Il n'avait pas besoin de chercher refuge dans un abri anti-aérien ; ces ogives ne pouvaient lui coûter la vie.
Mais pour les habitants de l'Alliance et ses complexes industriels, le tableau était bien différent.
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Une fois en altitude, il vit effectivement des missiles larguer leurs traînées incandescentes à travers un ciel limpide, fendant l'air d'un grondement assourdissant en sa direction.
Dans le même temps, de multiples faisceaux rouges fusèrent depuis une immense distance.
Certains provenaient de Cité de la Renaissance, d'autres de Ville de Weixing.
Le son ne parvenait pas jusque-là, mais Gu Hang pouvait voir à travers son hublot que la majorité des missiles sillonnant le ciel étaient touchés par les faisceaux et explosaient en plein vol.
Une vague de soulagement le traversa.
Ces faisceaux émanaient du `[Canon laser réflecteur]`, essentiellement une arme antiaérienne. Ses deux emplois principaux sont distincts : déployé au sol, il assure la défense aérienne et protège contre les frappes orbitales à longue portée ; installé sur un vaisseau-mère, il pulvérise les vaisseaux de débarquement approchant, neutralise les tirs réels en provenance ennemie et contrecarre les attaques énergétiques adverses.
Même s'ils ne parvenaient pas à tout intercepter, ils affaiblissaient considérablement la puissance des attaques énergiques ennemies.
À l'origine, Gu Hang avait déjà obtenu la technologie du `[Réflecteur]`. L'Alliance disposait par ailleurs des ressources et des savoir-faire prérequiers nécessaires à leur production massive.
Jusqu'alors, toutefois, l'Alliance ne ressentait pas un besoin urgent des `[Réflecteurs]`. D'une part, elle ne possédait aucun vaisseau-mère, rendant superflue la fabrication continue de centaines d'unités destinées à la flotte ; d'autre part, les ennemis affrontés jusqu'ici ne disposaient d'aucune aviation notable, ce qui limitait drastiquement les impératifs en matière de feu défensif.
La plupart des unités produites étaient des versions simplifiées, aux dimensions, à la puissance et à la consommation énergétique réduites, montées sur les Chars Lions comme armements principaux ou secondaires.
Intégrant un arsenal complet incluant radars, systèmes de calcul et reconnaissance de type servo-crâne, et tirs d'interception de précision, les systèmes `[Réflecteur]` complets restaient très peu nombreux.
Seules les Boîtes Noires, garantissant une production complète à chaque cycle, en avaient permis la fabrication ; les lignes d'assemblage grand public mises en place par l'Alliance en sortaient rarement.
Ces systèmes de défense aérienne produits furent principalement déployés à Cité de la Renaissance et à Ville de Weixing.
Or, en cet instant précis, cette disposition tactique allait prouver son utilité capitale.
Cité de la Renaissance comptait onze systèmes `[Réflecteur]` complets au total, tandis que Ville de Weixing en alignait plus de vingt.
Le tir continu des faisceaux parvint à intercepter la grande majorité des ogives en pleine ascension.
Finalement, un seul missile atteignit véritablement les hauteurs au-dessus de Cité de la Renaissance.
Et il n'explosa pas.
D'un geste de la main, Gu Hang convoqua son Énergie Spirituelle pour le saisir et le réduire en ferraille en plein vol.
Cependant, son visage resta d'une gravité extrême.
Cité de la Renaissance venait peut-être d'échapper à une fausse alerte, mais... qu'en était-il des autres secteurs ?
Ville de Weixing ne disposait d'aucun maître de l'Énergie Spirituelle comparable à Gu Hang pour assurer cette dernière ligne de défense. Malgré un nombre de systèmes Réflecteur supérieur au double de celui de Cité de la Renaissance, parviendraient-ils à tout intercepter ?
La situation restait tenable à Ville de Weixing grâce à ces vingt systèmes environ ; et pour les autres territoires de l'Alliance ?
Que disaient les rapports des avant-postes, où les forces principales de l'Alliance concentraient leurs effectifs et manœuvraient ?
S'inquiéter maintenant ne changerait rien.
Après avoir constaté que l'horizon ne projetait plus aucune autre ogive, Gu Hang regagna lentement ses fonctions et retourna dans son bureau.
Dès lors, les renseignements pertinents arrivèrent dans son bureau à flots, tels des flocons de neige.
En premier lieu, les systèmes de défense de Cité de la Renaissance et de Ville de Weixing firent rapport.
Ces réseaux avaient repéré quarante-cinq missiles entrants. Quinze visaient Cité de la Renaissance et trente Ville de Weixing. La première en intercepta quatorze, dont l'une restait inexpliquée (détruite par Gu Hang) ; Ville de Weixing, quant à elle, en abattit vingt-neuf, dont une explosa dans une usine, anéantissant une chaîne de production d'acier plastique allié et faisant sept morts ainsi que plus de trente blessés.
Tous les blessés avaient été évacués vers les hôpitaux, et l'usine sinistrée était déjà programmée pour des réparations d'urgence.
