Li Wanzhi, cultivateur tout juste parvenu au stade du Noyau d'Or, n'avait pas appris grand-chose en matière de sortilèges.
Yan Ju avait beau être très appliqué, il avait proposé trois formules magiques à Li Wanzhi du temps de son Établissement des Fondations : l'Art de l'Épée du Nuage d'Azur, l'Art de l'Épée de la Lame Chaotique, et un sortilège d'attaque élémentaire pour cultivateurs.
Li Wanzhi avait choisi l'Art de l'Épée du Nuage d'Azur et un sortilège, mais il était paresseux. À ce jour, il ne maîtrisait entièrement ni l'un ni l'autre, et il avait toujours pensé que cela n'avait aucune importance.
Sauf qu'en se battant, là, maintenant, il découvrait où était sa faiblesse.
Lui !
Était trop faible !
Mais il était bien trop tard pour le regretter.
« Si j'arrive à rentrer, je travaille jusqu'à en crever ! »
Par chance, s'il était paresseux en tout le reste, Yan Ju lui avait fait apprendre la Technique du Vent Véloce en lui tenant la tête. Au bout d'un an, sa vitesse de fuite restait tout à fait remarquable.
Li Wanzhi avait au moins réussi à kiter cinq hommes à travers la forêt et à les entraîner loin des autres !
Sauf que !
Plus maintenant !
Une pluie serrée de Flèches de Sang lui barra la route. S'il continuait droit devant, il courait à l'impasse.
Il dut s'arrêter.
Voyant les cinq hommes l'encercler, Li Wanzhi eut un rire embarrassé. « Les gars, il est trop tard pour reconnaître que j'ai eu tort ? »
« Crève ! »
Le cultivateur de tête abattit son sabre. L'énergie du sabre, portée par un cultivateur du stade du Noyau d'Or, était d'une férocité inouïe. Li Wanzhi leva les deux bras et bloqua le coup.
Bang !
L'assistance découvrit alors le « bouclier » posé sur ses avant-bras.
Li Wanzhi en eut des sueurs froides. « Heureusement, heureusement que j'ai appris ce truc-là aussi. »
Le Bouclier Spirituel.
Rien de plus utile pour encaisser une attaque.
Mais la force de l'adversaire était trop grande, et l'inertie fit malgré tout reculer Li Wanzhi de plusieurs pas — droit sur les sabreurs qui l'avaient contourné par-derrière et qui frappèrent. Li Wanzhi fit une roulade, se rattrapa d'un bras au sol, sortit prestement du cercle et hurla en se tenant la tête, la voix éraillée.
« Grande Sœur, sauve-moi ! »
Fang He'an suivait la scène, angoissé. « La Technique de la Fuite par la Terre, imbécile ! »
Li Wanzhi réagit aussitôt. « Oui, oui, la Technique de la Fuite par la Terre ! »
Oh non.
C'était quoi, déjà, la formule de la Technique de la Fuite par la Terre ?
À l'instant décisif, entre la vie et la mort, Li Wanzhi la retrouva enfin. Il se changea tout entier en un rai de lumière spirituelle et s'enfonça dans le sol.
Vroush.
Au même moment, Fang He'an lança un sortilège : un vent vif balaya la forêt et poussa la brume épaisse qui traînait au sol vers les cinq hommes du Pavillon de l'Arc-en-ciel de Sang.
Mais une bourrasque plus forte encore souffla en sens inverse et renvoya le brouillard toxique vers Fang He'an.
Fang He'an s'en tira, mais Li Wanzhi, qui venait tout juste de ressortir de terre, en prit une bonne bouffée. « Je vais étouffer. »
L'instant d'après, pourtant, il se dit qu'étouffer aurait mieux valu.
D'innombrables cloques apparurent sur sa peau et s'étendirent à toute allure, d'un noir violacé. Il tendit la main, désespéré. « Je… je vais mourir. »
Fang He'an glissa jusqu'à lui et lui fourra quelque chose dans la bouche. « Avale ! »
L'antidote descendit de force dans la gorge de Li Wanzhi et lui sauva la vie à l'instant critique. Mais Li Wanzhi ne pouvait plus bouger, si bien que Fang He'an dut le charger sur son dos et détaler.
Les cinq poursuivants les avaient déjà rattrapés — puis, au bout d'un moment, on entendit plusieurs hurlements.
« Des fourmis venimeuses ! »
« Le joli garçon qui s'enfuit est un Maître des Poisons ! »
Fang He'an courait comme un damné et les entendit ; il jura. « Maître des Poisons toi-même, je suis Alchimiste ! »
Il était un disciple direct, héritier de son Maître, et un excellent alchimiste !
Son Maître avait beau lui répéter de ne jamais se réclamer de lui au-dehors, ce n'était pas la pauvreté qui allait le faire plier : sa profession, elle, ne changerait pas !
Li Wanzhi était secoué si violemment que la bile lui montait à la gorge. L'engourdissement de ses membres refluait, mais son malaise, lui, s'aggravait. « Frère aîné, je crois que je vois des champignons voler. »
Fang He'an eut un mal de crâne.
Ce gamin avait eu la malchance d'inhaler le Poison d'Encre d'Azur, le plus puissant de tous. Sans un antidote administré à temps, il se serait effondré le premier, mais les séquelles étaient sévères, elles aussi.
