Les hommes-dragons provoqués ―― ou plutôt, vu leur point d'ébullition anormalement bas, ils avaient l'air furieux dès le départ ―― se jetèrent sur Izario dans une colère démesurée.
Leurs mouvements étaient d'une grossièreté digne de petits frites, mais leur puissance de combat était, elle, fort respectable. Les dix hommes-dragons avaient tous un niveau équivalent à des aventuriers de rang C. Le chef et l'individu à ses côtés semblaient encore plus forts.
Par la seule force brute, ils surpassaient une équipe d'aventuriers de premier plan.
Pourtant, leur équipement n'avait rien d'exceptionnel. Les hommes-dragons étant fiers de leurs écailles naturelles, peu d'entre eux portent des armures lourdes. Même en tenant compte de cela, ce qu'avaient sur le dos ces types ne pouvait pas être qualifié d'équipement de guerriers aguerris.
C'était du niveau de ce que portent des aventuriers de rang D, ou du haut du panier du rang E. Leurs armes, elles non plus, n'étaient pas particulièrement puissantes pour leur rang.
Une précipitation bagarreuse de sous-fifres, un équipement qui ne laissait pas deviner des troupes d'élite. Et pourtant, des stats très élevées.
Une unité pour le moins bigarrée.
Quoi qu'il en soit, quels que fussent ces types, ils n'étaient pas de taille face à Izario. Même avec de la fatigue résiduelle, on ne pouvait pas imaginer une seconde qu'Izario perde.
Si Fran avait l'air inquiet, ce n'était pas par doute sur l'issue du combat, mais par crainte qu'Izario ne s'épuise à nouveau.
« Uoooooooh ! »
« Crèveééé ! »
« Hahaha, ça ne suffit pas pour me tuer, ça ! »
« Kuso gaaa ! »
« Doryaa ! »
« C'est trop large, j'en bâille. »
Izario narguait ses adversaires tout en esquivant leurs attaques. Les hommes-dragons étaient déjà tombés dans son piège.
La rage leur montait à la tête au point qu'ils ne s'en rendaient pas compte, mais la température ambiante grimpait peu à peu.
Quand ils s'en apercevraient, il serait trop tard.
Comme prévu, au bout de cinq minutes environ, les hommes-dragons étaient à bout de souffle, incapables de bouger.
Mais le plus bizarre venait après.
Visiblement à leur limite, ils essayaient pourtant encore de se mouvoir. Surtout le chef, qui, tout chancelant, tentait toujours de se battre.
« Gubu… u… ugaaaa ! »
« Hé hé, y'a pas de quoi s'achever comme ça, voyons. »
« Gaaaaa ! »
Il vomissait sucs gastriques et bile, mais ne s'arrêtait pas pour autant. Ses yeux avaient clairement perdu la raison.
Cet état, je l'avais déjà vu quelque part.
Les hommes-dragons capturés dans le souterrain de Sendia. Au moment où le cristal maudit allait être détruit, ils avaient manifesté une frénésie tout aussi anormale. On ressentait quelque chose de très proche.
On supposa qu'ils étaient lavés de cerveaux par la compétence « Domination des dragons » du Roi-dragon.
Izario avait dû vouloir les capturer pour les interroger. Mais aucun d'eux ne cessa de se débattre, même une fois entravés.
Leur mana et leur force vitale s'amenuisèrent sans cesse, jusqu'à ce que les dix hommes-dragons rendent l'âme. On avait dû les conditionner mentalement pour qu'ils se battent jusqu'à la mort.
« Haa… désolé. Je comptais leur faire cracher le morceau, mais… »
Izario s'excusa avec un air navré, pourtant n'importe qui aurait obtenu le même résultat.
« Non. Seigneur Lame Cramoisie n'y est pour rien. C'était impossible. Ils subissaient une quelconque manipulation. »
« Tu penses aussi ? Les hommes-dragons, dans l'ensemble, méprisent les autres races, mais là, c'est trop. "Espèces inférieures ignares", qu'ils disaient. »
« Ils ne semblaient pas vous reconnaître non plus, Seigneur Lame Cramoisie. »
« Hé, je suis quand même une célébrité, moi. »
Izario avait lui aussi senti que l'attitude de ces types n'était pas normale. De notre côté non plus, c'était flagrant.
