Les professeurs sont devenus plus forts.
« Crève ! »
Ceux qui prononçaient ces mots étaient autrefois principalement des étudiants.
Mais maintenant, les professeurs le disaient aussi.
Qui plus est.
« P, professeur ? »
« Désolé, mais crève ! »
Une étudiante qui traînait un professeur vers la zone morte hurla en chutant.
Même lorsqu'ils perdaient, les professeurs offraient d'ordinaire un combat correct.
Mais depuis ce jour…
Leurs méthodes de combat sont devenues problématiques… non, il vaudrait mieux dire qu'ils ont commencé à jouer sale.
Mais on n'y pouvait rien.
Les étudiants, qui l'avaient déjà vécu, ne pouvaient tout simplement pas critiquer les professeurs.
Parce que…
« C'est bon ! Si vous perdez, je vous soigne ! Alors battez-vous tant que vous voulez ! »
L'être qui nous agitait la main avec enthousiasme en nous regardant nous battre n'était autre que le diable d'argent.
Et ledit diable menaçait les professeurs, ses poings terrifiants brandis dans les airs.
La méthode de soin du diable était, comme on s'y attend d'un diable, de tabasser l'adversaire.
Elle révèle un pouvoir de guérison incroyable, mais en contrepartie, elle inflige au soigné une douleur incroyable.
Au point qu'en mourir serait plus facile !
« Même ainsi, on ne peut pas abandonner ! »
Les autres étudiants hurlèrent en fonçant, mais les professeurs esquivaient et paraient en combattant pour minimiser les dégâts sur leurs propres corps.
« C'est pas un peu trop injuste ? »
« Nos vies sont aussi en jeu. »
Les professeurs adoptaient des tactiques de frappe et fuite qui érodaient les effectifs étudiants tout en limitant leurs propres pertes.
Ce style de combat qui évitait totalement les affrontements de groupe était l'exact opposé de la façon dont les professeurs de Yugrasia s'étaient battus jusqu'alors.
À cause de cela, nous étions toujours bloqués au huitième étage alors qu'en temps normal nous serions déjà au deuxième.
« Comment ça se passe aux autres étages ? »
« Pareil que chez nous, prés. »
« Et si on fonçait en force brute ? »
« Ça marcherait ? L'ennemi a déjà le dos au mur, non, le dos au diable. »
« Nous, on était comme ça pendant les vacances. »
« En fait, sous certains aspects, c'est pire pour eux. Nous, c'est fini une fois qu'on tombe, mais eux, ils se font taper à chaque fois. »
« Pourquoi le diable sait soigner, déjà ? »
« Bien sûr que c'est pour les soigner et les taper encore. »
« C'est bien le diable des diables, non, l'apôtre du dieu maléfique ! »
Tandis que les étudiants râlaient, les professeurs restaient impassibles.
Comme si la situation des professeurs et des étudiants d'avant les vacances s'était inversée.
L'expression des professeurs était aussi sérieuse, non, rigide.
« Ces yeux… on dirait qu'ils sont prêts à affronter la mort. »
« C'est moi ou je ressens une vraie parenté avec eux ? »
« Non, parce qu'on a exactement les mêmes yeux. »
« Le professeur Nicerwin n'est pas humain. Comment a-t-il pu faire ça à ses collègues… »
Qu'est-ce que la victoire au festival impérial valait vraiment, bon sang.
Mis à part les étudiants qui y participaient, il a même poussé en enfer les professeurs qui n'allaient pas y prendre part.
« Mais bon, notre objectif, c'est de combattre les professeurs de toute façon. »
Ces temps-ci, on avait l'impression qu'il était possible de percer l'académie, non, nos résultats montraient même que si on arrivait à battre le professeur Muam, la victoire était garantie.
Mais plus on avançait, plus l'anxiété grandissait.
Parce qu'il ne semblait pas que le professeur Nicerwin nous laisse tranquille avant le festival impérial, quoi qu'il arrive !
