« Comme on s'y attendait de la part du conseil des élèves. »
« Non, nous avons simplement eu de la chance. »
La présidente du conseil acquiesça affirmativement, imitée par quelques autres.
Non mais sérieusement, y a pas besoin d'être aussi raides, quand même ?
Leurs corps étaient tous raides, exactement comme des gens qui font la queue pour un entretien d'embauche.
N'importe qui croirait que je m'apprête à vous bouffer, les gamins. Détendez-vous un peu !
« Les autres ne viennent pas encore ? »
« Oui, nous devions être les premiers éclaireurs, suivis par tous les autres mais… »
Qu'est-ce que ce « mais » ? Vous n'alliez tout de même pas dire que la raison pour laquelle les autres ne descendent pas, c'est moi, si ?
J'ai mis un looooooot d'efforts à m'occuper personnellement des étudiants qui séchaient les cours en groupe !
Alors c'est quoi ce traitement ?
C'est pas un peu trop ? Dans ce genre de situation, la majorité des profs feraient simplement comme s'ils n'avaient rien vu.
Mais moi, je me suis personnellement déplacé pour ramener les élèves à l'école, et leur enseigner l'importance de pouvoir venir en classe.
Où d'autre vous trouverez un prof comme moi ?
Bon, bien sûr, je ne l'ai pas dit à voix haute. Parce que je ne voulais pas me faire poignarder !
« Dans ce cas, il vaudrait mieux rassembler tout le monde le plus vite possible. »
« Hein ? Pourriez-vous nous dire pourquoi ? »
Bien que je n'aie rien voulu dire de spécial en disant ça, qu'est-ce que le conseil des élèves peut bien penser de moi pour se crisper comme ça ?
Non, même avant ça, les autres membres qui prennent position pour le combat me regardent comme si j'étais quelque archidémon roi de la fin du siècle ?
Franchement, c'est cruel.
« Parce qu'il est plus de 13h à présent. »
Il faut que j'endure, parce que je suis une personne gentille.
Alors que mon regard se porte sur l'horloge comtoise dans le coin de la pièce, les visages de tous les autres présents suivent le mouvement.
Il est actuellement 13h02.
Même si j'ai demandé à la batte en métal de marcher plus lentement ces temps-ci pour la motivation des élèves, elle devrait déjà être arrivée au septième étage, facile.
« 13h ? Pourquoi… attendez ! »
La présidente du conseil rumina mes mots un instant avant que ses yeux ne s'écarquillent d'horreur.
« P, prés ? »
« Quoi ? »
Les autres qui n'avaient pas encore compris attraparent la prés, qui tremblait visiblement de terreur ou de rage, mais la prés ne répondit pas.
« Est-ce que ce que je pense… est correct ? »
Comme il me le demandait avec la tête de quelqu'un qu'on vient d'informer de la fin du monde, je lui souris en retour.
« Oui, c'est ça. »
« Courez ! »
« Qu'est-ce que ça veut dire, bordel, prés ? »
« Expliquez, prés ! »
« Abrutis ! Qu'est-ce qu'il y d'autre à 13h ? Il faut qu'on rejoigne les autres élèves et qu'on cours avant de se faire tabasser par le diable d'argent ! »
En effet.
J'ai ôté à ces gamins le « droit d'aller à l'école ».
Et donc, s'ils veulent y retourner ?
Ils doivent d'abord en sortir.
Si le moment où ils ont entendu ma vidéo dire [que le jeu commence] était le prologue, la partie escape room ne ferait même pas 100 pages sur un roman de 300 !
S'ils veulent voir l'épilogue de leur retour sain et sauf au dortoir, ils doivent percer la défense de la batte en métal et s'échapper de l'académie !
« Quoi, qu'est-ce qu'on fait pour ceux qui sont encore là-haut ? »
« On n'a pas le temps pour ça maintenant ! C'est notre chance ! Si on abandonne maintenant, on ne pourra peut-être jamais revenir ! »
Bien que certains aient essayé de s'occuper de ceux qui restaient sur le toit, ils finirent tous par acquiescer à la présidente, et au moment où elle barra la porte, tout le monde la suivit.