Tandis que nous regardions les cadavres, Frédéric plongeait dans ses pensées.
« Frérot des hommes-dragons, tu as une idée ? »
« Je connais ces hommes-dragons. C'étaient des soldats subalternes de l'enclave du Nord. »
« … Ceux-là, des sous-fifres ? Non, sérieux ? »
« Oui. »
Izario afficha une mine surprise. Il les avait nargués pour les provoquer, mais au fond il ne les prenait pas vraiment pour des faibles.
Moi non plus, je suis surpris. Ce niveau pour de simples soldats ? Ils avaient la force d'aventuriers de haut rang ? Pourtant, leur équipement, on disait que c'était du niveau subalterne, et ça collait.
C'est alors que Frédéric appela Fran, Izario et Shikimi. Visiblement, il avait quelque chose à dire qu'il ne voulait pas que les autres entendent.
« … Ils ont peut-être utilisé le "Secret du Dieu-Dragon". »
« Ryūjin no hiseki ? »
« Ouais. Un élixir magique qui, dit-on, a été développé par Trismégiste dans des temps immémoriaux, et qui fait faire un bond prodigieux aux capacités des hommes-dragons. Le fait que j'aie ce corps, je le dois aussi à ce médicament. »
« Ce n'était pas grâce à tes capacités de demi-homme-dragon maudit ? »
« C'est aussi vrai. Plus exactement, j'ai bu le Secret du Dieu-Dragon, je suis devenu plus fort, mes capacités se sont renforcées, et du coup j'ai pu absorber davantage de miasme. »
« Je vois. Cet élixir a l'air sacrément vicieux. »
« Les effets secondaires le sont tout autant. »
Apparemment, c'est un remède interdit qui ne circule que chez certains hommes-dragons. Seules les prêtresses en connaissent la recette, et sa détention même est strictement contrôlée.
Son effet : stimuler le facteur draconique transmis chez les hommes-dragons pour amplifier leurs capacités de façon permanente. Ce n'est pas temporaire ; une fois bu, on gagne une force définitive.
Pour un homme-dragon, c'est un médicament aux effets prodigieux. Devenir plus fort sans même monter de niveau.
Mais les effets secondaires sont tout aussi prodigieux.
D'abord, le corps étant refait à neuf, le choc de rejet est énorme : la moitié des buveurs meurent sur le coup. C'est déjà terrifiant, mais parmi les survivants, la moitié supplémentaire voit son corps se déformer de façon monstrueuse et meurt en quelques jours.
Bref, 75 % de ceux qui le boivent y laissent la vie. Que Frédéric soit là, sain et sauf, relève du miracle, je l'ai bien compris.
« Ce n'est pas une info à crier sur les toits, alors je vous prie de ne pas la répandre. »
« Compris. »
« Bien sûr, frangin. Mais ils étaient soldats subalternes à la base, tu dis ? Ils ont pu supporter les effets secondaires ? »
« En fait, il existe un moyen de les atténuer. »
« Ho ? Alors on pourrait l'utiliser plus à la légère, non ? »
« Non. Cette méthode, c'est de rogner considérablement sa durée de vie. »
Le Secret du Dieu-Dragon, c'est une rasade, une gorgée de liquide. L'avaler déclenche le renforcement.
Mais si on n'en boit que quelques gouttes ? On obtient environ la moitié du renforcement, et on évite la mort immédiate.
Sur le papier, c'est le meilleur des résultats.
Mais un piège s'y cache. En restant à un renforcement incomplet, la charge sur les parties non renforcées est multipliée par des dizaines, et au final, on raccourcit sa vie. Et on meurt dans les dix jours, grand maximum.
Les hommes-dragons qui se sont battus contre Izario sont morts parce qu'ils ont ignoré cette charge et ont donné à fond jusqu'au bout, sans doute.
On fait boire à ses subordonnés lavés de cerveau un renforcement qui les tuera à coup sûr, et on les envoie au combat. Le Roi-dragon est vraiment une ordure finie !
« Le Roi-dragon, hein… Là, on ne peut plus le laisser faire. »
La voix d'Izario, en murmurant cela, portait une intention de tuer comme je ne lui en avais jamais connue.