« Prends sur toi pour l'instant, je te purgerai du reste plus tard. »
« Oh là là, les champignons me volent dans la bouche, Frère aîné. Je vais en croquer un. »
Fang He'an entendit le bruit et flaira l'anomalie. Il tourna la tête et bloqua de la main, interceptant deux chausse-trapes en fleur de prunier — dont une que Li Wanzhi était en train de mordre.
Fang He'an : « … »
Li Wanzhi la recracha. « Trop vieux, ça ne se mâche pas. »
Fang He'an n'eut même pas le temps de vérifier si les chausse-trapes étaient empoisonnées. Ce contretemps permit à deux hommes de les rattraper.
L'un contourna et frappa Li Wanzhi.
Li Wanzhi ne se rendait toujours compte de rien, absolument pas conscient du danger qui fondait sur lui.
Voyant cela, Fang He'an se déplaça et interposa son propre corps. La manœuvre lui découvrit entièrement le flanc droit, sans la moindre défense. Si un coup de sabre passait, Fang He'an serait gravement blessé.
Sans parler de l'attaque en tenaille des deux côtés.
À cet instant, la pression du Noyau d'Or de Fang He'an se condensa en technique, se changea en lumière dorée et repoussa les attaques des deux hommes.
Cela ne les fit reculer que d'une dizaine de pas, mais l'expression des disciples du Pavillon de l'Arc-en-ciel de Sang changea du tout au tout.
« Stade avancé du Noyau d'Or ! »
Si jeune ?
Fang He'an avait à peine plus de vingt ans, et Li Wanzhi, qu'il portait sur le dos, dix-huit ou dix-neuf — et tous deux étaient déjà au Royaume du Noyau d'Or.
Et Fang He'an en était même au stade avancé !
À la vitesse de cultivation ordinaire dans le monde des cultivateurs, percer jusqu'au Noyau d'Or avant cinquante ans témoignait d'un certain potentiel, et percer à quarante passait pour un talent supérieur à la moyenne.
Quiconque perçait avant trente ans était un génie comme il en naît un sur un million.
À l'image de la sœur cadette Ye de la secte Suprême, qui avait atteint le stade du Noyau d'Or à seize ans : une rareté absolue. Et pour estimer l'âge de quelqu'un, la méthode était simple : une fois le stade du Noyau d'Or atteint, un cultivateur dispose de cinq cents ans d'existence, et son apparence peut se figer définitivement à ce moment-là.
Autrement dit, l'âge apparent correspond à quelques années près au moment de la percée. On peut aussi, bien sûr, employer une Pilule de Rajeunissement pour changer d'apparence.
Seulement, les Pilules de Rajeunissement sont précieuses, et très peu de gens y mettent réellement le prix.
Devant un Fang He'an d'apparence aussi jeune, ils l'avaient cru tout au plus à l'Établissement des Fondations avancé. Mais à présent, il était clair que ni lui ni Li Wanzhi n'étaient des adversaires ordinaires !
Eux, à côté, avaient tous passé la trentaine.
Crève-cœur, et jalousie !
Pourquoi fallait-il qu'ils aient un tel talent !
« On ne peut pas les laisser filer. »
Plus ils sont remarquables, plus il faut les éliminer.
Le Pavillon de l'Arc-en-ciel de Sang n'avait plus que trois hommes debout ; deux étaient empoisonnés et gisaient derrière eux. À cet instant, le troisième arriva, un arc à la main, le regard chargé d'une froide intention meurtrière.
Il encocha une flèche à son tour.
Fang He'an recula lentement, et du sang gouttait du bras qu'il tenait dissimulé.
Mais impossible de le cacher. C'étaient tous des cultivateurs du stade du Noyau d'Or, et les taches de sang qui tombaient sur l'herbe n'échappaient pas à leurs yeux.
Les trois hommes ricanèrent et condensèrent des flèches de sang.
Fang He'an fit demi-tour et courut.
« Sceau. »
Une entrave s'abattit soudain sur Fang He'an et ralentit son allure. À cet instant, s'il avait abandonné Li Wanzhi, il aurait pu briser l'entrave et s'échapper.
Fang He'an n'en fit rien.
« Quelle profonde fraternité ! » railla le disciple du Pavillon de l'Arc-en-ciel de Sang. « Tue-le. Boit-le-Sang. »
La flèche de sang partit.
Fang He'an ne lâcha toujours pas Li Wanzhi. La flèche le frappa de plein fouet et perça sa défense, mais elle n'atteignit pas sa poitrine.
Un talisman spirituel s'embrasa de lui-même, sans feu, et se changea en rune protectrice qui les couvrit tous les deux.
Fang He'an en resta stupéfait.
Les trois adversaires se figèrent eux aussi un instant.
Sentant que quelque chose clochait, les trois crièrent : « Tous ensemble ! »
Mais avant qu'ils aient pu finir leur phrase, deux lumières d'épée fondirent à toute allure, l'une d'en haut, l'autre de face !
L'une portait l'aura de l'Épée de la Grande Force.
L'autre était l'Épée de l'Interrogation du Cœur !
Les deux épées se plantèrent en même temps devant Fang He'an, bloquant deux énergies de sabre d'une rare férocité, et deux silhouettes gracieuses apparurent à leur suite.