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Starting as an Island Lord

Chapitre 1 : Curiosités du port

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Chapitre 1

Chapitre 1 : Curiosités du port

Chapitre 1/1100%~17 min de lecture3 358 mots

Matin de début d'automne.

Île de Virland-du-Sud, quartier du Port de la cité de l'Aube.

« Ding ! Ding ! Ding ! On appareille~~ On lève l'ancre~~ »

« Des huîtres~ Huîtres fraîches~~ »

« Ayez pitié, donnez-moi un petit pain noir, je n'ai rien mangé depuis deux jours~ »

« Monsieur, ça vous dirait de tenter votre chance avec moi ? »

Plus grand port de l'île, le quartier du Port était extraordinairement prospère, avec un commerce — et surtout un secteur des services — exceptionnellement développé.

Entrepôts, banques, auberges, maisons closes, tavernes et le reste s'y entassaient à ras bord.

« Et malgré tout ça, le port n'arrive pas à satisfaire complètement les besoins des voyageurs. »

« Surtout ces jeunes gars qui viennent de débarquer : ils voudraient combler chaque trou qu'ils croisent sur leur route. »

Sur l'avenue du Bord-de-Mer, le capitaine de la garde municipale, Sidero, s'adressait ainsi à l'homme qui marchait à ses côtés.

Cet homme avait la trentaine, le regard acéré, l'allure aux aguets, vêtu de noir et tenant une canne d'argent sombre incrustée de cristal blanc.

Tel un limier noir prêt à bondir.

Il observait un navire marchand qui venait d'achever son déchargement un peu plus loin, regardant les marins se ruer vers le bordel le plus proche comme des ânes en rut.

« Capitaine Sidero, tout ce que vous me dites là, je le sais déjà. »

« Je sais aussi que, quelque part dans le quartier du Port, il y a un mage rendu fou par la misère, qui a complètement oublié les enseignements de Mère Nature et emploie des méthodes impies pour assouvir les désirs des marins. »

« En tant que mage exécuteur du Bureau d'Inspection Morale du temple de Saint-Virland, il me faut l'emplacement exact de ce bordel impie. »

Une hésitation passa sur le visage du capitaine de la garde, qui se lécha machinalement les lèvres, un peu sèches.

« Monsieur Lucius, permettez-moi de vous dire qu'il n'existe pas de bordel impie. Toutes les maisons closes du quartier du Port sont parfaitement légales. »

« Hmpf ! »

Lucius désigna l'emblème de mithril épinglé sur sa poitrine gauche.

« Capitaine Sidero, je crois que vous devriez reconnaître ceci. »

« Je ne suis pas seulement mage inspecteur, je suis aussi mage de combat de rang intermédiaire, onze étoiles ! »

« N'essayez pas de me berner comme un enfant. Même si vous ne dites rien, je finirai par le trouver. »

« Mais si je le trouve moi-même, alors tous ceux qui sont impliqués seront punis ! »

Le ton du mage en noir était glacial, comme un serpent de mer venimeux sur le point de frapper.

Le capitaine de la garde eut un léger tremblement. Après un moment de silence, il céda enfin à l'énorme pression psychologique et hocha la tête, abattu.

« Bon, c'est vrai qu'il y a bien une maison un peu particulière. »

Lucius approuva d'un signe satisfait, son ton s'adoucissant légèrement : « Racontez-moi ça. »

« Les filles y sont toutes magnifiques, comparables à la princesse Serlai elle-même. Oh, non non non, j'ai parlé trop vite, maudit soit-je ! »

Le capitaine de la garde se gifla violemment — une claque bien nette résonna — avant de reprendre.