Quel tour allait-il nous jouer pour détruire notre cohésion, ou nous terrifier.
Ou bien quelle épreuve absolument ridicule allait-il inventer.
Mais heureusement, il a mis la pression en envoyant les professeurs en enfer.
On avait pitié des professeurs, mais vu comment ils avaient fait semblant d'ignorer notre calvaire jusqu'ici, on en retirait une pointe de schadenfreude !
« Il faut juste être reconnaissants que ce soit les professeurs qu'il a poussés, pas nous. »
« Vrai, s'il nous avait lâché le diable d'argent comme ça… »
« Franchement, je crois que je me serais suicidé. »
« C'est même possible pour nous de se suicider ? »
« Sais pas. Mais l'important, c'est qu'on peut affronter les professeurs à pleine puissance, non, quand ils dépassent leurs propres limites. »
Notre position actuelle était le milieu du huitième étage.
Notre vitesse de progression avait presque chuté au niveau du début d'année, mais nous avions tout autant à apprendre.
« Normalement, on serait au deuxième étage maintenant… mais c'est à nous de faire la différence. »
« Ça va aller ? »
« Si on ne passe pas ici, on ne pourra de toute façon pas descendre au deuxième. Et si on bat celui-là aussi, qui sait ce que le professeur Nicerwin nous réservent. »
« Vrai. »
Non content de pousser les étudiants, notre ennemi envoie les professeurs en enfer.
C'était le monstre qui avait transformé l'académie nommée Yugrasia en enfer.
Peut-être que ça aurait été différent s'il s'agissait d'un monstre qu'on pouvait combattre, mais le professeur Nicerwin a réussi à retourner nos parents, et même le père de dame Aris, le marquis Letia, à sa cause.
Du coup, l'éviter était la meilleure option pour notre bien-être physique et mental.
« Tant que l'attention du diable est sur les professeurs, il faut qu'on fasse de notre mieux pour améliorer encore nos compétences. »
Notre objectif est la victoire au festival impérial.
Si on gagne là-bas, on sera enfin libres de cet enfer.
« Donnez tout, et finissez-en ! Pour ça, on fera n'importe quoi et tout ! »
Sur ces mots, le conseil des élèves se mit à combattre les professeurs, et peu après.
« Kuaaagh ! »
« Nerkiaaaaa ! »
Les cris des professeurs.
« Hihihiit ! C'est un bon prés ! Battez-vous plus fort ! Ah ! Y'en a un autre de blessé par là ! »
Et le rire éclatant du diable emplissait les couloirs de Yugrasia.
« Lil' Muam, les étudiants ne viennent pas vraiment de notre côté ces temps-ci ? »
Alors que je penchais la tête en regardant Muamy en bas, il soupira et dit.
« Tu as l'air excité. »
J'ai l'air excité ?
« Évidemment que je le suis ! »
C'est génial ! Vraiment, vraiment génial !
Au début du semestre, j'ai sérieusement pensé à quitter ce boulot, même si ça signifiait me faire tuer par Sa Hautesse.
Sérieusement, j'ai traîné le professeur Nicerwin en étude de nuit une seule fois, et à cause de ça, j'ai subi une mise à l'isolement totale, et une agression en groupe en plus.
Et le plus important, c'est que c'était tout à fait légal !
Cette académie était dingue à ce point : échanger des coups pendant l'étude de nuit était considéré comme une forme de conversation.
J'admets que j'ai mis du mien aussi, mais sérieusement, une agression en groupe, c'est trop !
Mais peut-être que les autres professeurs ont monté en puissance, les étudiants ne descendent pas au premier étage où Muamy et moi sommes.
…Le festival impérial est dans à peine quelques semaines !
Une fois le festival impérial lancé dans un peu moins d'un mois, cette initiative appelée étude de nuit qui a rendu l'académie entière dingue disparaîtra.
Parce que les étudiants de Yugrasia ont depuis longtemps dépassé les standards des étudiants !