« Pourquoi l'une des Quatre Grandes Académies de longue réputation sent-elle l'organisation maléfique à ce point. »
Si la batte en métal avait été là, elle aurait probablement hurlé « c'est la faute du propriétaire ! »
Bien sûr, je n'ai aucune raison de me sentir coupable. Puisque c'est une organisation maléfique avec une longue et distinguée histoire, peut-être que les choses aux racines profondes se ressemblent entre elles.
Je me demandai si je devais refermer l'ouverture au plafond, mais comme les autres devaient de toute façon descendre, je décidai de laisser faire.
Et exactement une heure plus tard.
« Vra, vraiment ? »
« En effet. »
Celle qui passa la tête par l'entrebâillement de la porte était la vice-présidente, Karen, le visage tordu par la trahison.
« Idiot, réfléchis une seconde. »
Celle qui la calma était son homologue vice-président, et l'initiateur de l'idée crétinement folle de sécher les cours.
Risen sourit radieusement en la consolant.
« Ces idiots, je pense qu'ils sont assez paniqués pour avoir oublié quelque chose. »
« Mm ? »
« Même avec trente minutes d'avance, même avec tous les effectifs disponibles pour les soutenir, on n'a pas réussi à battre le diable d'argent, et eux ils essaient de fuir encore plus tard qu'elle ? Tu crois que c'est possible ? »
« C, c'est vrai ? »
« Ouais. Donc tout ce qu'on a à faire maintenant, c'attendre que les cadavres de la prés idiote et de ses larbins reviennent pour leur mettre un coup de pied à leur retour. »
Pour ce que j'en savais, ce gamin avait été le premier à percer les murs et à s'enfuir tout seul, mais comme c'était une affaire à régler avec le conseil des élèves, je décidai de fermer les yeux pour l'instant.
Peu de temps après.
Comme Risen l'avait prédit, les autres professeurs et leurs invocations mineures arrivèrent avec la prés et les autres fuyards sur les épaules, les déposèrent devant nous et repartirent sans un mot.
« Bon, puisque plus ou moins toutes les personnes concernées sont rassemblées, je vais maintenant vous donner les conditions d'évasion. »
« Ce n'était pas l'évasion ? »
« Bien sûr que non. Si vous voulez aller à l'école, vous devez d'abord en sortir. »
À mes mots, Karen afficha une expression ouvertement désespérée, et Risen baissa la tête.
Il pourrait bien foncer et essayer de me planter un couteau ou…
« Fu… fufufu… »
Ouais, il est dingue. Il faut que je prépare l'appel de la batte en métal…
« Wahahahaha ! On s'attendait déjà à ça ! »
Hein ?
« Si vous nous aviez dit de simplement partir, j'aurais été si anxieux que je n'aurais même pas pu dormir correctement, mais puisque c'était exactement ce à quoi je m'attendais, on peut juste s'échapper l'esprit tranquille ! »
« Qu, quoi… Risen, t'es fou ? »
Au contraire, une Karen surprise fut celle qui attrapa Risen.
« Fou, non, je suis parfaitement normal ! Le fou, c'est ce monde, pas moi ! »
« Wiing, c'est le déni de réalité dont le propriétaire est si doué ! »
À un moment donné, la batte en métal était revenue et acquiesça en direction de Risen.
Moi ? Ça ?
« Ouais. Le propriétaire fait ça tout l'temps. Tu fais semblant d'être tout sérieux et solennel quand y a du monde, quand y a personne, ou juste avec moi, tu deviens un dingue pareil. »
« Je ne ferais pas ça. »
Même si je me laisse aller plus que la normale quand je suis seul, sûrement que je n'ai pas l'air aussi dingue que ça.
« Voilà, tu nies la réalité déjà. Je te dis que le propriétaire est pareil que lui, tu sais ? »
« Kwahahahahahaha ! »
« Ri, Risen ! Hé vous les gars, venez aider à maîtriser ce dingue ! »
Karen lui bloqua les bras et demanda de l'aide aux autres membres, mais ils n'approchèrent pas.