« Jeunes, en bonne santé, superbes, de la marchandise de tout premier choix. Et le prix est particulièrement bas : un seul kren pour toute une chandelle de plaisir. »

« Hmm~ »

Lucius plissa les yeux. « C'est quatre-vingts pour cent moins cher que le tarif normal, cela déstabilise tout le marché ! Les autres tenanciers ne protestent pas ? »

Le capitaine de la garde jeta un regard perplexe au mage en noir au visage sévère et marmonna : « Comment voulez-vous qu'ils ne protestent pas ? Ce n'est pas eux qui vous ont engagé, justement ? »

Lucius entendit parfaitement et fronça les sourcils. « Capitaine, vous me calomniez ! Je ne fais qu'accomplir mon devoir ! »

Le capitaine de la garde s'empressa de répondre : « Toutes mes excuses, monsieur. »

Lucius n'insista pas, leva sa canne et la pointa devant lui. « Allons-y, conduisez-moi à ce bordel. »

« Bien, monsieur. »

Le capitaine de la garde se montra très coopératif. « Les hommes, avec moi. »

Le capitaine mena sa escouade le long de l'avenue du Bord-de-Mer mais, sous un angle où le mage en noir ne pouvait pas le voir, il désigna discrètement l'un de ses hommes d'un mouvement de menton.

Le subordonné comprit et se détacha de la troupe à la première occasion.

L'avenue du Bord-de-Mer grouillait de monde et l'escouade comptait plus de dix hommes : la manœuvre était très discrète.

Mais le subordonné n'avait pas fait deux pas que la voix du mage en noir claqua.

« Capitaine Sidero, tenez vos hommes, ou vous vous retrouverez sans emploi ! »

Sidero sursauta, se retourna, croisa le regard glacé de Lucius et sut aussitôt qu'on avait percé ses intentions.

Avec un sourire crispé, il rappela son subordonné en hâte, en soupirant intérieurement.

« Pfff~ On dirait bien que je n'aurai pas de jolies filles gratuites aujourd'hui. »

N'osant plus jouer au plus fin, il ouvrit sagement la marche.

Bientôt, le groupe atteignit le quartier des entrepôts du port.

Celui-ci était couvert de bâtiments carrés en pierre et en bois, semblables à des caisses, d'aspect identique et alignés au cordeau, comme un gigantesque échiquier.

Dans un endroit pareil, même les gens du cru qui y avaient grandi pouvaient se perdre, alors les étrangers...

Après avoir marché un moment, une pensée traversa l'esprit de Lucius.

« Ce mage dépravé est plutôt rusé, ouvrir un bordel dans un tel endroit. Il va falloir être prudent tout à l'heure, sinon il va m'échapper ! »

Au bout d'un quart d'heure environ, ils arrivèrent près d'un vieil entrepôt.

De plusieurs dizaines de mètres, on voyait que les portes de l'entrepôt étaient hermétiquement closes ; seule une petite porte latérale restait ouverte.

Un homme grand et maigre se tenait à cette porte, vêtu d'une cape de toile grise à capuche qui lui dissimulait entièrement la tête et le visage.

Toutes les une ou deux minutes, un homme surgissait d'un recoin quelconque.

La moitié étaient des marins, l'autre moitié des dockers, tous des gens ordinaires avec peu d'argent en poche.

Lucius voyait distinctement les hommes tendre leur monnaie à la personne postée à la porte, puis entrer dans l'entrepôt tout joyeux.

Certains ressortaient satisfaits au bout d'un quart d'heure, d'autres après quelques minutes à peine.

Le commerce marchait plutôt bien. Dans la demi-heure que Lucius passa à observer, au moins vingt hommes entrèrent, et le flux ne se tarissait pas.

À en juger par la rotation de la clientèle, il devait y avoir au moins trente filles à l'intérieur.

Il en tira une première conclusion.

« Installer un bordel au fin fond d'un quartier d'entrepôts anonyme, en visant spécifiquement une clientèle des bas quartiers, indique que la personne derrière tout ça a des appuis limités : très probablement un petit joueur qui tente sa chance. »

Il pouvait donc enquêter en toute confiance.

Après avoir encore observé un moment, Lucius demanda : « Capitaine, vous disiez tout à l'heure que chaque fille là-dedans est très belle ? »

« Oui, très belles, chacune d'elles a l'air d'une fée. »

« Vous êtes sûr de ne pas vous être trompé ? »

Qu'une ou deux jolies filles apparaissent, c'était normal — même un tas de fumier peut donner des fleurs. Mais trente ou quarante beautés d'un coup, cela sortait de l'ordinaire.

