Le lendemain, après avoir demandé au maître de guilde Preal de recueillir des informations.
Nous nous dirigions vers le centre-ville. La veille, nous avions déjà fait le tour des quartiers résidentiels et des grandes artères.
'Ce grand bâtiment ?'
'Ouais. Cette tour serait le siège de l'institut de soins. Il parait qu'en plus des cliniques, il y a les logements des cadres, des laboratoires de recherche, et j'en passe.'
« Hé. »
Fran l'esquive avec désintresse, mais aux standards de ce monde, c'est une installation assez avancée.
Des salles de consultation propres, des installations d'entraînement pour former des mages de guérison, et même un institut de recherche pour la chirurgie magique : c'est comme un hôpital universitaire japonais.
Dans ce cas, il est plausible que la direction soit pourrie.
Un hôpital universitaire tour blanche. C'est exactement ça. Sûrement des pots-de-vin lors de l'élection du professeur et des visites générales. Ce doit être un marécage de luttes de pouvoir sordides et inextricables.
'Maître ?'
'Désolé, j'étais dans mes pensées. La réputation de l'institut n'est pas mauvaise, mais une grande organisation ne peut pas fonctionner uniquement sur de belles paroles. Ne baisse pas ta garde.'
'Mm.'
J'ai demandé brièvement des nouvelles de l'institut dans des échoppes et autres, mais ce n'était que des louanges. Le vieux qui tenait boutique m'a même donné des infos inutiles, genre les infirmières sont belles, le docteur a une grosse poitrine.
Pour les citoyens ordinaires, ce ne sont que des gens bien qui soignent correctement par la magie moyennant finances. Enfin, le vieux de l'épicerie est peut-être juste berné par leur séduction.
J'ai aussi interrogé discrètement des femmes croisées dans la rue sur leur réputation.
« Hé. »
« Ah ? Qu'est-ce qu'il y a, ma p'tite ? »
« Cette tour, c'est bien l'institut de soins ? »
« Oui, c'est ça. Vous êtes une aventurière de l'extérieur ? »
« Mm. Je viens d'arriver en ville. L'institut est énorme, j'suis surprise. »
« C'est vrai ? On dit que les instituts des autres villes ne sont pas si grands. C'est rare, peut-être ? »
« Mm. »
Même si on l'appelle ville illégale, depuis longtemps des gens ordinaires y vivent en nombre. Ils mènent une vie pas si différente de celle des gens ordinaires des autres continents.
J'ai abordé une tante qui avait l'air bavarde et prévenante, et bingo.
Elle ne semblait pas se poser de question particulière sur Fran, et répondait à mes questions. En fait, elle en a donné bien plus que demandé.
Au final, je n'ai appris que la haute réputation de l'institut.
Mais ce n'est pas bizarre ? Après avoir autant entendu, est-ce possible qu'aucune rumeur négative ne sorte ?
Cette perfection est au contraire suspecte. C'est parce qu'ils ont des choses à se reprocher qu'ils jouent les organisations vertueuses ?
Hein ? Je réfléchis trop ? Parce que ça ressemble à la Tour Blanche, je deviens parano ? C'est mon cerveau dramas ?
Certes, je les regarde avec des lunettes teintées, c'est sûr. Mais une grande organisation qui tient le pouvoir et les intérêts ne peut pas être irreprochable ! J'accepte pas d'objection !
'On fait quoi ?'
'Pour l'instant, on fait semblant d'être des patients et on enquête à l'intérieur. Ça te va ?'
'Mm. Laisse faire.'
Fran hocha la tête à mes mots et posa ses deux mains sur son ventre.
Ça fait mal, mon ventre...
'Ooh.'
Quelle réplique lue à plat, d'une fraîcheur incroyable ! Je lui décerne le titre de reine du radis !
'Peux-tu pas faire un peu plus mal ?'
Ça fait mal...
'Essaie de faire une figure de souffrance ?'
C'est douloureux...
'Tu n'as pas l'air d'aller mieux, là ?'
Mm !
Mince, j'aurais peut-être dû garder la compétence Jeu d'acteur. Non, je l'ai réacquise il y a peu. J'ai bien Jeu d'acteur : Nv1.
'Fran. Active ta compétence Jeu d'acteur et refais-le.'
Ita-ita-ta...
C'est activé ? Ça l'est. Et ça donne ça.
Fran doit désespérément manquer de talent pour le jeu.
L'Escrime : Nv1 acquise par l'entraînement par quelqu'un de doué physiquement, et l'Escrime : Nv1 forcée par un outil magique par quelqu'un de nul physiquement, ont évidemment des effets différents.
C'est pareil : il y a un gouffre entre la compétence Jeu d'acteur acquise par quelqu'un de talentueux, et celle qui m'a été donnée et que Fran n'a pas le talent d'utiliser.
Parfait.
'Bon, ça ira ? On a juste à se faire ausculter.'
C'est ainsi que nous nous dirigions vers l'institut, mais nous n'avons pas pu l'atteindre.
Juste devant, on est tombés sur un grabuge.
Je vais les buter !
Vous croyez que je vais me laisser faire !
Retrouvez les gars de la Guilde du Roi Dragon !
On a vu des hommes-bêtes sur le pied de guerre traverser la grand-rue. Ambiance menaçante.
'Maître, on fait quoi ?'
'Pour l'instant, on efface notre présence et on les suit.'
'Compris.'
'Au pire, on fera suivre par Urushi, alors tiens-le prêt.'
'Ouaf !'
Aujourd'hui, Urushi faisait la sieste dans l'ombre. Pas de combat prévu, et pas de grignotage possible. Autant le faire bosser un peu.
Fran a coupé sa présence avec ses compétences et sa magie, et s'est élancée dans la direction où les hommes-bêtes avaient disparu.
Les hommes-bêtes dégageaient une aura violente, on savait où ils étaient même de loin. Le pistage était facile.
En plus, en approchant, on sent que leur nombre augmente. Une dizaine d'hommes-bêtes couraient dans les ruelles.
Et au bout, un nombre équivalent d'hommes-dragons les attendaient.
Armes nues brandies des deux côtés, l'atmosphère était telle qu'un massacre n'aurait pas surpris.
'Quel que soit notre intervention, ça sent le pépin...'