Le discours de Gu Hang s'acheva sous les acclamations tonitruantes de « Vive le Gouverneur ».
Ses dernières paroles pouvaient sembler des promesses en l'air, pourtant prononcées à cet instant, elles constituaient un engagement politique clair et explicite qui insuffla un véritable espoir d'avenir aux auditeurs.
Les habitants de la ville extérieure attendaient que le Gouverneur tienne toutes les promesses faites pour l'avenir. Au vu de l'activité des fonctionnaires obéissant à Mademoiselle Osenia et de la propagande de ceux qui portaient des chapeaux rouges, ils commencèrent à croire que rien de tout cela n'était hors de portée.
Pour la première fois, la flamme de l'espoir brûlait intensément sur cette terre.
Même les résidents de la ville intérieure ne purent s'empêcher d'être touchés.
Sans compter que, ne serait-ce que dans ce discours, le Gouverneur semblait indiquer une chose : il n'était pas du genre à extorquer et piller comme la génération précédente de gouverneurs. Apparemment, ils n'avaient pas à s'inquiéter de s'épuiser à l'usine rien que pour payer les impôts, ni de savoir combien de personnes seraient envoyées comme contribution fiscale sur les transports impériaux, direction des contrées inconnues de l'espace stellaire, pour ne jamais revenir, sans la moindre nouvelle.
Si tel était le cas, soutenir ce nouveau Gouverneur ne semblait pas une si mauvaise idée.
Hum… la tolérance humaine se franchit pas à pas.
Une gifle brutale, suivie d'un peu de douceur, et la situation paraissait soudain pas si inacceptable.
Ce procès public, ces exécutions, cette parade militaire et cette remise de médailles n'étaient-ils qu'une mise en scène ?
Mais qui peut nier l'importance de la propagande en politique ?
Les habitants de la ville intérieure, après avoir encaissé la gifle de voir d'anciennes connaissances exécutées publiquement, se virent offrir quelques dattes. L'atmosphère de terreur instaurée par Lambert au terme de plusieurs jours de tumulte devrait, après cet événement, s'apaiser un peu.
Quant aux résidents de la ville extérieure, ils reçurent simplement une datte sucrée.
Pas besoin de gifle ; ils en avaient déjà encaissé bien trop au fil des ans.
Le moral du peuple, désormais remonté, commença à se tourner véritablement vers les perspectives annoncées par le Gouverneur, vers un avenir où la vie serait meilleure ; même leur travail quotidien s'en trouva plus vigoureux.
Cependant, la propagande n'est que de la propagande. Ces mesures devaient être appliquées, et ce n'était pas aussi simple que de les annoncer au haut-parleur.
Il fallait les mettre en œuvre une par une.
Comment construire des écoles ? D'où viendraient les instituteurs ? Comment allouer les ressources ? Les hôpitaux posaient le même problème.
Les fameuses politiques de bien-être étaient liées aux quarante-cinq grades que Gu Hang avait imaginés auparavant, mais quels étaient exactement les avantages de chaque grade ? Quelle allocation de matériel ? Combien de temps les ressources actuelles de la Cité de la Renaissance tiendraient-elles ? D'où viendrait le manque ? Comment garantir que la production continue puisse suivre ?
Sans parler du fait que la production ne devait pas être entièrement consommée. L'impôt impérial était une échéance dans deux ans, mais les préparatifs devaient commencer dès maintenant.
Ces détails n'avaient pas besoin d'être diffusés largement, et bien des méthodes impliquées ne pouvaient être discutées publiquement.
Après la remise des médailles, Gu Hang convoqua une réunion interne.
C'est là que se jouaient le fond et les enjeux essentiels.
La réunion dura deux jours pleins.
Lorsque Lambert sortit de la salle de réunion, c'était déjà le matin du troisième jour.
Le soleil matinal n'était pas trop violent, pourtant il rendit les yeux de Lambert inconfortables.
Depuis deux jours, il avait littéralement vécu dans le noir.
Manger et dormir se faisaient dans la salle de réunion, avec une session toute la nuit juste la veille.
Le Gouverneur, lui, arrivait toujours à afficher une mine alerte et disposée, mais Lambert n'était qu'un humain et ne supportait pas une telle tension.
Pour l'instant, il était véritablement épuisé.
Pourtant, il ne pouvait réprimer son excitation.
Lors de ces deux jours de réunion, une part importante fut consacrée aux nominations. Désormais, il était à la tête du Comité Juridique Suprême, le plus haut magistrat de l'Alliance. Sa tâche importante à venir consistait à rédiger les lois conformément à l'esprit transmis par le Gouverneur durant la réunion.
Pour cela, il lui fallait créer le Conseil Législatif pour le travail législatif, le Conseil Exécutif pour le travail judiciaire, et en plus le Conseil de Discipline pour superviser et auditer les fonctionnaires et les directeurs d'usine.
Dès la création du Nouveau Gouvernement de l'Alliance, il y avait une conscience des risques de corruption et de sclérose du système. Il devait s'attaquer à ces problèmes de front.
Cela correspondait bien au travail qu'il menait depuis un certain temps.
Législation, justice, contrôle, audit… Avec de nombreux pouvoirs concentrés entre ses mains, lui, en tant que plus haut magistrat de l'Alliance, occupait une position d'autorité qui, d'un certain point de vue, était à égalité avec le chef du gouvernement — le Premier Ministre de l'Alliance. Et actuellement, le Premier Ministre de l'Alliance n'était autre que Gu Hang lui-même.
Cela signifiait presque qu'il était devenu le plus haut fonctionnaire de la Nouvelle Alliance.
L'investissement précoce de la Famille Hodgson dans le Gouverneur portait enfin ses fruits.
Toutefois, une telle concentration de pouvoir entre les mains d'un seul individu était intrinsèquement insoutenable, une simple mesure temporaire due au manque de personnel qualifié. Après tout, des postes avaient été laissés vacants, vraisemblablement pour être pourvus plus tard.
Si Lambert était aux commandes, ceux qui prendraient la relève à l'avenir ne seraient-ils pas essentiellement d'anciens subordonnés ? Même s'il quittait ce domaine d'activité, il laisserait derrière lui un héritage d'influence considérable.