Sidero hocha la tête avec assurance : « Je suis certain de ne pas m'être trompé. »

La première hypothèse de Lucius fut : « Alors c'est forcément une illusion magique. »

Mais Sidero secoua vigoureusement la tête. « Monsieur, ce n'est absolument pas une illusion ! »

« Je ne connais rien à la magie, mais je suis un guerrier formé dans les règles et je possède les rudiments du savoir magique. Je sais reconnaître une illusion. »

« Je n'ai pas seulement vu de mes yeux : j'ai touché de mon corps et senti de mon âme. C'étaient de vraies beautés ! »

« Si vous ne me croyez pas, demandez à mes hommes. »

Sans même attendre que Lucius les interroge, les membres de l'escouade acquiescèrent.

« Le capitaine a tout à fait raison. »

« Monsieur, notre esprit et notre savoir sont bien inférieurs aux vôtres, mais nous ne sommes pas des imbéciles. »

« Le patron de ce bordel a peut-être des failles morales, mais il est très généreux. Il nous les a laissées gratuitement. Hum~~ Hum~~~ »

Lucius était rongé par le doute.

Car les illusions magiques étaient effectivement faciles à percer.

Un changement de lumière, une variation dans l'état mental du sujet suffisaient à les dissiper, et le contact physique restait leur plus grande faiblesse.

Donc, les filles à l'intérieur devaient être réelles.

Mais alors, d'où sortaient tant de beautés ?

« Se pourrait-il qu'on ait jeté un sort de Transformation sur un groupe de filles ordinaires ? »

« Cela n'a pas de sens non plus. Un kren pour une chandelle entière, avec pour clients des marins et des dockers en manque : à moins d'y être forcée, aucune fille n'accepterait un travail aussi sordide. »

« Et s'il y a vraiment contrainte, alors j'accomplis aujourd'hui une grande œuvre, et le Temple ne manquera pas de me récompenser. »

À cette pensée, le cœur de Lucius se mit à battre plus vite d'excitation.

« Capitaine, envoyez des hommes bloquer la porte de derrière ; en silence, souvenez-vous, pas de vacarme. J'entre par-devant pour attraper le coupable. »

Tout en parlant, la canne de Lucius s'illumina soudain : une lueur bleue monta de ses pieds et l'enveloppa entièrement.

Quelques secondes plus tard, une fine pellicule évoquant du cristal bleu apparut sur son corps.

Voyant que le capitaine de la garde restait figé sur place, il le pressa avec impatience : « Qu'est-ce que vous attendez ?! »

« Oui, oui, oui~ J'y vais tout de suite. »

Le capitaine de la garde entraîna aussitôt ses hommes vers la porte arrière du bordel.

Lucius patienta un moment, estima que le délai était bon, prit une profonde inspiration et murmura :

« Marche du vent ! »

Sa canne s'illumina de nouveau, son corps s'éleva brusquement d'un demi-mètre et avança de plus de cinquante mètres comme une brume sans poids.

En un clin d'œil, Lucius se tenait devant la porte du bordel, face à l'homme en robe grise qui encaissait l'argent.

Avant que l'autre ait pu réagir, il leva sa canne, dont le cristal projeta une lumière bleue aveuglante. « Sommeil. »

◈◈◈

« Boum~ »

L'homme en robe grise s'effondra derrière la porte, plongé dans un sommeil de nourrisson.

Le tapage effraya les clients qui attendaient dehors.

« Mère Nature nous protège~ Le mage est en train de tuer des gens ! »

« Les gardes~ Où sont les gardes ? »

« Ne dis pas de bêtises, les gardes ne protègent que les riches. Cours ! »

Les clients se dispersèrent dans la panique.

Ignorant le chaos à l'entrée, Lucius pénétra à grands pas dans l'entrepôt.

L'intérieur était rectangulaire, avec deux rangées d'étagères en bois de part et d'autre. Sur ces étagères pendaient des toiles de lin grossier écru, qui découpaient l'entrepôt en petits espaces individuels.

Un couloir avait été ménagé au milieu, bordé de rideaux de tissu rouge sombre.

Derrière ces rideaux, les clients ne s'étaient pas encore aperçus de quoi que ce soit, toujours perdus dans leur plaisir.

Toutes sortes de bruits insoutenables déferlèrent aux oreilles de Lucius comme une marée, faisant rougir le mage et s'emballer son cœur.

