Il était une fois, le vent était glacial en effleurant leurs corps. Isella Evans gifla Carynne sur la joue et l'invectiva, et le reste appartient à l'histoire. Même cette mince affaire ne figura pas à l'inventaire de la vengeance accomplie de la main de Raymond. Aujourd'hui était le jour où Verdic Evans faisait faillite totalement, et Raymond gagnait.
D'innombrables personnes félicitèrent Raymond et lui dirent qu'elles assisteraient à son mariage. Cela ajouterait à son honneur et à sa gloire, disaient-elles. Raymond se pencha en avant et embrassa sa belle fiancée.
Carynne leva les yeux vers Raymond. Raymond baissa les yeux sur Carynne. Ses grands yeux violets étaient pleins de peur. Raymond entoura les épaules de Carynne de ses bras et la réconforta.
« Il n'y a rien pour toi à craindre. Verdic a désormais perdu tout son pouvoir. »
C'était plus que ce que Raymond avait espéré. L'une des principales affaires de Verdic avait fait faillite complètement. Raymond se concentra sur une partie de l'histoire de Carynne, qui relevait passablement de la spéculation.
« Sire Raymond, je... »
« Tu m'as aidée, et je serai avec toi pour le reste de ma vie. »
« J'ai peur. Je ne pense pas être de ce monde. Je sais que cela sonne incroyablement étrange, mais ce n'est pas ma première vie. On a véritablement l'impression d'un monde à l'intérieur d'un roman. »
Contrairement à tous les conseils réalistes et sensés qu'elle lui avait donnés auparavant, cette histoire onirique s'écoula de ses lèvres. Maintenant qu'il y repensait, le marquis avait parlé un jour de la mère de Carynne. Elle vivait dans un rêve, avait-il dit.
Pourtant, Raymond était disposé à respecter Carynne et ses rêves. Il veillerait à ce qu'elle puisse continuer à rêver.
Même si la réalité était froide et morne, tant que cette belle fille, qui était elle-même comme un rêve, pouvait continuer à s'immerger dans ses fantasmes, tout irait bien.
Cependant, Raymond reconnut que l'émotion derrière les yeux de Carynne était un peu trop imprégnée de résignation.
Malgré tout, comment aurait-il pu croire ce qu'elle disait ?
« Sire Raymond, je sais que tu ne me crois pas. »
Les yeux de Carynne semblaient le dire.
Mais quelle différence son acte de croire ferait-il ?
Puis, le lendemain même, Carynne mourut.
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Il était une fois, c'était une belle journée de printemps. Raymond devait trouver un prétexte convenable pour rompre ses fiançailles avec Isella Evans. N'y aurait-il pas une belle femme qui passerait par là tout à l'heure ? Râlant intérieurement, Raymond feuilleta ses notes. Vraiment, il était pathétique.
« Bonjour. »
« Oui... Bonjour, mademoiselle. Vous allez bien ? »
« Je vais bien. Vous m'avez sauvé la vie. Merci. »
« C'est la chose normale à faire. »
Raymond baissa les yeux sur la rousse nommée Carynne Hare. C'était une fille dodue, ronde. Raymond eut envie de piquer son ventre rebondi comme une balle, juste une fois, mais il dut réprimer cet élan. Il était sûr qu'elle détesterait ça passablement.
« Je me suis dit que ce serait bien si je prenais juste du poids. »
Carynne Hare s'assit à côté de lui et cracha ces mots. Raymond réfléchit à quoi répondre, mais il se souvint bientôt que Carynne avait été en danger tout à l'heure.
Pendant la fête, il était tombé sur la fille du seigneur du fief, encerclée par des voyous qui avaient manifestement de mauvaises intentions à son égard. Il l'en avait tirée, elle et la situation.
« Ils allaient me violer... Mmh. Pardon pour la formulation crue. Ce ne sont pas des hommes qui ne regarderaient que les apparences. »
« Ouais, mais je pensais que ça se passerait différemment, au moins. Quelle déception, ma vie. »
Raymond avait ouï-dire ça et là que Carynne Hare était une sacrée beauté plus jeune. C'est pour ça qu'elle avait grossi ? Raymond se rappelait que le père de Carynne était fou de sa fille.
