Bien que ceux qui ont vu l'enregistrement vidéo magique le sachent déjà… Au cas où certains l'ignoreraient. Le président a trahi Yugrasia pour sa bien-aimée d'Arucia.
Alors que Risen faisait face aux douze personnes devant lui, elles affichaient à leur tour une gravité inhabituelle.
« Oui, juste pour une femme… rien que pour son égoïsme personnel… le président, non, Nerkia a trahi nos espoirs et nos rêves de victoire au Festival Impérial ! »
Risen désignait toujours les gens importants par leurs titres, mais cette fois, au lieu de son titre, il l'appela non pas en tant que président, mais par son nom.
Cela signifiait qu'il ne reconnaissait plus le Président comme tel.
De plus, en tant que vice-président, Risen avait le droit de destituer le président, ce qui donnait encore plus de poids à son acte.
« Le président que nous connaissons n'existe plus. Il est mort ! Il ne reste que Nerkia… le traître ! »
Bien que ce soit assez culotté de la part de Risen, qui pourrait être considéré comme la cause de tout cela, dans cette situation où notre président nous avait trahis, rien n'était à gagner en nous divisant davantage, alors je gardai le silence.
« Alors, qu'allons-nous faire ? »
Honnêtement, si nous étions n'importe quelle autre académie, les étudiants seraient en plein chaos en ce moment.
Non, si c'était Yugrasia de l'an dernier, nous aurions probablement abandonné.
Mais Yugrasia avait maintenant de puissants combattants qui n'étaient pas le président, et grâce aux enseignements du Professeur Nicerwin surtout, nous connaissions tous trop bien la trahison.
Bien que ce fût vraiment ridicule… Le Professeur Nicerwin avait raison depuis le début !
Et donc, bien que nous ne sombrions pas dans la panique juste parce que nous avions perdu notre président du conseil des élèves…
Perdre l'une de nos forces majeures qui commandait un Roi des Esprits et d'innombrables autres élémentaux était une perte énorme.
Et en tant qu'ennemi, qui plus est.
« Bien sûr. »
Et ayant pleinement compris la situation, Risen.
« Nous le tuons. »
Je retire ce que j'ai dit. Je ne crois pas qu'il le pense vraiment.
« Euh, le Festival Impérial interdit de tuer ? »
« Qu'est-ce que ça change ? Il nous a trahis, il nous a abandonnés… croyez-vous qu'on puisse laisser tranquille le président qui a choisi une femme plutôt que nous ?! »
Alors que Risen grincait des dents de colère, hurlant comme une bête, je le fixai et demandai.
« Tu es jaloux ? »
« Oui. »
Risen acquiesça.
Et le nombre de personnes qui acquiescèrent avec Risen était de… dix ?
Tout le monde sauf moi ? Et Lady Aris fait partie des douze ?
« C'es, c'est comme ça que ça marche ? »
En regardant tout le monde qui semblait rancunier de quelque chose, je commençai à me demander pourquoi je me trouvais là.
« Et donc… nous allons tuer Nerkia ! Jugement pour le couple impur ! »
« Jugement ! »
« Jugement ! »
« Jugement ! »
Les gens qui brandissaient leurs armes en criant au jugement étaient emplis de zèle.
Mais, euh… Pourquoi le fais-tu aussi, Lady Aris ?
Tu n'étais pas ce genre de personne ?!
« Très bien, très bien ! J'ai entendu votre détermination. Maintenant, prenez ce manteau. C'est la preuve de nous, l'unité spéciale, conçue pour s'infiltrer chez l'ennemi sans être découverts ! »
« …Il n'y a rien dessus ? »
« Ah, bien sûr. Nous avons besoin que vous le fassiez pour nous, Reedan. »
« C'est pour ça que vous m'avez appelé ? »
Je compris enfin pourquoi j'avais été choisi pour faire partie des douze.
« Tiens, est-ce que ça ira ? »
« Excellent travail, Reedan. C'est une robe magnifique, digne des ténèbres du conseil des élèves ! »
« J'ai l'impression d'être les bas-fonds du conseil des élèves quand tu dis ça… »
C'était un surnom suspect, mais la vérité était bien plus banale.
Ce surnom me collait simplement parce que j'étais contracté à un élémentaire des ténèbres, un type extrêmement rare que même Nerkia n'avait pas contracté.
Mes capacités se limitaient à manipuler les ténèbres pour créer une robe spécialisée dans la furtivité, ou une transition instantanée à courte portée entre les ombres.
Comme je n'avais contracté aucun élémentaire de haut rang, seulement de rang moyen, je n'apportais pas grand-chose en termes de puissance pure, donc mon rôle était littéralement le soutien des autres membres du conseil des élèves.
« Bon, alors dépêchons-nous d'en finir. »
À cause de cela, après avoir compris mon travail, ma tâche fut vite accomplie.
Puisque la robe faite avec le pouvoir d'un élémentaire des ténèbres se dissipait à une certaine distance de moi, je devais les suivre, mais il n'y avait pas grand-chose à faire.
Je devais simplement les transporter sans que les étudiants des autres écoles ne le remarquent, éliminer le président, et revenir.