Il leva aussitôt la main et traça prestement le Sceau de la Déesse Nature sur sa poitrine, en récitant en silence :

« Mère Nature, puisses-tu purifier mon cœur et me préserver de toute souillure impie ! »

Sa prière achevée, il retrouva un peu de calme. Il usa de la Main du mage pour soulever discrètement le rideau rouge sombre à côté de lui.

Derrière se trouvait un réduit de quatre mètres sur deux, avec une couche sommaire faite de foin et de toile grossière, sur laquelle deux personnes étaient allongées.

L'une était un marin, l'autre... Il suffit d'un regard pour que Lucius ne puisse retenir un hoquet.

« Cette canaille de Sidero ne se trompait pas, elle a vraiment l'air d'une fée. »

Une fée pareille : sans même parler des simples roturiers qui n'ont jamais rien vu du monde, lui-même se contenait à grand-peine.

« Frrr~ »

Il laissa immédiatement retomber le rideau, leva la main et traça encore et encore le Sceau de la Déesse Nature sur sa poitrine, plus de vingt fois, avant de réussir tout juste à mater le désir impie qui montait en lui.

Mais le désir ne s'évanouit pas dans le néant. Faute d'exutoire, il se mua rapidement en fureur.

« Cet endroit est un enfer de luxure, un abîme impie qui pousse les mortels à la chute. Il doit être purifié sur-le-champ ! »

Il s'avança au milieu du couloir, sa canne soudain levée comme une baguette de chef d'orchestre.

À son geste, toutes les toiles de lin furent emportées par une force invisible et puissante, s'envolèrent et se roulèrent en boule.

« Ah~~~ »

Les clients égarés dans leurs ébats remarquèrent enfin l'anomalie et se rhabillèrent en catastrophe.

Lucius lança d'une voix sévère.

« Mage inspecteur du Temple, au nom de la loi ! Tout le monde se rhabille, les mains sur la tête, accroupis contre le mur ! »

« Quiconque désobéit sera tué sur place ! »

Aucune personne ordinaire ne désobéirait aux ordres d'un mage puissant.

Bientôt, tous les clients furent sagement accroupis en rang.

Mais, chose étrange, les filles semblaient n'avoir rien entendu : elles restaient étendues sur les couches, dans des poses aguicheuses.

Lucius cria, furieux : « Vous êtes sourdes ? Rhabillez-vous immédiatement ! »

Toujours aucune réaction.

Lucius, refoulant son trouble intérieur, observa attentivement l'une des filles. À mesure qu'il la détaillait, une expression de stupeur intense se peignit sur son visage.

Il leva brusquement sa canne et la pointa sur la fille. « Purification ! »

Une boule de lumière blanche de la taille d'un poing jaillit et s'enfonça dans le corps de la jeune femme.

Quelques secondes plus tard, son corps se mit à luire de blanc, la lumière gagnant en intensité jusqu'à en devenir presque palpable.

Dans cette clarté, le corps de la fille se transforma à toute vitesse. Après une dizaine de secondes, elle était devenue un mouton.

Le mouton regarda Lucius, bêla et remua la croupe dans sa direction !

Lucius en fut profondément ébranlé.

« Un sort de Transformation intégral jeté sur une espèce non humaine ! »

« Comment est-ce possible ? »

La magie de Transformation n'avait rien de rare.

Le sort de Transformation standard n'était qu'un sortilège ordinaire de bas niveau. Ce qui sortait de l'ordinaire, c'était la finesse de cette Transformation-ci, qui atteignait un niveau stupéfiant.

« La difficulté d'incantation dépasse sans doute les 20 étoiles ! »

Lucius prit une profonde inspiration, réprima une fois de plus son trouble et s'approcha de la deuxième fille, examinant avec soin les détails de son corps.

Plus il regardait, plus il était sidéré.

« C'est sans le moindre défaut ! »

La magie de Transformation, c'est comme sculpter de l'argile. La plupart des mages en sont capables, mais bien le faire est difficile, et le faire avec précision plus difficile encore.

Car l'énergie magique se contrôle malaisément et le temps d'incantation ne dépasse pas quelques dizaines de secondes.

La scène qu'il avait sous les yeux revenait à un sculpteur d'argile qui, avec des outils grossiers, achèverait un chef-d'œuvre en moins d'une minute.

Un miracle.