Leur visage disait qu'inutile d'approcher un chien enragé.
J'ai quand même pas mal de monde autour de moi, tu sais ? Je vais pas jusque-là ?
—Et ces gens autour de toi, c'est cette princesse ou tes disciples ?
—Attendez, c'est quoi cette impression bizarrement convaincante !
Ah, maintenant que les disciples étaient mentionnés, je me souvins.
L'un de ces disciples monstrueux était actuellement à Marcis.
L'adversaire était la maîtresse de l'archidémon Surtr, une fille de la famille Nermia, l'un des clans de mages éminents.
Normalement, l'une des faiblesses de Marcis serait que leurs talents sont pris entre les guerres de faction de la famille impériale et la Tour de Magie.
Sa famille est un géant parmi les géants à la cour impériale.
Son grand-père est l'un des actuels chefs de la Tour de Magie.
Elle est dans une position où on ne peut tout simplement pas la toucher, où personne à Marcis n'oserait tirer rang sur elle.
Et donc elle bénéficierait probablement d'une quantité ridicule de ressources.
Contrairement à nous à Yugrasia qui devions tout miser sur des fonds quasi inexistants !
Est-ce que les membres les plus forts actuels, la présidente et le vice-président du conseil, pourraient la battre en un contre un ?
—D'accord, on monte la difficulté !
—Même si c'est le diable qui parle, si ça me donne plus de temps pour briller, j'suis OK ! Alors qu'est-ce que tu fais ?
Pour combattre quelqu'un qui a été entraîné dans une organisation maléfique, il suffit de le jeter dans des conditions identiques.
—On a qu'à faire exactement ce qu'on faisait dans l'organisation maléfique !
—D'penser qu'une org' maléfique serait si utile pour la vie scolaire ! C'trop génial !
L'efficacité d'une organisation maléfique que même la batte en métal approuve !
Tout le monde, tant qu'une organisation maléfique ne tombe pas, c'est vraiment génial !
« Ça me fait plaisir de voir à quel point vous acceptez ça positivement. »
« Uwuuuu… uwahhh… »
Karen, qui essayait d'apaiser Risen, fit une face rancunière en crispant la bouche, mais ignorons ça.
On y va version old school. Retour au style organisation maléfique !
« Dans ce cas, en guise de récompense appropriée, je vais vous donner un indice. »
« Indice ? »
« Oui, un indice. Tout le monde ici doit quitter l'école. Et en ce moment, ce sont les vacances. »
« C'est quoi ça… »
« Ça veut dire qu'il n'y a pas d'heure précise où vous pouvez quitter l'école. »
« Ah… »
Comme si elle comprenait, les yeux de Karen s'écarquillèrent avant de redevenir normaux.
Maintenant, avec ça, j'autorisais même les évasions nocturnes. Avec ça, ça devrait être une carotte splendide !
Et naturellement, le bâton doit suivre la carotte !
Et ce bâton serait un bâton très efficace qui m'avait donné des résultats extrêmement brillants à l'époque de l'organisation maléfique.
« Cependant, concernant les repas. Seules dix personnes recevront de la nourriture par repas. »
« Hein ? C'est censé vouloir dire quoi ? »
Pour info, bien que les humains soient très réactifs au son des carottes, ils sont très mauvais pour entendre le fouet.
Y a une raison pour laquelle l'armée est l'endroit où on entend les mots « J'ai pas bien entendu ? »
Parce que comme c'est l'endroit avec le plus de coups de fouet, bien sûr qu'on fait semblant de ne pas avoir entendu !
« C'est comme je l'ai dit. Puisque la cantine des élèves ne fonctionne pas pendant les vacances, les provisions ne peuvent être que limitées. »
« A, attendez une seconde Professeur ! Provisions ? Pas même des repas mais des provisions ?! »
Ohh, comme on s'y attendait de la vice-présidente du conseil des élèves, elle est rapide à comprendre.
Oui, j'ai dit provisions, pas repas. Parce que c'est la guerre !