« Si les gamins gagnent au festival impérial comme on s'y attend, les gamins n'auront plus à faire d'étude de nuit donc ils sont contents, j'ai des infos à passer à la princesse donc je suis content, et je peux me payer un gros bonus donc c'est encore mieux ! »
« Tu as l'air certain de notre victoire. »
« Bien sûr. Si les gamins de cette académie ne peuvent pas gagner, alors les humains auraient déjà conquis le monde. »
« Je ne peux pas nier ça. »
Même Muamy, qui faisait constamment des remarques acerbes sur tout ce que je disais, acquiesça.
« Mais je me demande comment les autres professeurs tiennent le coup face aux étudiants. On va les mater ?
Mater ? Maaaaaaaaater~?(1)
« Bien sûr que je refuse ! »
Après la fin des vacances, le professeur Nicerwin a levé toutes les restrictions jusqu'au plan B, donc il n'y avait pas de problème à monter aux autres étages.
Le problème, c'est qu'il n'y avait rien de bon à en tirer en allant sur un autre étage.
Non, il n'y avait que des mauvaises choses.
« Dernièrement, le regard des professeurs a changé pour devenir celui des étudiants avant la promesse du festival impérial ? C'est la preuve qu'il n'y a rien de bon pour nous, même si on y va. »
« Mais t'es pas curieux ? »
« Petit Muam, il y a un dicton elfe. La curiosité asservit l'elfe ! »
C'étaient des paroles sages de nos ancêtres.
Les histoires d'elfes qui ne vivaient que dans les forêts et se faisaient avoir par des marchands d'esclaves ou des arnaqueurs pour devenir esclaves des humains se transmettent depuis l'Antiquité.
Et combien d'elfes sont tombés dans le piège stupide qu'on les convainque d'essayer un collier stylé qui était en fait un collier de soumission esclave !
La curiosité tue l'elfe.
Et en tant qu'elfe faible et frêle, je devrais penser à ma propre sécurité plutôt que satisfaire ma curiosité.
« Tu as beaucoup changé depuis la première fois que je t'ai rencontré, professeur Harian. »
« Bien sûr. J'ai… grandi pendant que j'étais ici. »
« Bien que le processus ait été loin d'être idéal, il semble que les résultats seuls soient bons. »
Juste au moment où j'allais dire quelque chose à Muamy qui venait de dire un truc qui m'a presque fait pleurer.
Clac.
« Ahh… »
Quand mon ouïe naturellement bonne capta le bruit de pas dans le couloir, je ne pus m'empêcher de refermer ma bouche.
« …Qu'est-ce qui s'est passé dans les étages du haut jusqu'à maintenant, professeur Harian. »
« Je sais pas… non, je sais au moins une chose. »
Alors que j'entendais les bruits de pas se multiplier les uns après les autres, je vis les étudiants de Yugrasia descendre l'escalier avec le conseil des élèves en tête.
Mais leur apparence n'avait rien à voir avec la dernière fois que je les avais vus.
Auparavant, ils avaient maté les autres professeurs avec aisance, et avaient l'air parfaitement frais en descendant pour m'écraser, mais là, ils ressemblaient presque à des soldats vaincus.
Malgré leur tissu de bonne qualité enchanté de nombreux sorts, leur uniforme était en lambeaux, et certains, même des filles, avançaient résolument sans se soucier du sang qui leur coulait sur le visage.
« Mais dans quel genre d'académie j'enseigne… »
Plutôt que des étudiants, ils avaient l'air de guerriers.
Les uniformes qui prouvèrent leur statut d'étudiants portaient l'allure d'uniformes de troupes d'élite bien entraînées, et les pas des étudiants résonnaient comme ceux d'une armée invaincue.
« Professeur Harian, je pense qu'on a honnêtement besoin de se préparer. »
Une pression complètement différente du mode berserker dans lequel ils avaient foncé avant.
Comme s'il le ressentait lui aussi, même la voix de Muamy trembla un peu.
