Trois jours s'étaient écoulés depuis qu'on avait arraché, bon gré mal gré, l'accord du Saint Pays de Shirad.
Des unités de divers pays affluaient sans cesse vers Nocta.
Les soldats qui ne rentraient pas dans la ville avaient dressé des tentes devant les portes et y stationnaient. Près de cinq cents tentes de tailles diverses s'alignaient devant la porte sud, d'où s'élevait la fumée des feux de cuisine.
Le chiffre exact restait inconnu, mais on comptait environ mille aventuriers venus des villes voisines et des hommes-dragons dépêchés depuis chaque enclave. S'y ajoutaient quelque quatre mille chevaliers et soldats fournis par les pays ayant répondu à la convocation.
Certains États mineurs se contentaient d'envoyer une dizaine d'hommes pour faire bonne figure, si bien qu'il était impossible de dire précisément quel pays fournissait quel contingent.
De plus, toutes les forces n'étaient pas rassemblées à Nocta.
Cinq autres villes avaient été désignées comme points de ralliement, et l'ensemble mobilisait plus de trente mille hommes, semblait-il.
Et même ce nombre ne représentait qu'environ la moitié des effectifs prévus.
C'était la conséquence des lourdes pertes subies lors des combats contre les Géants.
Nocta, Sendia et Burtoli avaient réussi à les abattre avec des dégâts limités. Mais, naturellement, tout ne s'était pas passé aussi bien partout.
Certaines villes avaient réussi à éliminer les Géants apparus en engageant des hommes-dragons et des renforts venus de l'extérieur de la barrière.
Mais pouvoir les vaincre avant leur réveil était encore le meilleur des cas ; certaines cités avaient été réduites à moitié en ruines par l'assaut de Géants déjà en mouvement.
Il paraît qu'ils se mettent en route quand ils perdent une certaine quantité de liquide amniotique. Certains Géants dormaient encore, mais plus de la moitié s'étaient déjà éveillés et continuaient de semer le chaos sur tout le continent.
Les soldats et chevaliers de chaque pays avaient eux aussi subi d'énormes pertes, et nombreux étaient les États qui n'avaient plus aucune marge de manœuvre militaire. Pire, plusieurs pays avaient vu leur commandement, généraux inclus, anéanti.
Des cadres du Comité de gestion étaient également arrivés à Nocta et discutaient actuellement de la marche à suivre.
On y trouvait les généraux et chefs d'unité de chaque pays, quelques généraux hommes-dragons, des aventuriers de haut rang comme Izario ou Fran, des représentants de compagnies de mercenaires — une cinquantaine de personnes au total.
Ils s'étaient réunis au premier étage d'un établissement médical en forme de tour. Sur ce continent, les centres de soins prenaient tous cette forme. Mais peu étaient aussi grands et influents que celui de Sendia. À l'origine, cet étage servait de salle d'attente pour les patients, donc l'espace ne manquait pas.
Les bancs étaient trop lourds pour être déplacés et on les utilisait tels quels. On aurait dit la salle d'attente d'un grand hôpital terrestre, sauf que des messieurs importants en armure y étaient assis, l'air grave.
La scène avait quelque chose de grotesque, et je faisais de mon mieux pour ne pas rire. Le fait que la plupart de ces messieurs n'aient pratiquement aucun droit de parole ajoutait une touche surréaliste.
Ceux qui étaient assis par là étaient les représentants de petits États incapables de s'opposer aux décisions des grandes puissances.
Au fond, ils devaient penser qu'on vienne leur annoncer le résultat plus tard. Mais ils ne pouvaient pas ne pas assister à la réunion en tant que représentants de leur pays, et ils n'avaient pas le droit de piquer du nez.
Certains chevaliers se pinçaient la cuisse avec un air sérieux pour chasser le sommeil.
Une douzaine ou une quinzaine de personnes au total prenaient la parole pendant la réunion.
Ah, Fran disposait tout de même du droit de parole. La Fran actuelle n'était plus une simple aventurière.
Fran était traitée en représentante du royaume de Bérios. Elle assistait à la réunion aux côtés de l'amiral Brunen.
Le royaume de Bérios n'égayait pas les deux grandes puissances du continent nord, mais il était classé parmi les grandes puissances à l'échelle mondiale. Sa puissance nationale était élevée, sa marine assez forte. Celle-ci n'avait guère de travail hormis une expédition vers Goldicia tous les quelques années. Comme Weinaleen y était d'ordinaire embarquée, on la jugeait plus puissante qu'elle ne l'était en réalité. De plus, la présence d'une académie de magie dans le pays assurait un très grand nombre de mages militaires. C'était indéniablement une force d'élite en petit nombre.
Et maintenant, en plus de Fran l'aventurière surnommée, ils étaient aussi les employeurs de l'école Demitris menée par un aventurier de rang A.
Cette fois, bien qu'ils n'aient pas amené beaucoup de troupes ordinaires, ils avaient réuni de nombreuses forces d'élite capables d'agir sur le front.
On pouvait dire que le royaume de Bérios figurait parmi les cinq pays les plus importants de cette conférence.
Même ainsi, il n'atteignait pas le niveau de Snorabbit dirigée par sa reine qui était une forte, ni celui du pays des démons.
De toute façon, quand ils passeront à l'action par la suite, Fran agira en tant que membre de la guilde des aventuriers. Hiltoria et les autres feront probablement de même.
Pourtant, Fran se comportait en ressortissante de Bérios parce que Brunen le lui avait demandé. D'un point de vue d'intérêt national, il voulait sans doute pouvoir affirmer que leur pays avait fourni une force majeure.
Parmi les membres du Comité se trouvait aussi William, disciple de Weinaleen et elfe musclé. Il occupait le poste de conseiller magique et semblait bien plus important que nous ne l'imaginions.
Fondamentalement, le Comité de gestion menait les débats et les autres organisations se contentaient de les entériner.
La directive pour les forces rassemblées consistait à former plusieurs unités d'élite triées sur le volet pour écraser les Géants autour de Nocta. Les autres unités se consacreraient principalement à la reconnaissance, au renseignement et au soutien des divers fronts.
Par ailleurs, les hommes-dragons de l'enclave du nord étaient absents. Pas parce qu'on ne les avait pas convoqués, mais parce qu'ils n'avaient pas répondu à l'appel. Quand le messager s'y était rendu, les hommes-dragons s'y trouvant avaient soudainement disparu.
C'étaient bien, sans doute, des subordonnés du Roi des hommes-dragons. Et la probabilité qu'ils soient impliqués dans cette anomalie venait d'augmenter.
En examinant la répartition des unités annoncée après la réunion, Fran faisait naturellement partie de l'unité d'élite. Parmi les autres noms figuraient ceux d'aventuriers comme Mear, Hilt, Colbert et Diggins.
S'y ajoutaient le Saint Pays de Shirad, les porteurs d'épées divines du Stratès Hagane, les nains, les démons et leurs reines. Également l'homme-dragon Chelsea, la mercenaire Zarutta Camellia, la chevalière Yagiruel, et d'autres.
C'était une équipe rassurante, mais cela signifiait aussi que la haute direction estimait nécessaire de rassembler une telle force.
La méthode habituelle aurait consisté à envoyer des troupes depuis les environs des points d'apparition des Géants pour les vaincre par le nombre.
Mais cette fois, on passait trois jours à regrouper soigneusement les forces. On avait sans doute jugé qu'engager les troupes au compte-gouttes serait vain. Cela montrait aussi que le Comité considérait les Géants déjà en mouvement comme d'une force exceptionnelle.
« Ça va être un boulot où on ne pourra pas lâcher prise. »