Bien que personnellement je n'aie aucune rancune contre le Président… non, plutôt, je compatissais même pour lui, mais faire un ennemi d'un contractant d'un Roi des Esprits dans un combat d'équipe était un ennemi plus grand que quiconque.
Je ne veux plus me faire frapper par le Diable d'Argent.
Je me transportais à travers les ombres, mais le Diable d'Argent tendait la main dans les ombres, m'en extirpait de force et me tabassait.
L'incarnation de toutes les injustices du monde.
Pour ne plus avoir à combattre le Diable d'Argent, nous devions remporter la victoire au Festival Impérial, et pour y parvenir, nous étions prêts à vaincre qui que ce soit.
« Très bien, alors… Lady Aris et Lady Siir s'occuperont du président, Risen et tous les autres, soutenez Lady Aris et assurez-vous que l'ennemi ne puisse pas les approcher. Je surveillerai la situation d'ici et préparerai notre fuite. »
Au loin, je pouvais voir le château que le Président avait détruit.
Je me camouflai dans l'ombre d'un arbre proche, et pour éliminer le Président en une seule attaque, je préparai une attaque…
« Meuuuuurs ! »
…qui n'existait pas !
La première attaque fut le lancer d'une lance imprégnée d'une quantité massive d'aura !
De plus, Lady Aris maniait deux épées, une dans chaque main, qu'elle n'avait même pas utilisées lors de son combat contre Mereldra rel Rail, l'étudiante la plus forte d'Arucia.
« Certainement pas, ils ne vont pas vraiment le tuer ? »
La lance arracha les portes du château de leurs gonds, et à chaque fois que ses lames jumelles fendaient l'air, les murs géants du château de trois mètres – même s'ils avaient été construits à la hâte pour le Festival Impérial – étaient détruits instantanément.
« Chargez, tuez le traître ! »
Et courant à travers les murs du château annihilés, Risen et les autres membres du conseil des élèves chargèrent comme s'ils étaient pleinement déterminés à tuer le Président !
« J'espère ne pas finir complice d'un plan de meurtre… »
En observant le champ de bataille, je ressentis une vague inquiétude, et j'utilisai mon trait naturel d'avoir peu de présence – pour le meilleur ou pour le pire – en plus du pouvoir de mon élémentaire des ténèbres, tandis que je me faufilais prudemment vers le combat.
« Meurs ! »
« Attends, Lady Aris ? Je vais vraiment mourir ? »
Alors que d'énormes éclairs rencontraient des auras d'épée cramoisies, je contemplais une scène sortie des légendes.
« Je suis foutu si j'y vais. »
J'acquiesçai et me faufilai ailleurs.
Je vis le style de combat vraiment dégoûtant de Risen alors qu'il acculait une étudiante.
« Meurs, meurs, meeeurs ! »
« Hahaha, si tu te concentres sur les autres, tu ne passeras jamais devant moi, Lady Nermia ! »
Si l'on n'entendait que la façon dont il esquivait les sorts qui pleuvaient comme une tempête tout en maintenant son adversaire au sol, cela sonnerait comme un combat parfaitement manuel, mais ses actions étaient le summum de l'indécence.
« Hahaha, je les ai revues ! »
« Je vais vraiment te tuer ! »
Avec un regard pas si différent de ceux que notre autre vice-présidente Karen adressait si souvent à Risen, le plus grand facteur de danger de Marcis, Lady Nermia était folle de rage contre Risen.
Bien sûr, c'était évident pourquoi.
Dès qu'elle faisait un mouvement légèrement exagéré, il regardait sous sa jupe, il n'y avait aucune femme qui ne s'énerverait pas face à ça.
« Bien, ses mouvements sont devenus plus lents ! Attaquez-la maintenant et finissez-la ! »
« Surtr, tue-les tous pour de bon ! »
Le visage de Lady Nermia était rouge vif alors qu'elle maintenait fermement sa jupe d'une main tout en invoquant le géant de feu.
Bon, n'allons pas là-bas non plus.
Si j'étais pris pour l'un de leurs camarades, j'avais l'impression que ma vie, qui n'avait déjà pas d'amants, continuerait ainsi pour le reste de mes jours.
Ce que je voyais était l'exemple-type du pourquoi Risen, qui tant qu'il fermait sa gueule était au moins aussi beau gosse que le président, n'avait toujours pas de petite amie.
Et alors que je m'apprêtais à sortir du château en me faufilant, quelque chose d'incroyable parvint à mes oreilles.
« Je n'avais pas le choix, Lady Aris. Pour leur bonheur… pour mon bonheur avec eux ! J'ai misé tout ce que j'avais ! »
« C'est le problème du président ! Est-ce que notre promesse d'être victorieux au Festival Impérial et d'être libérés de l'Étude de Nuit ne signifie rien pour toi ?! »
« C'est… »
Nerkia bredouilla avec une expression douloureuse, alors que quelqu'un dit.
« Oui, ce n'est pas la chose importante en ce moment. »
Ce quelqu'un étant moi.