Toc. Toc. Bang.
Et à peine dix mètres de l'endroit où nous nous tenions, la personne tout devant, la présidente du conseil des élèves Nerkia, s'arrêta et leva la main.
« Charge. »
Et son ordre fut vraiment celui d'un général commandant son armée.
À ses mots, les invocations boostées en vitesse qui fonçaient sur nous donnèrent l'impression d'une brigade de cavalerie lançant une charge à fond.
« Les gamins sont dingues, les gamins sont dingues ! »
« Ô grand roi, arrêtez nos ennemis ! »
Alors que je hurlais, je fis créer à Borée plusieurs couches de barrières de vent, pendant que Muamy préparait aussi des boucliers d'eau pour faire face aux étudiants.
« Tireurs, prêts. »
Pendant que nous abattions les invocations qui chargeaient une par une tout en maintenant nos barrières, le président fit un geste aux étudiants avec une expression détendue.
Quand il le fit, depuis plus loin, un certain nombre d'invocations commencèrent à former des magies ou des objets aux nombreux attributs différents.
« Attendez, prési ? Vous êtes pas une armée ? Vous êtes tous des étudiants ? »
Je hurlai vers les étudiants qui sentaient le professionnalisme à plein nez, mais les étudiants m'ignorèrent et tirèrent.
« Écoutez quand un elfe vous parle ! »
Les magies s'écrasèrent sur ma barrière de vent avec un fracas retentissant.
Bien que je ne pensais pas qu'elles briseraient la barrière de Borée, le dieu du vent, de sitôt.
« Je vois rien ! »
Alors que de nombreuses lumières aveuglantes commençaient à brouiller ma vision, j'eus un pressentiment très mauvais.
Et si c'était le cas… alors presque certainement…
« Bonjour, professeur. »
« Je le savais ! »
Comme prévu, Aris émergea de la lumière et trancha ma barrière de vent.
« Fais gaffe à moi, Aris ! »
« Tu vas revivre de toute façon. »
« C'est quoi ce sens ! »
Je hurlai alors qu'Aris déchaînait des coups encore plus sauvages qu'avant, mais Aris continua d'attaquer, et à la fin je fus vaincu.
« T'es tombée ? »
Et ça commença.
« Kuaaaaaaaagh ?! »
Ce que je ressentis fut une douleur qui ne pouvait tout simplement pas être décrite en mots.
« Le professeur Harian a été réanimé ! »
« Phase 1 ! Tapez-la encore tant qu'elle est dans le flou ! »
Je n'avais même pas remis mes esprits en lambeaux en place, mais toutes sortes de magies me volèrent au visage.
— Reprends-toi, contractant !
Et je m'évanouis à nouveau.
« Gyaaaahh ! »
Et je me réveillai à nouveau d'une douleur incroyable !
« N, noooon ! »
« Phase deux, déni ! »
« Attaquez encore ! »
Après m'être évanouie et réveillée par la douleur encore quelques fois après ça, je finis par réaliser ce qui se passait.
Si je m'évanouissais, l'invocation du professeur Nicerwin me frappait pour me réveiller, et les étudiants m'attaquaient à nouveau.
Et je tombais encore, me faisais attaquer encore, tombais encore… »
« Vous voulez dire que j'ai même pas le droit de tomber ! »
« Phase finale, phase finale ! »
« Tout le monde, faites gaffe ! »
Sérieusement, ces petits cons.
« Alors c'est comme ça que ça va se passer, les mômes ! Je ressemble à une faible pour vous ! »
« Le professeur Harian est déjà en mode berserker ! »
« Dame Aris, occupez-vous du professeur Muam, s'il vous plaît ! »
Alors que je faisais face aux étudiants qui me regardaient comme si j'étais le roi démon, je laissai mon mana s'emballer.
« Borée, tuez-les tous ! »
Et ce jour-là, avec le reste des professeurs.
Je devins une véritable résidente de l'enfer nommé Yugrasia.