C'est une croisade pour que Yugrasia retrouve sa supériorité en tant que plus grande des Quatre Grandes Académies de l'empire !
Et pour renforcer les soldats de la guerre sainte, je distribuerai des provisions, pas des repas !
« C'est parce que je n'ai aucune raison de fournir de la nourriture à tout le monde. »
« Professeur ! »
« Tous les jours à 7h, 13h et 17h30, divers largages de provisions apparaîtront dans toute l'académie. Votre tâche est de les trouver et de les éliminer. »
« Uuuughhhh… »
Alors que j'ignorais ses supplications désespérées et finissais ce que j'avais à dire, Karen ne put que mordre ses lèvres et me dévisager, tremblante.
—Et avec ça, c'est une personne de plus qui pourrait trancher la gorge du propriétaire pendant qu'il dort !
Bof, gros problème.
Puisque je ne pense pas qu'en ajouter une ou deux à ce stade ne fera pas une grande différence pour la sécurité de mon cou, on continue le plan tel quel.
« Attendez, Professeur ! »
« Y a-t-il quelque chose que vous souhaitez dire, Risen ? »
Le garçon qui ne faisait que rire comme un maniaque tout à l'heure fit soudain un visage sérieux.
Et ce garçon avait parfaitement compris le point clé.
« Donc. Tout. Ce. Qu'on. A. À. Faire. C'est. Les. Trouver. Et. Les. Éliminer ? »
« Oui. Les. Trouver. Et. Les. Éliminer. »
Au garçon qui disait ça par mots courts et secs, je répondis de même.
« Je comprends. »
Aux mots de Risen, dans mon esprit son image chevaucha celle de No.1000 une seconde.
—Propriétaire, tu te la donnes vachement à lui parler, quoi d'neuf ?
—Rien de spécial. Comme j'ai dit, s'il tombe sur les provisions tout seul, il peut les éliminer comme il veut.
—Ça veut dire quoi ?
—Réfléchis. Y a dix caches de provisions préparées. En comparaison, le nombre d'élèves est de 20. Maintenant, quelle serait la façon la plus efficace de les distribuer ?
—Les bouffer ensemble ?
—Exactement. Le plan était d'en mettre un peu plus que la part d'une personne. Même si tu as faim, y a toujours des gens qui mangent moins que les autres.
—Et ça a quoi à voir avec ce que t'as lui dit ?
—Il m'a plus ou moins demandé direct s'il pouvait les bouffer tout seul.
Ceux qui survivront survivront.
De penser qu'il assemblerait les indices que j'ai simplement lancés pour en arriver à cette conclusion.
Leur bataille à partir de maintenant sera un jeu d'endurance.
Dans ce cas, la chose la plus importante pourrait bien être ces boîtes à repas.
On ne peut jeûner que quelques jours au maximum, si ça vient grignoter l'endurance sur une période prolongée, ça pourrait avoir un très gros effet sur la capacité à s'échapper.
—D'penser que la méthode d'entraînement la plus efficace à l'org' maléfique était de pas les nourrir… Je pense qu'beaucoup de maîtres dans ce monde nieraient ça, non ?
—Les meilleures méthodes d'entraînement sont les plus efficaces, après tout.
Non mais sérieusement, j'avais un programme d'entraînement plutôt bien équilibré de prévu, mais dès que je les ai pas nourris, ces gamins se sont juste battus entre eux et sont devenus plus forts.
Du coup, y a pas besoin que j'utilise d'autres méthodes d'entraînement, si ?
Même maintenant, j'ai juste lancé l'idée, et quelqu'un y répond déjà.
Et donc, ça peut pas s'empêcher.
« Ah, et y a un truc que j'ai oublié de mentionner. À chaque fois que quelqu'un s'échappe, le nombre de caches de provisions diminuera de un avec. »
—Propriétaire, t'es un diable !
Oui, pour la victoire de Yugrasia, je deviendrai un diable !
Ce jour-là, la méthode d'entraînement ultime de la (feue) plus grande organisation maléfique de l'empire, fut initiée dans l'une des plus grandes académies de l'empire.