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Slime Saint

Chapitre 29 : Le slime est entraîné dans la crise d'Élior

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Chapitre 29

Chapitre 29 : Le slime est entraîné dans la crise d'Élior

Chapitre 29/4073%~9 min de lecture1 759 mots

J'ai décidé de passer quelque temps à jouer dans le donjon tout en peaufinant les plans de rénovation.

Le sumo est devenu un rendez-vous régulier. Contrairement au Japon, les paris sont autorisés : ça devrait bien rapporter.

Sinon, j'aimerais un étang de pêche. Log aime pêcher, si je me souviens bien. Et tant qu'à faire, on demandera à Yukimé de cuisiner les prises. On pourrait même prévoir des glacières en résine de slime pour emporter. Il faudra fabriquer de la glace. Produisons des pierres de mana de glace en masse avec le cœur de donjon.

Ah, et comme des ennuis peuvent toujours survenir, il me faudrait aussi de quoi faire des potions, et j'aimerais soigner un peu les trésors qu'on trouve dans le donjon.

Heureusement, avec Cal ici, le mana est abondant. Mais la matérialisation en engloutit tellement qu'on en manque quand même.

Les ruées à répétition m'ont laissé un stock de matériaux de monstres dont je ne sais pas trop quoi faire. J'ai bien essayé de combiner des écailles de dragon, la fourrure toute douce d'un truc appelé marchosias et une robe pour créer une robe de dragon, mais faute d'usage évident, ça finit dans un coffre, et ainsi de suite.

Cela dit, la qualité des coffres ayant augmenté, les amateurs de descente de donjon se sont multipliés : j'ai donc complètement séparé l'entrée du donjon de celle du complexe. Avec Cal ici, aucun risque.

Le donjon est déjà vaste, mais je vais creuser encore plus profond. Argilette s'en chargera. Moi, je m'occupe de poser les coffres. Le cœur assure une partie du réapprovisionnement. J'aimerais atteindre une vingtaine de niveaux. Les pièges sont tous des téléporteurs et les monstres presque tous nos doubles, cela dit. Au passage, comme Blaze a accepté de passer sous mon autorité quand je le lui ai demandé, on croise à mi-parcours, en guise de boss, un vampire détraqué en maillot de bain, bonnet et lunettes de piscine. J'ai retouché son double moi-même. Je vais montrer au monde à quel point Blaze est un détraqué ! Il m'a frappée, forcément. Flic-floc.

Cela dit, tout le monde accepterait sans doute de passer sous mon autorité, sauf Cal. Cal, ce serait plutôt moi sa subordonnée. Concrètement, si je vaux deux mille, elle doit valoir vingt mille ? Honnêtement, l'écart est tel que je ne peux pas mesurer. On me dirait quarante mille que je le croirais. Un million, aujourd'hui, je ne saurais même pas le vérifier.

Cal croque joyeusement des concombres, aujourd'hui encore, et fait pleurer Sunshine.

Alors que je vivais tranquillement au rythme des rénovations, Blaze est venu me faire un rapport.

« Azalée, il semble que Shurei ait des ennuis à Élior. J'y fais un saut. »

« Vas-y, vas-y. Tu fais ce que tu veux, tu sais. »

Ce n'est pas parce qu'il est sous mon autorité que je vais l'enchaîner. Je veux que tout le monde soit libre.

… J'ai des subordonnés qui ne le sont pas ?

Aucun.

Bref, Blaze est revenu avec un nouvel embêtement. Un autre comte s'est mis à revendiquer le droit d'usage de la route qui mène à Élior, et à vouloir imposer une taxe. Tiens donc.

Il veut donc me chercher. Comme Élior a un port, on peut contourner par la mer, mais le coût est nettement supérieur à la voie terrestre : les pauvres ne pourront plus venir. Hors de question de laisser passer ça.

« Dis, si j'écrasais ce comte, ça poserait un problème ? »

« Tu as une drôle de tendance à la gentillesse, toi. Chez les monstres, la force fait le droit. Si tu peux l'écraser, écrase-le. »

Ouah. Ils sont beaucoup trop agressifs, ces monstres !

Une guerre contre un comte, donc, en comptant les slimes et les doubles de Keicy et des autres comme force militaire.

Honnêtement, les doubles coûtent aussi cher que de l'orichalque. Même avec Cal, je n'en produis qu'un par jour. À cause de la pression de mana, impossible d'accélérer. La pression monte sans absorption de mana en contrepartie, donc au bilan le mana du donjon diminue.

Et un subordonné qui meurt à l'extérieur ne respawne pas. Bon, je peux toujours le ressusciter.

Comment éliminer ce comte avec le moins de pertes possible… J'avais oublié que je suis la plus grande professionnelle de l'infiltration. Partons sur l'assassinat.

Quand un slime taupe vous a pris pour cible, c'est fini. Préparez-vous à vous faire égorger dans votre sommeil.

J'ai donc décidé d'aller rencontrer le comte en personne. On ne peut décemment pas tuer quelqu'un dont on ne connaît pas le visage. Ce monde est avancé, et pourtant il n'a ni appareil photo ni enregistreur. Ce serait pratique.

Munie d'une lettre de Cal, je suis donc partie voir ce comte au nom pompeux, Lushano Vanmortier. D'après Blaze, des mercenaires se rassembleraient ces temps-ci sur ses terres. Ouh là, il est vraiment décidé à faire la guerre. Il se serait terré pendant le Mascaret céleste. Et les monstres correspondants se sont déversés sur Kôshin, ce qui est franchement insupportable. Je vais le buter. Ah non, c'était déjà prévu.

