(―― Tiens, ce ne serait pas du savon ?) Tōru brûla les gobelins.
Lorsqu'il brûlait les gobelins, Tōru utilisa des bûches pour attiser le feu.
Le strict minimum pour fabriquer du savon, ce sont de la cendre de bois et de la graisse animale.
―― Les ingrédients nécessaires sont réunis.
Mais, mais…
La once de conscience qui subsistait en Tōru sonna l'alarme.
'Cela nettoie vraiment ?'
Si c'était un savon du diable qui ne faisait qu'étaler la puanteur de gobelin, ce ne serait nuisible qu'à bien des égards. Il ferait mieux d'oublier qu'il a vu ça et de l'enterrer sur-le-champ.
« Dis, Estelle. Y a-t-il du savon en vente à Finlis ? »
« Du savon… Ah, il me semble qu'il y en avait parmi les articles pour nobles. »
« Hein… C'est un produit de luxe ? »
« Il me semble que ça commençait à cinq pièces d'argent l'unité. »
« …… »
Cinq pièces d'argent — un simple savon à 50 000 yens…
… Ce serait gâcher de l'enterrer sans vérifier !
Faisant preuve de cet esprit « mottainai » typiquement japonais, Tōru descendit vivement au fond du trou.
Il pique avec un bout de bois et hume l'odeur.
« … Hum, ça a l'odeur d'un savon sans parfum ajouté. »
L'odeur est celle d'une huile légèrement rance.
La qualité est médiocre comparée à ce qu'il utilisait au Japon.
Mais la matière première, ce sont des gobelins.
Le simple fait qu'il ne sente pas le gobelin suffit.
« Reste à savoir à quel point ça décolle la crasse. »
Tōru découpa le savon avec son Épée magique et le fourra dans son <Espace de Stockage>.
Ensuite, après avoir comblé le trou et repris son souffle, Tōru scruta Estelle de la tête aux pieds.
Elle transpirait légèrement du fait du combat, mais n'était presque pas éclaboussée de sang.
Tōru, lui, était trempé de sang. Comme la fois précédente, il y avait non seulement du sang, mais aussi une substance inconnue, dont il préférait ignorer la nature.
« … Dis, Estelle, pourquoi tu es si propre ? »
« Quo!? I-imbécile, Tōru. Qu'est-ce qui te prend de dire ça sans prévenir !! »
À ces mots, la queue de cheval d'Estelle fit un bond vertical.
Elle rougit et son regard erra à droite et à gauche.
« Parce que tu n'as pas pris une goutte de sang de gobelin. Je me demandais quel était le truc. »
« … Hein ? Ah, c'est tout… Haa. »
Estelle lasciò tomber les épaules avec un grand soupir.
« Ne pas recevoir le sang des monstres, c'est parce que je réfléchis à ma manière de trancher et à mon positionnement. Au contraire, je trouve plus étrange qu'un épéiste de ton niveau se retrouve autant ensanglanté. »
Qu'Estelle nourrisse un tel doute n'a rien d'étonnant.
Tōru n'avait pas construit sa force depuis zéro ; il avait gonflé sa technique à la va-vite via son tableau de compétences.
Cet impact se manifestait ainsi par un « savoir-faire qui aurait dû être inné et qui fait défaut ».
« Je croyais bête et méchant que plus on tue de monstres, plus on se prend de sang, mais ce n'est pas le cas. »
« Si tu te prends du sang, les mains glissent, et si ça t'entre dans les yeux, la vue se brouille. Sur un champ de bataille, mieux vaut éviter de se salir. Simplement… »
Estelle coupa court, affichant une expression complexe.
« Il y a un aventurier de haut rang à Finlis qui s'enivre de sang exprès. Son arme, c'est une masse d'armes. Comme votre façon de combattre diffère totalement, inutile d'imiter le fait de se couvrir de sang. »
La masse d'armes est le nom d'une arme contondante de type gourdin.
Certes, avec une arme contondante, éviter les projections de sang est difficile.
