L'Alliance ne disposait d'aucun vaisseau et la Flotte Tianma n'en avait plus non plus ; c'était là toute la réserve de forces qu'il était possible d'exploiter.
Toutefois, au sein du Secteur Stellaire Tianma, une seule famille possédait bel et bien une flotte considérable : la Maison de Commerce Gu.
La plupart des navires appartenant à la Maison de Commerce Gu étaient des bateaux civils, à savoir des cargos et des navires marchands. Les classes Porc Volant, Baleine et même les imposants Bâtiments Ventre n'avaient véritablement aucune capacité de combat.
Cependant, auparavant, l'entreprise disposait tout de même d'un nombre appréciable de navires marchands armés.
Leur puissance de feu était certes très en deçà de celle des bâtiments de guerre réguliers du même calibre, mais leur nombre non négligeable constituait un atout indéniable.
Le département naval de l'Alliance, en coordination avec les deux grands chantiers navals, évalua rapidement la situation et proposa de renforcer davantage ces navires marchands armés afin de faire face à l'affrontement imminent contre les Orques Peaux-Vertes.
Au fond, il n'y avait guère de solutions miracles : les caractéristiques de base des navires marchands armés, comme la structure, le système énergétique ou la propulsion, ne pouvaient être modifiées dans de grandes proportions. Mais s'il restait de la place, on pouvait tout à fait installer de plus grands boucliers ou y loger davantage de canons.
Renforcer la protection et la puissance de feu représentait l'amélioration opérationnelle la plus élémentaire.
Bien que le coût soit loin d'être négligeable et paraisse extravagant en temps de paix, l'état de guerre rendait évidemment toute considération sur le rapport qualité-prix obsolète. Dans ce laps de temps extrêmement réduit, l'Alliance ne pouvait se permettre que rassembler le maximum de forces disponibles.
D'après les dernières estimations, en comptabilisant les navires marchands armés réquisitionnés, les flottilles annexes de la Flotte Tianma, les forces proprement dites de la Marine alliée et, surtout, les vaisseaux qui allaient bientôt entrer en service... toutes ces unités confondues permettaient à l'Alliance de déployer une force spatiale de deux cents bâtiments de divers calibres en seulement un mois et demi.
Même si la qualité manquait quelque peu, ne reposant que sur deux croiseurs classe Musicien et une trentaine de destroyers pour former le socle de la flotte, disposer de deux cents unités en tout demeurait un atout concret. Employées à bon escient, elles auraient un rendement parfaitement acceptable.
Du côté des forces terrestres, l'Alliance ne pouvait mobiliser l'intégralité de ses effectifs. Il fallait laisser des contingents défendre chaque planète.
Le 3e Corps Dragonhawk et la Légion de l'Ours Enragé, réunissant trente millions d'hommes, devaient impérativement prendre les armes ; de puissantes unités furent rappelées depuis diverses planètes, notamment Korolya. Les Forces Terrestres de l'Alliance porteraient ainsi quatre-vingts millions de combattants sur le champ de bataille, incluant une proportion considérable des élites de l'Armée Alliée.
Outre les préparatifs militaires, Gu Hang sortit également une somme considérable de points de grâce.
Y ajouter précipitamment des renforts n'aurait eu que peu d'intérêt. Après tout, s'il fallait envoyer plus de troupes, le problème ne venait pas du manque de bras, mais bien d'une capacité de transport limitée.
En revanche, Gu Hang pouvait amplifier la puissance de combat des contingents déjà engagés.
Il ne disposait pas assez de points de grâce pour hisser significativement le niveau des guerriers jusqu'au rang T4.
Un seul point de grâce permettait de former dix soldats au grade T4.
Face à l'ampleur colossale du conflit qui se profilait, un tel contingent aurait un impact relativement mineur.
Mais Gu Hang cachait encore un atout dans sa manche.
Grâce à sa fonction d'entraînement par carte militaire, il existait une capacité rarement exploitée : doter les soldats ayant terminé leur formation au rang T5 du trait Tueur de Bêtes.
Ce trait conférait des effets d'attaque spéciaux contre les Orques Peaux-Vertes ; ceux qui le possédaient saisissaient mieux leurs faiblesses et maîtrisaient diverses techniques nécessaires pour affronter cet ennemi.
Si leur puissance globale restait classée T5, ce trait spécifique leur assurait un bond significatif lors des combats contre les Orques Peaux-Vertes. Dans l'impossibilité d'atteindre le rang T4, ils pourraient au moins être considérés comme équivalents à un T4,5.
Et le principal avantage résidait dans son coût nettement inférieur.
Un point de grâce suffisait pour cent personnes, soit le même prix que pour former des soldats de niveau T5, et dix fois moins cher que pour du personnel T4.
Gu Hang disposait de cent mille points de grâce, auxquels s'ajoutaient les quatorze mille tout juste reçus ce mois-ci, portant sa réserve totale à cent quarante mille. Il en engagea cent mille pour doter directement dix millions de futurs combattants de ce trait.
Par rapport aux forces navales de l'Alliance, qui en étaient à leurs balbutiements, les Forces Terrestres alliées constituaient un pilier bien plus fiable. L'Alliance avait d'ailleurs été bâtie autour de ses troupes au sol.