Mon âme grince, parfois. Elle n'a pas l'air d'aimer tuer, mon âme. Mais pour la slime que je suis, survivre passe avant tout. Et pour ça, je tuerai n'importe qui.

… Même moi, je reconnais que c'est un peu violent. Si je peux éviter de tuer, j'évite. Tuer est plus simple, cela dit.

On envoie un messager et on part en carrosse de mauvaise qualité, cahin-caha. Moi, je n'ai pas le mal des transports.

Le comte d'en face serait tout de même de niveau roi-démon, et comme il a de l'argent, il a probablement engagé de bons mercenaires. S'ils sont plus forts que le petit sans-famille et que l'affrontement m'est défavorable, je pourrais en baver. Bon, tant qu'ils ne volent pas, il suffit de les faire tomber dans un trou.

Après plusieurs jours de route, nous voilà sur les terres de Vanmortier. Un domaine plutôt vaste. Au nord-est du donjon et d'Élior, j'imagine. Une semaine d'absence aller-retour : consoler Cal va être un chantier.

« On va l'écra-a-ser, on va l'écra-a-ser, le domaine des Vanmortier », chantonné sur un air de comptine à faire pousser les tulipes, et je descends du carrosse.

Ma seule escorte, c'est Blaze. Il ressuscite tant qu'on ne l'a pas réduit en cendres, paraît-il.

L'enterrer suffirait aussi à le tuer, mais il vole, lui. Aujourd'hui, j'ai l'impression que le combat serait équilibré.

Il semblerait qu'on devienne plus fort en battant des adversaires puissants. Comme dans un jeu, on gagne des niveaux en tuant des monstres. J'ai visiblement beaucoup progressé en battant le Sans-Famille. Euh, le sieur Machin le Sans-Abri. L'Apatride, c'était ça ? Ah, peu importe ! Ça sert à quoi de retenir le nom des ennemis ? Ça ne risque pas de me faire hésiter à les tuer ?

Le comte de cette fois-ci, euh, je n'ai pas retenu son nom non plus. Je vais lui coller un sobriquet d'après sa tête et l'appeler comme ça. Voilà.

« Lushano Vanmortier. Évite quand même de le tuer à la première rencontre. C'est pénible à gérer, après. »

« Il y a donc des règles. Réservées aux nobles, j'imagine. »

« Il y a aussi des règles édictées par dame Cal, je te signale. Même si elle est très laxiste. »

« J'ai l'impression qu'on pourrait raser un donjon nouveau-né sans être inquiété. Alors que c'est elle qui a écrit la loi. »

« Les monstres sont francs avec leurs désirs. »

Elle est vraiment perchée, la planète rouge. Je crois que je ne survivrais pas si je retournais sur la planète bleue, ou sur Terre.

Et de fait, le château de Lushano était consternant. Tous les domestiques me regardent comme si j'étais « un vulgaire slime ».

J'écrase à mains nues la tête du majordome le plus proche, pour l'exemple. Vous connaissez votre place, j'espère ?

Qui me cherche, je le tue, à la chaîne.

« Hé ! Tu viens d'en tuer un sans prévenir ! »

« Évidemment que je le tue. Une nullité qui ne comprend pas sa propre place. »

Tous les domestiques qui nous méprisaient se sont aussitôt redressés : je ne crois pas m'être trompée. Nous ne sommes que des monstres, après tout.

Blêmes, les autres domestiques se sont mis à nous traiter avec beaucoup d'égards. Vous voyez, les monstres sont comme ça. Montrez votre force et ils obéissent.

« Un peu de tension meurtrière aurait suffi, non ? »

« Je n'ai aucune pitié à accorder à qui me méprise. »

« Je m'en doutais. »

On nous conduit au salon et on nous fait attendre Vanmortier un bon moment. Bien : je le tue au motif qu'il a fait attendre ses invités.

« Là, c'est un peu tiré par les cheveux. »

« C'est vrai. Tu crois ? »

« Ce slime est terrifiant. »

C'était une plaisanterie, une plaisanterie.

Puis un homme qui devait être le majordome a ouvert la porte, et il en est sorti, comme prévu, un monstre crapaud verruqueux, chauve et obèse. Magnifiquement monstrueux. Je savais que ça existait, mais c'est peut-être la première fois que j'en vois un.

« Bienvenue sur mes terres de Vanmortier, dame Azalée, sire Blaze. »

Les mots sont polis, mais le regard toise ouvertement de haut. Bien : tuons-le.

Avant ça, je lui envoie une bouffée de tension meurtrière, et le crapaud se met à suer à grosses gouttes.

« Je te fais frire sur place ? »

« Azalée, calme-toi un peu. »

« M-mille excuses. Puis-je savoir l'objet de votre visite ? »

Il est comme moi. Ne pouvant pas gagner par la force, il passe à la guerre de l'information.

« Ta tête, et l'affaire est close. Ouvre-toi le ventre ici même. »

« Ça me va aussi, remarque. »

« Je n'ai pas très envie de mourir, voyez-vous. Et il serait fâcheux que l'on s'immisce à ce point dans mes affaires avec sire Shurei. Il est bien réel que le domaine de Vanmortier détient une part des droits acquis lors de la construction de cette route. »

À croasser comme ça, sale crapaud. J'ai envie de le faire grésiller dans l'huile.

« Nous ne sommes pas venues négocier. C'est une déclaration de guerre. »

« Groââ ?! »

« Tu connais les règles des monstres, j'imagine. Nous rentrons pour aujourd'hui. Tâche de me divertir. »

Blaze a lâché, admiratif, un « tu es vraiment un méchant slime » que je ferai comme si je n'avais pas entendu.

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