Le lendemain de l'extorsion d'informations auprès de Gazol.
Nous nous dirigions vers la guilde des aventuriers dès l'aube. Pour collecter des informations.
Dans une ville normale, on aurait grignoté en marchant, mais ici, les étals de rue sont quasi inexistants. La nourriture est déjà rare à la base, et avec la saison anti-magie, tout le monde privilégie les réserves.
Du coup, Fran tue le temps en déambulant sans but. Elle n'est tout de même pas assez insensible pour sortir des brochettes de son stockage dimensionnel ici.
Bon, c'est moi qui l'en ai empêchée, ceci dit.
« Pas de tribu du chat bleu. »
« C'est la grande artère, après tout. »
En passant quelques jours dans cette cité, on a bien compris que le territoire des citoyens ordinaires et celui des hors-la-loi étaient nettement séparés.
Les hors-la-loi ne mettent pas les pieds sur les grandes artères ni dans les quartiers résidentiels, et s'ils y entrent, ils se tiennent tranquilles. Pareil pour les zones où la guilde des aventuriers a de l'influence : ils s'en tiennent à l'écart.
L'auberge où loge Fran est fréquentée par les aventuriers, donc elle est sûre.
Si la sécurité se dégrade trop, les gens de l'extérieur ne viendront plus, et l'importation de marchandises s'enrayera. Les hors-la-loi l'ont bien compris, visiblement.
On traverse les grandes artères en toute sécurité et on arrive à la guilde. L'intérieur a toujours cet air miteux.
Fran se dirige vers le comptoir et s'assoit devant Purel. Patron de guilde, mais il fait barman tous les jours ?
C'est peut-être pour surveiller les gars dangereux, mais son vrai travail, il va bien ?
« Un jus. »
« Le bas de gamme ça va ? »
« Ouais. »
C'est le même jus que celui qu'on a bu à la taverne hier soir. Pendant que Fran le boit en faisant la grimace, Purel ouvre la bouche.
« J'ai un truc à demander. »
« T'as pas mal remué les choses en peu de temps, on dirait ? »
« Hein ? »
« Pourquoi tu fais cette tête là ! »
« J'ai juste fait des sondages. »
C'est pas nous qui avons cherché la bagarre, et Fran, elle, n'en a vraiment conscience.
« Combien t'en as mis au tapis ? »
« Heu… ? Beaucoup. »
« Haaaa. Même si les individus ne sont pas identifiés, ça commence à faire du bruit dans le coin ? Un gamin qui renifle les affaires d'esclaves du marché noir. »
« Hé hé. »
« T'as l'air de t'en foutre ! »
« Si c'est pas le cas. Si les marchands d'esclaves noirs viennent nous voir, c'est tout bénef. »
« Si tu fais trop de vagues en ville, la guilde ne pourra pas te couvrir ? »
En d'autres termes, jusqu'à un certain point, il est prêt à couvrir.
« Tu fais une drôle de tête, mais c'est la saison anti-magie, là ? Avoir un aventurier de ton niveau, c'est vraiment une aubaine. Je me mettrai en première ligne s'il le faut. Mais si tu causes des dégâts aux civils, là je pourrai plus rien faire. »
« Compris. »
« Je compte sur vous, hein ? Quand ça chauffera, je miserai sur vous. »
« Ouais. Si la ville est attaquée, je me bats. »
« Si je peux avoir cette parole, ça me suffit. Vous n'êtes pas du genre à trahir vos promesses, de toute façon. »
« Je tiens mes promesses, sauf avec les méchants. »
« … Je précise, je suis pas un saint, mais je fais pas que des sales coups non plus ? »
Il ne dit pas qu'il n'est pas un méchant. Bon, pour tenir le poste de maître de guilde dans cette ville, il doit bien avaler le bon et le mauvais.
« Je veux des infos sur la tribu du chat bleu. »
« Y en a quelques-uns parmi les aventuriers, mais je peux pas balancer leurs infos comme ça. À moins que vous ayez la preuve qu'ils sont liés aux marchands d'esclaves du marché noir. »
Même si Fran est une aventurière de rang B avec un surnom, il ne peut pas divulguer les infos sur d'autres aventuriers comme ça. Ça toucherait à la crédibilité de la guilde.
« Mmm. Et alors, des infos sur l'as de la troupe des hommes-bêtes ? »
« Ça fait un moment que ça buzz. Mais de notre côté non plus, on a pas de détails. On sait juste que c'est un duo homme-femme de type félin. »
« J'ai entendu dire que le mec est de la tribu du chat bleu. »
« Cette rumeur, moi aussi je l'ai entendue. Pour la fille, elle porte tout le temps une cape de dissimulation, donc sa race est inconnue. »
La rumeur sur l'as de la troupe des hommes-bêtes est parvenue aux oreilles de Purel, mais ce que la guilde sait s'arrête malheureusement là.
« On dirait qu'ils évitent sciemment le contact avec les aventuriers. »
« Pourquoi ? »
« Soit c'est un aventurier célèbre, soit c'est un criminel recherché. L'un des deux, sûrement. »
La fille cache clairement ses origines, et elle éviterait les aventuriers pour ne pas se faire repérer.
« De plus en plus louche. »
« Ouais. Pour les rencontrer, il faut aller où ? »
« Je sais pa… non, attends. Je vais me renseigner de mon côté. »
« C'est bon ? »
« Si vous bougez tout seul, on sait pas quel bordel ça va faire… Les rebelles de la troupe des hommes-bêtes sont aussi une force nécessaire à la défense de cette ville. »
Il craint que Fran ne se frotte à la troupe des hommes-bêtes et ne leur cause du tort.
Cette ville tient sur un équilibre précaire entre organisations, et il ne veut pas le briser. D'autant que le Ryuou-kai commence à avoir la grosse tête, et l'équilibre vacille déjà.
(On fait quoi ?)
« Si on peut utiliser le réseau d'info de la guilde, mieux vaut leur laisser faire. »
Ils pourraient nous dénicher des infos qu'on ne pourrait pas obtenir nous-mêmes.
« Ouais. Je te laisse faire. »
« Oh ! Vraiment ? Merci ! Je m'en occupe ! Ça prendra quelques jours, alors restez tranquilles d'ici là. »
« … Compris. »
Si Fran sort, le risque d'incident augmente. Il veut qu'elle reste le plus calme possible.
« Du coup, en attendant, on fait du tourisme. »
« Sortez pas des grandes artères, hein ? Et à la clinique, pas de scandale, d'accord ? Non, vraiment. »
« Ouais. J'ai compris. »