Aussi impressionnantes soient-elles, les Forces Terrestres affrontaient néanmoins un problème logistique de taille : déployer plusieurs centaines de millions de combattants sur le champ de bataille.
Traverser un océan dans une baignoire relevait de l'absurde, alors franchir la Mer d'Étoiles ne l'était guère moins.
Heureusement, l'Alliance était parvenue à amasser plus de deux cents vaisseaux de guerre. Ces bâtiments regorgeaient de militaires alliés, non pas tant par leur capacité de transport que par nécessité stratégique : les Peaux-Vertes avaient une réelle prédilection pour les combats de visite lors des batailles navales. Sans même parler du pouvoir de feu des Marines stellaires traditionnels, leur masse humaine seule justifiait l'inquiétude. Si l'ennemi réussissait à briser les lignes et à infiltrer quelques capsules ou navires d'assaut, voir ces monstres semer la terreur à bord, même pour seulement quelques centaines ou milliers d'individus, deviendrait une catastrophe opérationnelle.
Intégrer les Forces Terrestres à leur bord offrait une sécurité bien plus grande.
Qui plus est, qui dit que les humains sont incapables de prendre d'assaut les vaisseaux ennemis ?
Toutefois, si des batailles navales pouvaient se gagner avec des coques robustes et des canons dévastateurs, c'était la solution à privilégier. Pour les troupes humaines, l'accostage violent restait toujours l'ultime recours.
À l'exception du Groupe de Combat de Starfighters.
À bord des vaisseaux principaux de la Marine, cinq cents guerriers Phoenix attendaient prêts à intervenir, représentant une force clé en cas de crise majeure.
Telles étaient, de manière générale, les dispositions militaires prises.
Durant cette période, Gu Hang enchaîna les réunions stratégiques pour arbitrer les questions cruciales et orienter les décisions majeures.
Impossible pour lui de gérer chaque détail personnellement. Déplacer des centaines de vaisseaux de guerre interstellaires et des centaines de millions d'hommes excédait les capacités d'un seul esprit. Par moments, il ne lui restait plus qu'à placer une confiance aveugle dans le système de l'Alliance, qu'il avait contribué à édifier, pour endurer l'épreuve de cette guerre totale soudainement déclenchée.
Mais Gu Hang n'oubliait jamais un principe fondamental : la guerre est politique, et avant tout économique.
S'ils se lançaient dans le Secteur Stellaire Cheval-Aigle sans remporter la victoire, voire subissaient une défaite cuisante suivie d'une annihilation totale, laissant derrière eux les Orques Peaux-Vertes ouvrir la voie sanglante jusqu'au Secteur Stellaire Tianma, il n'y aurait plus rien à sauver.
À ce stade, tout serait perdu. Gu Hang devrait songer à filer en emportant simplement ce qu'il possédait, tenter une renaissance ailleurs et, par-dessus tout, trouver le moyen de laver l'affront.
Cependant, tant que la situation ne dégénèrerait pas à ce point, même en cas d'enlisement ou de statu quo plus ou moins favorable, l'arrière resterait tenu d'assurer un flux continu de toutes les ressources indispensables à l'effort de guerre.
La guerre n'était pas l'affaire exclusive des militaires. Elle concernait aussi les administrateurs civils, les ouvriers, les paysans, et, en réalité, l'intégralité des soixante-et-onze milliards de citoyens de l'Alliance.
C'était là toute la portée de la guerre totale : mobiliser la puissance intégrale d'un corps politique pour mener les combats !
Il ne s'agissait nullement de livrer une seule bataille. L'armée ne représentait qu'une facette du conflit généralisé. Importante bien qu'elle fût, la pérennité de l'économie de guerre et l'approvisionnement constant depuis la métropole revêtaient une importance encore supérieure.
L'Alliance pouvait-elle se permettre de perdre cent millions de combattants pour en engager immédiatement un autre lot identique ? Pouvait-elle subir la destruction de deux cents vaisseaux, bâtis durant des années, puis produire instantanément des dizaines, voire une centaine de nouveaux bâtiments ?
À supposer une telle capacité, la victoire finale ne serait jamais hors de portée.
Sans compter que la marge d'erreur s'en trouverait largement augmentée et que les options tactiques mises à disposition des troupes seraient considérablement élargies.
C'était fondamentalement la demande que Gu Hang adressait à la Première ministre de l'Alliance Osenia ainsi qu'à l'ensemble du Gouvernement.
Quant à son exigence antérieure concernant une croissance annuelle du PIB supérieur à 10 %, elle avait été reportée sine die.
On y reviendrait une fois le conflit terminé.
Pour cette raison, chacun des rouages administratifs mis en place par l'Alliance sur les neuf planètes du Secteur Stellaire Tianma tournait désormais à plein régime au service de l'effort de guerre.
Gu Hang avait signé les textes nécessaires pour proclamer l'entrée de l'Alliance dans un dispositif de guerre. Un ordre de mobilisation de troisième rang venait de tomber, suivi imminemment par un ordre de deuxième rang. Une multitude d'usines civiles convertissaient leur chaîne de montage vers la production militaire et, pour ceux qui ne pouvaient servir sous les drapeaux, le secteur privé intégrait massivement ses effectifs aux industries de l'armement.
L'atmosphère de guerre s'était abattue sur tous les esprits.