Plus la force est grande, plus la zone d'impact « explose ».
« Tout ça compris, c'est un chantier pour la suite. »
Il n'aurait jamais assez de vêtements s'il finissait trempé de sang à chaque combat.
De plus, Tōru n'est pas du genre à supporter l'insalubrité. Depuis son époque japonaise, il avait conscience d'une propreté minimale en tant qu'adulte en société.
Tōru considérait comme inévitable de recevoir le sang en combattant des monstres, mais s'il peut l'éviter, il préfère ne pas s'en prendre.
Il se jura de réfléchir désormais un peu à sa gestion du combat.
***
Au bar attenant à la guilde, un aventurier buvait de la bière quand un duo d'aventuriers apparut à l'entrée.
L'un était une beauté remarquable, qui plus est jeune. Une femme dont tout homme voudrait faire la connaissance.
L'autre était un adolescent.
« ―― Bouh ! »
À la vue de cet adolescent, l'homme recracha sa bière en gerbe.
L'adolescent était ni plus ni moins maculé d'une quantité massive de sang, rouge comme une tomate.
Face à cette apparence anormale, les autres aventuriers buvant au bar prirent conscience.
Un murmure agité se propagea parmi les aventuriers.
« Ce gamin, l'autre jour… »
« Ah, ouais, celui qui s'était donné des airs… »
« … Était un être inférieur, c'est bien ça ? »
Quoi, un être inférieur…
Entendant ces propos, l'homme afficha un rire déformé.
Il avait cru un instant, en voyant cet aventurier « ensanglanté », que ce gamin était un monstre incomparable.
Mais s'il est un être inférieur, rien à craindre.
Les êtres inférieurs sont une race sans grande valeur combative.
S'il exerce comme aventurier, c'est sûrement grâce au soutien de la femme à ses côtés.
Posant sa chope, l'homme se dressa d'un bond.
Il se considérait bien plus digne de cette belle femme qu'un être inférieur.
Pourquoi elle accompagne ce gamin reste mystérieux, mais elle traîne avec lui par simple commodité.
Dans ce cas, il suffit de lui faire comprendre.
À quel point former équipe avec un aventurier fort est formidable…
« Hé, le gamin là-bas. »
L'homme interpella l'adolescent tomate.
Mais le garçon ne daigna même pas jeter un œil. Ignorance totale.
Face à cette attitude, le sang monta à la tête de l'homme.
Bas rang ou pas, il est rang E — un aventurier à part entière.
Il n'a pas assez déchu pour se faire ignorer par un être inférieur.
(Finalement, faut lui faire comprendre sa place à la force !)
L'homme serra les dents et lança son poing de toutes ses forces dans le dos de l'adolescent.
L'instant d'après,
« ―― Hein ? »
BAM, l'homme se retrouva plaqué au sol sur le dos.
Une douleur sourde se diffusa dans son dos.
Impossible qu'un simple être inférieur ait esquivé son attaque, il n'y songe même pas.
Alors, qu'est-ce qui…
Il n'avait pas la moindre idée de ce qui lui était arrivé.
Alors qu'il restait hébété un moment, une voix parvint à ses oreilles, lui glacant le foie.
« Qu'est-ce que tu fous dans la guilde ? »
C'était la voix de Graaf, instructeur affilié à la guilde des aventuriers, ancien aventurier de rang C.
Dès qu'il l'entendit, l'homme se releva vivement.
Le dos lui faisait un peu mal, mais heureusement il n'avait pas de blessure grave.
L'homme relevé, Graaf le toisa.
« … C'est toi le coupable. »
« Hein ? Non, je n'ai rien… »
« Tu t'en prends à un autre aventurier dans la guilde et tu oses te justifier ? Humph, il a l'air qu'il faille te corriger une bonne fois. »
« Non, attends, hé, attends… »
« Ta gueule ! Suis-moi sans broncher !! »
Face à la mine démoniaque de Graaf, l'homme, sans comprendre, ne put opposer la moindre résistance et se fit simplement traîner.