« Je pensais que grossir voulait dire devenir plus forte. Que plus personne ne pourrait me tuer. »
« Je suis un homme et un soldat, mais même moi j'ai peur d'aller au combat à chaque fois. »
« Mais ce n'est pas le même cas pour moi. Je ne peux même pas marcher en sécurité dans ces rues. »
« Je suppose. On n'y peut rien. »
« Je suppose. »
« Dis donc, pourquoi cette femme lui parlait-elle longuement ? Était-ce parce qu'elle en était venue à s'enticher de lui ? Raymond jeta un regard de côté sur Carynne. »
« Quoi ? »
Cependant, au vu de l'expression sur son visage, ce qu'elle éprouvait pour lui était loin de l'entichement ou de quelque sympathie que ce soit. Au contraire, elle donnait l'impression de préparer secrètement la bataille.
Remarquant son regard, Carynne se tourna vers Raymond.
« Non, enfin. J'essayais de jauger si tu as le béguin pour moi, lâcha Raymond. »
« Je n'ai aucune intention de faire ça, alors tourne ton regard vers l'avant, si tu veux bien. »
Gêné, Raymond tourna son regard vers l'avant, comme elle le disait.
Pour une raison quelconque, son orgueil fut blessé. Avec cet orgueil enfantin, Raymond posa son carnet et se tourna vers Carynne.
« Mais je suis beau. »
« Je sais. Et je t'ai dit de tourner ton regard vers l'avant, non ? »
« Ai-je besoin de permission pour regarder ce que je regarde ? »
« Oui. »
« Je vois. »
Et Raymond pensa que, bien sûr, c'est impoli de regarder les gens sans qu'ils le veuillent. Comme il était d'accord avec ses sentiments, Raymond tourna à nouveau la tête.
« Elle va très bien, ceci dit. »
Elle était dodue, mais ses traits transparaissaient encore, et ses yeux étaient clairs. Quelle tête ferait Isella Evans s'il disait qu'il allait épouser cette fille ?
Elle pourrait être une bonne partenaire de vie. Peut-être qu'Isella ferait un caca nerveux et que tout virerait au chaos.
« Mon but dans la vie, c'est de vivre longtemps. Mais pourquoi ce rêve si simple est-il si difficile à réaliser ? »
« Heu... Courage. »
« Toi aussi, Sire Raymond. »
Les yeux de Carynne recelaient une ferme résolution.
L'instant où Raymond vit cela, il sut qu'elle le rejetterait s'il lui proposait le mariage. Raymond lui-même avait le risque professionnel de ne pas vivre longtemps.
« Mais pourquoi me parles-tu de ton but dans la vie ? »
« Ne tombe pas amoureux de moi. Et au cas où, ne me fais pas de proposition. Je suis là pour te le dire à l'avance parce que j'ai le pressentiment que tu vas me la faire, cette fois. »
Témoin de cette assurance d'elle, Raymond ne put s'empêcher de rire.
Elle avait l'air ridicule, mais elle était agréable à fréquenter. C'est pourquoi il trouvait d'autant plus regrettable qu'elle ne serait jamais en sécurité aux côtés de Raymond.
« En matière de femmes, je ne regarde que leur visage. Tu ne correspond pas tout à fait à mes critères. »
Allait-elle pleurer ? Raymond jeta un coup d'œil de côté pour voir la réaction de Carynne. La tête baissée, les dents serrées longuement, elle se leva ensuite de son siège.
« Plus que je ne le pensais... Sire Raymond, tu es ce genre de personne. »
« Regarde-toi toi-même avant de dire ça. Tu as surgi ici d'un coup, et tu dis ces choses. »
Carynne piétina une fois du pied et parla à nouveau.
« Mettons-nous d'accord pour ne plus jamais nous voir dans cette vie, d'accord ? Et une fois que c'est fait, continuons le même accord. »
« De quoi parles-tu ? »
Cependant, Carynne descendait déjà la colline en piétinant, soufflant tout du long. Raymond regarda sa silhouette s'éloigner avec un sourire aux lèvres.
« Elle est assez fascinante, quand même, un peu excentrique. Il souhaita qu'elle vive longtemps. »
« Mais alors, ce territoire tomberait bientôt entre les mains de Verdic Evans. »
Raymond s'assit à nouveau, soupirant en arrangeant son emploi du temps. Même une fille campagnarde aussi dingue s'effondrerait, deviendrait dépressive et complètement misérable une fois que Verdic ferait partie de sa vie. Tout comme Raymond.
