À notre arrivée à Sendia, de nombreux aventuriers gardaient les remparts. Ils devaient se méfier d'une nouvelle apparition du géant anti-magie, le type colosse.
À peine entrés en ville, les passants nous lançaient des regards. Mais leurs yeux ne se portaient pas sur Izario, ils allaient vers Fran. Ces regards n'avaient rien d'hostile, bien au contraire, ils étaient accueillants.
On nous interpella même par moments. « Compagne de la Sainte », « Princesse chatte noire », on l'appelait de toutes sortes de noms.
La plupart venaient remercier celle qui avait sauvé la ville et la Sainte. Izario est célèbre lui aussi, mais dans cette ville, c'est Fran qui a la cote en ce moment.
« Hé, t'es vachement populaire, toi. »
« Vraiment ? »
Izario ricanait en lui tapotant l'épaule pour la taquiner. Simplement, Fran a vu la popularité d'Izario à la guilde, et celle de Sophie dans cette ville. Elle a aussi connu un accueil triomphal au village des chats noirs.
C'est sans doute pour ça qu'elle ne considère pas ça comme une popularité exceptionnelle.
Tandis qu'elle avançait en rendant vaguement les saluts, elle croisa une connaissance.
Je ne me rappelle pas son nom, mais c'était une racaille, un subalterne de l'Association des hommes-bêtes. Un vieux de la tribu des rats. Je l'avais vu plusieurs fois avec Mear.
« Grande sœur ! Vous êtes de retour ! »
Il l'appelait « grande sœur » en riant de bon cœur. Pour les hommes-bêtes, Fran est une idole admirée.
« Vous savez où sont Mear, Sophie et Belmélia ? »
« Hey ! Si c'est les grandes sœurs, elles doivent être à la planque juste là ! Par contre, pour Belmélia, c'est la gamine dragonkin, non ? Elle ne s'est pas montrée ces temps-ci. »
« Et les types de Shilard ? »
« Eux, ils doivent être à l'auberge, non ? »
Bon, ils sont encore en ville.
« Je vous emmène jusqu'à elles ? »
« Merci. »
« Hey ! »
Fran devait confirmer que Mear et Sophie allaient bien pour être tranquille. Obtenir la coopération des notables de la ville est important, donc Izario n'avait pas l'air de s'en plaindre.
En marchant, on nous a raconté ce qui s'était passé lors de l'apparition du géant.
Un colosse était apparu près de Sendia, plongeant la ville dans la confusion. Après avoir repoussé une horde de démons, se faire attaquer à nouveau par une meute, c'était inédit.
En plus, les remparts effondrés n'étaient toujours pas réparés, et la réorganisation n'était pas finie. C'était le pire moment pour être attaqués.
Malgré tout, la Tour, l'Association des hommes-bêtes, les dragonkins et la guilde ont coopéré pour tenter de résister. La présence de la Sainte, de Mear et de Belmélia remontait le moral des troupes.
Mais là, un renfort inattendu est surgi.
Une armée a surgi pour prendre le géant et ses subordonnés par derrière. C'étaient les chevaliers du Saint Royaume de Shilard.
Grâce à eux qui ont attiré les démons, la ville a été quasi épargnée, il n'y a eu que quelques blessés à cause des tremblements de terre.
Finalement, les forces de la ville ont attaqué de front les démons distraits par les chevaliers saints et ont réussi à les anéantir.
Les chevaliers saints ont subi de lourdes pertes. Le type-rat les a loués pour avoir changé d'avis sur eux.
« Bon, nos attaques marchaient pas sur le gros tas, mais là c'était le tour de la grande sœur Mear et de la Sainte. Elles ont collaboré avec les chevaliers de l'Épée Divine et ont plié le gros en un rien de temps ! »
Adol seul aurait pu le battre, mais avec Mear et les autres en renfort, ça a dû être une formalité. Cela dit, des chevaliers saints qui se sacrifient pour sauver Sendia ?
Avec leur conscience d'être le peuple élu, ils devraient mépriser une ville hors-la-loi. Adol n'a aucune raison de sacrifier ses subordonnés pour aider Sendia.
Le Shilard que j'imagine aurait plutôt laissé les démons à Sendia pour rafler la mise ensuite.
Enfin, on a appris que Sophie allait bien et que les chevaliers saints ne faisaient rien de louche en ville.
Tandis qu'on discutait avec l'homme-bête, on arriva rapidement au bâtiment visé. Le gardien de l'entrée connaissait Fran et nous fit entrer sans difficulté.
« Oh ! Fran, c'est toi ! Tu es revenue ! »
« Mear, t'as rien eu ? Le démon géant, Shilard... »
« Hum, nous n'avons presque pas eu de dégâts. Les chevaliers saints, eux, ont pas mal morflé, par contre. »
Sophie est ailleurs, apparemment. C'est Mear seule qui est venue nous accueillir.
« Ce monsieur là-bas... N'est-ce pas seigneur Izario ? »
« Ah, c'est la fille du Roi des Bêtes, si je me trompe pas ? »
« Vous vous connaissez ? »
« On s'est salués, c'est tout. Disons que je connais Izario seigneur de façon unilatérale. En tant que manieur de flammes, je ne peux pas l'ignorer ! »
Dans les yeux de Mear brillait un respect pur. Elle manipule le feu par sa race et sa classe, mais elle vénère Izario comme un supérieur.
Elle a dû rassembler pas mal d'infos, même si elles ne se sont rencontrées que quelques fois.
« Ah, serrez-moi la main ! »
« Je crois qu'on l'a déjà fait, non ? »
« Je veux le refaire autant de fois ! »
« Bon, d'accord. Mais dites-moi, j'ai entendu dire que les chevaliers saints de Shilard ont aidé la ville, c'est vrai ? »
« Ah, ça... »
Mear ricana en nous donnant la vraie version.
« Pour nous, c'est une chance : ils se sont fourrés dedans tout seuls. »
Les chevaliers saints n'ont pas cherché à sauver Sendia. Le géant est simplement apparu devant eux.
Ils ont d'abord essayé de fuir, mais ils se sont retrouvés encerclés par les démons qui surgissaient sans fin. La version réelle, c'est que Sendia a su en profiter.
Mear a entendu parler du pacte entre le Saint Royaume et le médecin-chef, mais comme Adol est passablement épuisé, elle pense qu'il n'essaiera pas d'attaquer Sophie pour l'instant.
Shilard a sans doute voulu grappiller un peu de profit en disant qu'ils avaient aidé. Alors qu'ils s'étaient juste fait prendre dedans, c'est culotté.
Pendant qu'on parlait avec Mear, une nouvelle silhouette apparut au fond. Le serviteur de Mear, Quina.
« Je viens d'envoyer un messager, la Sainte devrait arriver sous peu. »
Elle a ordonné à un subalterne homme-bête d'aller chercher Sophie.
« Hum, tu as de l'à-propos, Quina ! »
« Je ne suis pas comme certaine demoiselle qui fait la conversation debout sans même servir le thé. »
« Ko, kof ! J'allais le faire ! Apportez le thé ! »
« C'est déjà prêt dans la pièce du fond, s'il vous plaît. »
« Fuh, fuhahaha ! Mon subordonné est compétent, n'est-ce pas ? »
Toujours la même relation maître-serviteur.