Les citoyens qui acclamaient Fran et les autres sous une ovation tonitruante semblaient eux aussi épuisés. Beaucoup ne purent tenir plus longtemps et s'effondrèrent assis.
Certains étaient également blessés. La cause ne semblait pas être seulement les combats.
Ils ont dû se blesser en sortant des soldats et des aventuriers des décombres des remparts détruits par le canon magique.
D'autres encore avaient trop forcé leur voix en chantant et s'étaient abîmé la gorge.
Parmi ces gens, c'est surtout l'état de Sophie qui était grave.
Le bout de ses doigts, qui jouaient de la harpe, était couvert de sang, et ses ongles s'étaient arrachés. Elle a dû subir une charge considérable.
Son visage avait perdu toute couleur, et on ne sentait presque plus de mana en elle. Elle avait dépensé toute son âme. C'est exactement cet état-là.
Pourtant, Sophie les accueillit avec un sourire, malgré sa fatigue.
« Tous. Merci d'avoir sauvé Sendia. »
« C'est grâce à Sophie et aux autres. C'est à nous de dire merci. »
« C'est exact ! J'aimerais bien organiser un banquet, mais… Un peu de somnolence… »
« Moi aussi… »
Fran, Mear et Belmaria semblaient sur le point de s'effondrer. Ils étaient trop épuisés pour retenir leur sommeil.
« Gaoooo ? »
« Lind ! Tu vas bien ! Merci ! »
« Gao ! »
Alors que la silhouette de Lind commençait à s'estomper, la télépathie l'atteignit juste à temps. Il poussa un cri et disparut.
« Milady, allez-vous bien ? »
« Et toi, ça va ? »
« Pas au point de m'endormir ici. »
« On ! »
« Uru, j'ai sommeil. »
« On on ! »
Zephmate et Urushi ne semblaient pas au point de s'endormir sur place. Il y a bien des différences individuelles, après tout.
« Unyu… »
« O, on ! »
Urushi se précipita pour soutenir Fran qui titubait, en se collant à elle.
« Allons quelque part à l'intérieur d'un bâtiment. »
« A, je vais guider ! »
« Fran, encore un petit effort. »
« Umyu. »
« On ! »
« Milady, par ici. »
« U, mu… »
« La jeune dragonienne aussi, par ici. »
Zephmate prêtait l'épaule à Mear tout en tirant tant bien que mal la main de Belmaria. Je peux leur faire confiance pour ça.
Sophie guida Fran et les autres vers une maison proche. Apparemment, c'était la propriété de quelqu'un qui avait participé aux volontaires. Elle sert d'entrepôt d'habitude.
Je fis mine que Fran les sortait de son stockage dimensionnel, et étendis des futons par terre. Cinq ensembles devraient suffire pour l'instant ?
Urushi et Zephmate y couchèrent les filles.
« Bonne nuit, Fran. »
« Nn… suu… »
Elle était à sa limite. Fran hocha légèrement la tête et plongea dans le monde des rêves. Mear et Belmaria dormaient déjà.
« Urushi, comment ça va ? »
« … Ofaa~ »
Urushi et Zephmate avaient aussi l'air fatigués. Mais s'ils s'endorment ici aussi, je m'inquiète pour la protection de Fran et des autres.
D'ailleurs, comment se passe mon propre contrecoup ?
Déjà, la malveillance s'est complètement calmée. Les compétences semblent encore utilisables, mais…
« Fenrir ? Annonce ? »
« Maître, c'est fini ? »
[Confirmation de l'atténuation de la malveillance. Prédiction : fin du combat]
« Vous ne voyez pas ? »
D'habitude, Fenrir et Annonce peuvent voir l'extérieur depuis moi. En fait, les deux semblaient bien au courant de mes actions.
[Pour arrêter l'emballement de la zone d'activation, toute la capacité de contrôle a été utilisée. Pendant ce temps, toutes les informations du monde extérieur étaient bloquées.]
« En gros, vous avez tout donné, donc vous ne saviez rien du tout. Bon, on a gagné, non ? Avec tout ce mana et cette malveillance, impossible de perdre. »
« Ah, l'antimage a été anéanti. Du coup, qu'est-ce qui m'attend ? Si le contrecoup me cloue au lit longtemps, la protection de Fran m'inquiète. »
Pour l'instant, aucun signe de contrecoup qui fonce sur moi. Je ne ressens pas vraiment cette fatigue comme lors de la libération du potentiel latent.
« Rassure-toi. Le contrecoup pour le maître et Fran, on le répartit et on l'encaisse nous-mêmes. »
[Affirmatif. Les deux ne devraient subir qu'une fatigue légère.]
« Hein ? Fenrir et vous prenez la peine à notre place, pour Fran et moi ? Ça va vraiment ? »
« Peut-être qu'on ne pourra plus contacter le maître un moment, mais c'est tout. Pas question de disparaître, alors sois tranquille. »
« Même si vous dites de me rassurer… En plus, encaisser le contrecoup de Fran… Est-ce seulement possible ? »
« C'est parce que ce qui s'est manifesté chez Fran, c'est la bestialisation divine. Nous, on est d'anciennes bêtes divines, tu vois ? Tant qu'il reste ne serait-ce qu'un fil de connexion, on gère. »
C'est parce qu'ils sont d'anciennes bêtes divines qu'ils peuvent interférer avec la bestialisation divine, apparemment. Fenrir prendrait la fatigue et le prix de Fran, et le partagerait encore avec Annonce.
[Ceci est une mesure pour assurer la sécurité de l'équipée, individu nommé Fran. Si la personnalité principale, individu nommé Maître, s'endormait, la sécurité de l'individu nommé Fran en pâtirait.]
« C'est ça. Pouvoir s'entraider comme ça, c'est notre force, non ? »
« … Vraiment, il n'y a pas de risque que Fenrir et Annonce disparaissent ? »
[Affirmatif. Entrée en dormance pour une période déterminée, mais retour possible à court terme.]
« Au pire, je dirais quelques semaines. »
« Je vois… »
Certes, pour Fran, c'est une chance que je reste éveillé. Ici, je devrais compter sur Annonce et les autres.
« Toujours, désolé. Je ne fais que compter sur vous, Annonce. »
[Non. C'est nous qui remercions.]
« Annonce a raison. Nous, qui n'attendions que la disparition, on a un travail qui vaut le coup, même de travers. Y'a que de la gratitude. »
[Affirmatif. Conformément aux dires de l'individu nommé Fenrir. Gratitude à l'individu nommé Maître, à l'individu nommé Fran.]
« Nos autorités ne disparaissent pas. Disons qu'on est en congé pour un moment. »
La capacité d'absorption de pierres magiques de Fenrir. Les fonctions de traduction et d'annonce qu'Annonce supporte. Apparemment, elles restent utilisables comme avant.
« Compris. Et il y a encore une chose qui me tracasse, je peux demander ? »
« Encore un petit moment, je devrais pouvoir parler. »
« Ce roi-loup épée, Fenrir, c'était quoi au juste ? »