C'est ce qu'il pensait en contemplant le manoir du seigneur du fief au loin.
Et puis, on apprit à Raymond que Carynne était morte.
Elle n'avait pas réussi à accomplir son but de vie.
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Il était une fois, c'était un jour d'orage. Raymond avait sauvé une fille d'une rivière.
« Je pensais vraiment pouvoir mourir cette fois. »
« Ce n'est pas encore ton heure de mourir, alors efforce-toi de vivre plus longtemps. »
Raymond regarda le visage cendreux de Carynne Hare. C'était la fille du seigneur du fief.
« S'il te plaît, ne pleure pas. »
« Putain de merde, je suis vivante, encore. »
Carynne pleurait, en jurant. On aurait dit qu'elle détestait le fait d'être en vie.
« Ai-je interféré avec ta tentative de suicide ? »
« Oui. Alors, peux-tu m'aider ? »
« Je n'en ai pas envie. »
« Je savais que tu dirais ça. »
Tout en refusant, Raymond enveloppa Carynne Hare dans une couverture. Il voulait qu'elle vive. Longtemps. Qu'elle soit heureuse.
« Mon fiancé est là. »
Toujours la couverture autour des bras, elle se leva. Maintenant, de loin, Raymond fixa la silhouette de la fille qui s'éloignait.
« M... Merci. »
Bégayant, le prêtre exprima sa gratitude. Recevant ses remerciements, Raymond répondit au prêtre.
« Ta fiancée a l'air de passer un sale quart d'heure, alors réconforte-la un peu. »
« C... Ce ne sont pas vos affaires. »
Bon sang. Raymond rit amèrement. Le prêtre le regardait avec le même regard qu'il voyait tout le temps dans la haute société, un regard qui le tenait constamment en laisse.
Ces deux-là n'étaient pas un couple heureux, mais ce n'était pas son affaire, tout comme on le lui avait dit. Si ces deux-là n'étaient qu'un couple ordinaire comme un autre, alors qu'en était-il de lui-même et d'Isella.
Il y avait des moments où Raymond aurait presque souhaité pouvoir tuer Isella. Juste parce que son père était un criminel.
Ces deux-là vivraient une vie assez correcte ensemble. Ce n'était pas son affaire. Même si Verdic planifiait de prendre le contrôle de ce fief et de leur enlever tous leurs droits, cette fille pourrait continuer à vivre avec le minimum de nourriture, de vêtements et d'abri.
Cependant, le regard dans les yeux de cette fille — le désespoir du fait qu'elle était en vie — resta gravé dans l'esprit de Raymond pendant longtemps.
Et, un an plus tard, on apprit à Raymond que Carynne avait fini par réussir à mourir.
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Il était une fois.
Carynne mourut,
Juste sous ses yeux, en tombant
vers sa mort.
Raymond posa une main sur ses yeux et les ferma.
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Amour, luxure, sympathie, camaraderie, des sentiments qui frôlent les lignes de l'amitié, à des sentiments qui franchissent les lignes de la dévotion brûlante.
Tant de ces émotions se mirent à tourbillonner.
Des émotions, trop nombreuses pour être comptées, pesèrent sur Raymond.
Un poids équivalent à cent ans.
Raymond dut souffrir de saignements de nez constants chaque matin, et d'insomnie chaque nuit.
Carynne.
Pourtant, la propriétaire de toutes ces émotions n'était plus de ce monde.
Elle est déjà morte.
Vais-je pouvoir mourir, cette fois ?
Raymond arma son pistolet contre sa tempe. Le métal froid et le poids qui pressait lui donnaient un sentiment de stabilité.
Mourrait-il et se donnerait-il du repos ? Serait-il capable de se souvenir de tout dans la vie suivante ? Tous les revenus de souvenirs à Raymond concernaient Carynne. Pas la vie suivante. Avec l'incertitude qui lui faisait face, il ne pouvait pas jeter les opportunités d'aujourd'hui.
Pas maintenant.
Cent ans de douleur ne suffisaient pas à le tuer maintenant. Raymond avait trop de travail à faire. S'il voulait découvrir quoi que ce soit de plus, il devait vivre. Raymond devait vivre.
C'était une tragédie, et c'était une comédie.
Raymond voulait mourir à cause de Carynne, et Raymond voulait vivre à cause de Carynne.