Le deuxième rapport émanait des troupes massées sur la ligne de front.
Au moins cinquante engins avaient visé leur position.
Toutefois, les soldats du front disposaient de leurs propres moyens antiaériens.
Parmi les véhicules blindés de la Série de Cinquième Génération « Walker » attribués précédemment par Gu Hang, même si les modèles les plus courants étaient le Véhicule de transport blindé « Forwarder » et le Véhicule de combat d'infanterie « Strider », la gamme comprenait également la série « Defender » de véhicules de combat antiaériens.
L'Alliance poursuivait sa production constante de ces équipements, et presque chaque division était dotée d'une unité ou d'un bataillon dédié à la lutte antimissiles.
Ces canonnières de campagne étaient armées de canons antiaériens conventionnels. Moins précises que le `[Réflecteur]` et dépourvues de servo-crânes pour les calculs balistiques, leur efficacité d'interception en pâtissait considérablement.
Néanmoins, le nombre de véhicules de défense fournis à l'armée de terrain restait impressionnant.
Sur les cinquante ogives, trente-huit furent abattues ; les restantes, bien qu'ayant explosé, ne tombèrent pas immédiatement sur les zones regroupant le plus de personnels et de matériel.
Le bilan précis des victimes n'était pas encore connu, mais on s'attendait à ce qu'il ne dépasse pas cent cinquante.
Devant ce tableau, Gu Hang ressentait déjà un vif désarroi.
Pourtant, il savait que le pire n'était pas encore advenu.
Force est de reconnaître que, quelques instants plus tard, deux nouvelles cités de l'Alliance signalèrent des bombardements.
Cité de Beigu, dans la province de la Vallée de Beiqing, fut aussi visée. Dix missiles y éclatèrent, provoquant au moins cinq cents victimes, détruisant totalement une usine de transformation alimentaire et un entrepôt, les pertes matérielles précises devant encore être évaluées.
Par ailleurs, l'ancienne Ville des Déchets, rebaptisée Cité de Gaota, subit également des frappes. Quinze engins rasèrent les locaux du gouvernement municipal de Cité de Gaota, causant sans moins de cinq cents victimes directes et détruisant une usine de collecte des Tempêtes de Basse Énergie, déclenchant une explosion par effet sympathique.
Cette déflagration par effet sympathique priva 80 % des ouvriers de tout contact avec le réseau, représentant environ mille personnes.
Face à l'amalgame de toutes ces informations, le visage de Gu Hang devint si sombre qu'on aurait dit de l'encre.
Blackbird Heavy Industries maîtrisait des capacités de frappe intercontinentale, capables de livrer avec précision des missiles longue portée depuis des distances de dix à vingt mille kilomètres, une donnée sur laquelle il ne s'était point préparé.
Si la puissance de ces ogives semblait modeste, inférieure même à celle du missile « Scalpel » qu'il avait croisé plus tôt, l'acte en lui-même demeurait d'une cruauté absolue.
Le lancement de cent vingt missiles intercontinentals ne constituait que le point culminant d'une tragédie plus vaste ; le plus terrifiant résidait dans l'exposition brutale d'une faille stratégique de l'Alliance : une absence totale de capacité de riposte !
L'Alliance manquait cruellement de vecteurs intercontinentaux !
De surcroît, dû à une négligence passée, le réseau de défense aérien de l'Alliance demeurait loin d'être opérationnel à la hauteur des menaces.
Les pertes cumulées entre Cité de Gaota et Cité de Beigu franchissaient désormais la barre des deux mille victimes !
S'ils étaient tous des civils, ils composaient pourtant un vivrier industriel indispensable.
Sans parler des usines et des entrepôts réduits en cendres, l'évaluation des pertes matérielles et des moyens de production exigerait bien du temps.
Heureusement, Cité de la Renaissance et Ville de Weixing furent épargnées ; sinon, si les quarante-cinq missiles ciblant ces deux métropoles avaient tous percuté le sol, le bilan aurait été inimaginable. Leur densité démographique et leur poids industriel dépassaient largement ceux de Cité de Beigu et de Cité de Gaota !
Ce qui agitait encore davantage Gu Hang, c'était l'incertitude totale entourant la capacité réelle de Blackbird à opérer des frappes intercontinentales.
Pouvaient-ils seulement déverser cent vingt ogives lors d'une seule salve ? Combien d'engins intercontinentaux stockaient-ils encore en réserve ? Cette attaque était-elle un coup de force imprévu ou simplement une reconnaissance offensive ? Possédaient-ils des armes colossales, bien plus puissantes que ces cent vingt projectiles ?
Autant d'interrogations qui minaient la sérénité d'un dirigeant.
Bien que tourmenté, il ne laissa jamais la panique dicter ses gestes.
Il passa immédiatement un appel au Tigre-Lame.
« Colonel Yelisia, lancez dès maintenant une frappe orbitale à pleine puissance sur Cité Blackbird, sans retenue ! »
Meilleurs vœux à tous les lecteurs pour la Fête de la Mi-Automne !