était pulvérisé par les armes antichars ; alors qu'un soldat Peau-Verte tombait sous divers armements...
Ce même chef orque périt lors d'une charge qu'il menait en personne : touché par un tir de fusil plasma, il fut immédiatement broyé par une bombe thermite qui ne laissa rien de lui.
L'armée orc vacilla dès lors.
Près de trois cent mille Peaux-Vertes furent anéanties en l'espace d'une seule bataille.
Même si la Force de Défense Planétaire déplora plus de trois cent mille morts, et si l'Armée de l'Alliance paya le prix fort avec plus de soixante-dix mille victimes, toutes les unités blindées et artillères avaient également essuyé de lourdes pertes.
Mais cette victoire remportée sur le champ de bataille principal posa les bases du succès terrestre global sur Cheval-Aigle III.
Décapitée, l'armée Peau-Verte se disloqua comme un troupeau éparpillé. Surtout, elle venait de perdre la quasi-totalité de ses forces d'élite. Les cinq ou six cent mille survivants se retrouvèrent privés de cadres supérieurs, leur efficacité au combat considérablement réduite.
Pour l'heure, ils ne représentaient plus aucune menace pour Cheval-Aigle III. Hormis les zones de conflit, la planète reprenait vigoureusement son activité industrielle et tentait de rétablir l'ordre social.
Dans les limites même du front, ces derniers seraient intégralement éradiqués au plus tard dans six mois.
Le gouverneur de Cheval-Aigle III se montra très satisfait.
Il se rendit personnellement sur le front pour féliciter les troupes alliées, avant de passer inspecter sa propre Force de Défense.
Il n'hésita pas à louer haut et court le colonel de la Division Squelette. Des décorations et une promotion étaient même prévues. Comment un simple grade de colonel pouvait-il rendre hommage à une telle contribution ? Il méritait au moins celui de général !
Mais le colonel de l'Alliance refusa, laissant échapper une phrase : « Peut-être qu'à brève échéance, tous les grades seront unifiés. »
Cette déclaration laissa le gouverneur de Cheval-Aigle III partagé entre joie et perplexité.
Les opérations sur Cheval-Aigle III n'étaient qu'un reflet microcosme de la situation dans l'ensemble du Secteur Stellaire.
Dès que l'avant-garde militaire de l'Alliance pénétra dans le Secteur Stellaire Cheval-Aigle, de nombreux mondes virent se jouer des scénarios semblables.
La manœuvre suivait toujours le même schéma : une fois entrés dans le système stellaire concerné, la Flotte de l'Alliance chassait ou anéantissait les vaisseaux Peaux-Verts, assurait un soutien orbital aux planètes cibles, puis, selon la conjoncture locale, débarquait des contingents terrestres.
Cheval-Aigle III ne représentait qu'un théâtre d'opérations secondaire et, franchement, la menace Peau-Verte n'y était pas très étendue : quelque million d'orcs seulement, pris en charge par huit divisions.
Le véritable cauchemar résidait sur Cheval-Aigle II. Cette planète abritait trois mondes habités, dont le principal, tournant autour de l'étoile centrale, comptait quatre milliards d'habitants, faisant de lui le monde le plus peuplé du secteur.
Sur l'ensemble du Secteur Stellaire Cheval-Aigle, douze mondes confondus ne regroupaient que quinze milliards d'âmes environ. Les deuxième et troisième planètes de Cheval-Aigle II, quant à elles, ne comptaient chacune que quelques dizaines de millions d'individus, leur économie reposant exclusivement sur l'extraction minière.