« Hein ? »
« Senior Reedan ? »
Il semblait que le Président et Lady Aris étaient tous deux surpris de me voir apparaître soudainement.
« Hé, Nerkia. Je crois avoir entendu quelque chose d'étrange dans ton discours tout à l'heure… Tout à l'heure, as-tu dit "eux" ? »
« O, oui ? »
Nerkia semblait assez choqué de me voir pour une raison quelconque, mais sans doute pas autant que moi.
« Tout le monde au conseil des élèves sait que tu as une amante. Mais "eux" ? Combien sont-elles ? »
« Euh, um… Senior Reedan ? Je ne pense pas que ce soit le moment de… »
« C'est le moment. »
« Oui… »
Lady Aris fit un pas en arrière à ma réponse.
Bizarre. Elle avait l'air d'avoir vu quelque chose qui lui faisait peur.
« Hé, parle, Nerkia. En incluant la vice-présidente d'Arucia, combien d'amantes as-tu ? »
« J, j'en ai… deux à Arucia, une à Marcis… une senior déjà diplômée et une autre petite sœur(1) qui n'est pas encore inscrite dans aucune des académies… »
« Et quel âge a cette petite sœur qui n'est pas encore inscrite ? »
« Qui, quinze… »
Pour une raison quelconque, le Président commençait à prendre ses distances avec moi, un peu comme Lady Aris l'avait fait.
Mais en ce moment, je n'étais pas en état de faire attention à ça.
Je regardai mon poing gauche serré, et ma main droite avec les cinq doigts déployés.
Ma main gauche représentait le nombre d'amantes que j'avais eues de toute ma vie, et ma main droite était le nombre d'amantes actuelles de Nerkia.
…ça m'énervait un peu.
Et juste à ce moment, bien que ce soit une piètre façon de décrire une voix… j'entendis une voix sombre, noire, dans mon esprit.
- Je te comprends.
Une voix étrangère qui semblait murmurer à mon oreille.
Mais pour moi, elle me semblait trop familière.
- Bien sûr. Je suis la même existence que l'émotion qui te traverse en ce moment. Maintenant, laisse-moi te demander. Es-tu en colère ?
En colère ?
Bien sûr que j'étais en colère.
La raison pour laquelle j'allais parfaitement bien face à la trahison du président, même quand Risen et les autres hurlaient presque à la lune, n'était pas parce que je ne savais pas me mettre en colère.
Mon point d'ébullition était simplement plus haut que celui de tous les autres.
Et donc même quand tout le monde était enragé, je pouvais rester calme.
Parce qu'il fallait beaucoup, beaucoup plus que pour tout le monde pour me mettre en colère.
Mais cela ne voulait pas dire que je n'étais pas en colère.
Juste que le point où j'exprimais visiblement ma colère était plus haut que celui de tous les autres… et quand elle brûlait, elle brûlait plus fort et plus férocement que quiconque !
- Cette rage… c'est la première fois que je ressens quelque chose de tel. C'est si beau. Ce n'est pas une colère ordinaire, rapide à s'allumer et rapide à retomber. Une colère qui brûle lentement, mais qui brûle plus intensément que quiconque ! C'était la colère que je voulais !
Au moment où je ressentis l'extase dans cette voix (qui semblait quelque peu en contradiction avec sa nature sombre) me traverser, je tournai mes yeux vers Nerkia et dis.
« J'ai besoin de pouvoir. »
« R, Reedan ? »
« Pour exécuter ce putain de bâtard. »
Le visage de Nerkia se tordit en me reconnaissant comme un ennemi à part entière.
- Très bien. Je te donnerai du pouvoir. À toi qui possèdes une colère pure et juste. À mon tout premier contractant, depuis la création de ce monde !
- Le prix ?
- Ahh. La colère qui m'a tant ensorcelé. Cela suffit amplement. Sois en colère, et encore plus en colère !
Le prix était simple. Mais son pouvoir était plus que suffisant pour retourner la situation contre Nerkia.
En tant qu'étudiant de l'académie des invocateurs, il n'y avait aucune raison pour moi de ne pas contracter avec une opportunité aussi bonne.
« Très bien, sur mon nom, Reedan Rekein, je te confie ma colère. »
« Merde, qu'est-ce que tu viens de contracter, Reedan ? »
En réponse à mes mots, Nerkia invoqua des élémentaires de haut rang de vent et d'eau pour me frapper, mais toutes ses attaques furent stoppées par Lady Aris.
Et.
- Kahahahaha ! En effet, c'est mon premier contrat depuis que ce monde a pris forme. Enchanté, maître de la colère ! Je m'appelle Colère. Colère, celui qui règne sur la Colère des Sept Péchés Capitaux ! Ceux qui sont les plus primordiaux et instinctifs parmi les Rois des Esprits. En tant que celui qui règne sur l'émotion, je suis un Roi des Esprits de l'Émotion !
Alors que Colère parlait, le monde se teinta de ténèbres.
Et ainsi, je… devins les véritables ténèbres du conseil des élèves de Yugrasia.
Et pour la première fois, je découvris que même en dehors des matériaux et de la nature du monde, les esprits existaient aussi au sein des émotions.