Lucius refusait d'y croire. « Transformer une fée, passe encore, mais en transformer plus de trente à la suite, chacune avec ses propres traits, comment est-ce possible ? »

Pour quelques-unes seulement, il existait une astuce appelée Transformation en miroir.

C'est-à-dire trouver une véritable beauté, capturer sa forme au moyen d'un miroir, puis la répliquer par magie de Transformation.

Mais cela exigeait des techniques de double incantation et n'était guère plus simple que la Transformation classique.

Restait la question : où pouvait-on bien trouver autant de femmes superbes, chacune avec son charme et son style propres ?

« Serait-ce l'œuvre de plusieurs personnes ? »

Le mage en noir, rongé de doutes, les examina une à une, purifiant chacune après inspection.

Quand il eut terminé, il y avait plus de trente moutons dans l'entrepôt.

Aucune des femmes qui servaient les clients n'était humaine.

Dans le même temps, Lucius parvint à une conclusion plus troublante encore.

« Un style d'incantation parfaitement homogène : il est hautement probable que tout cela soit l'œuvre d'un seul et même mage ! »

De l'autre côté, les clients étaient eux aussi médusés, sans voix.

Le capitaine de la garde, Sidero, finit par entrer. En découvrant la scène, il faillit en perdre la mâchoire.

« Mère Nature nous garde, c'est... c'est... c'est... »

Le visage de Lucius était sombre. « Vous avez attrapé le patron du bordel ? »

Sidero mit un moment à s'en remettre. « Je n'ai vu personne sortir par-derrière. »

Lucius fronça les sourcils. « Ce n'est pas bon ! »

Il fit aussitôt demi-tour et sortit en courant de l'entrepôt pour vérifier l'état de l'homme en robe grise qui encaissait l'argent : il dormait toujours par terre.

Il souleva la capuche du bout de sa canne, révélant un homme d'âge mûr des plus ordinaires.

Il essaya sur lui la magie de Purification : il se changea, lui aussi, en mouton.

Il n'y avait pas une seule personne dans tout ce bordel, rien que des moutons !

Du début à la fin, le tenancier était resté dans l'ombre, sans jamais se montrer véritablement.

Lucius serra les dents et ricana : « Tu es plutôt malin, voyons un peu de quoi tu es capable ! »

Il retourna en courant dans l'entrepôt et lança une série de sorts de pistage : « Traque du Murmure du vent », « Divination de l'Eau pure », « Divination des Cendres » et « Guidage de l'esprit ».

Sans rien trouver !

Ce tenancier maîtrisait aussi les techniques d'anti-pistage : il avait détruit toute information magique exploitable.

Un sentiment d'impuissance monta dans le cœur de Lucius, et même une pointe d'admiration.

Ce confrère mage était plus fort que lui. Bien plus fort.

Non seulement son mana était plus profond, mais son savoir était plus étendu et sa maîtrise de l'incantation le dépassait de très loin.

S'il s'obstinait dans son enquête, il risquait d'y laisser la vie.

Après un silence, une fois l'esprit un peu apaisé, il se tourna vers le capitaine de la garde : « L'avez-vous déjà vu... Laissez tomber, cela ne servirait à rien. »

Son adversaire était un maître de la Transformation, un homme aux mille visages. Que des gens ordinaires l'aient vu ne rimait à rien.

Le fait était là : la piste était froide.

Lucius resta planté en silence au milieu de l'entrepôt, à décortiquer à contrecœur les informations connues, pour aboutir finalement à deux conclusions.

« Ce mage dépravé est rusé et prudent, très mobile, doté d'un savoir magique riche et d'un mana profond, un authentique maître de la Transformation. »

« En même temps, il est désespérément à court d'argent, connaît le corps féminin dans le moindre détail et entretient peut-être même de bonnes relations avec des dizaines de beautés. C'est très probablement un débauché qui s'est ruiné à force de plaisirs. »

Ces deux conclusions se contredisaient.

Les mages sont mortels eux aussi : leur énergie et leur temps sont limités.

Si l'on passe ses journées vautré sur le ventre des femmes, il est impossible d'atteindre des accomplissements magiques aussi stupéfiants.

Lucius se gratta le crâne, exaspéré.

« Mère Nature, mais quel genre d'homme est-ce donc ?! »

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