« On nous traite de lâches, on ne peut pas rester silencieux, nous non plus. »
Celui qui se tenait là était un aventurier arborant une expression amusée, en total décalage avec son ton.
« Lors du banquet… »
« C'est Cozon, miss. »
C'était Cozon, l'un des poids lourds de Nocta, aventurier de rang B.
« On a mangé ensemble, chanté ensemble, ça fait de nous des amis. Alors, pour un ami, on se doit de participer, non ? »
Cozon ricana en disant ça.
« Cozon, vous autres… »
« Sub-master, pardon pour le mauvais timing. Mais à l'époque où Nadia était novice, elle nous a rendus bien des services. »
C'est vrai, c'est la saison de l'Antimagie. Pour les aventuriers, il faut défendre Nocta, notre foyer actuel.
La demande de Castel passe au second plan, c'est ça… ?
Même si Cozon et les siens se lèvent, c'est uniquement par義理 et reconnaissance. C'est pour ça que ça fait chaud au cœur.
À la base, ils avaient l'intention d'accepter la quête, ils sont prêts à fond.
« On compte sur toi, miss Viande ! »
« Nous aussi on y va ! »
« Oui. Faisons de notre mieux ensemble. »
« Ouai ! »
Quinze aventuriers de Nocta se joignent à nous, soit environ quatre-vingts personnes. Niveau force, c'est suffisant, mais le nombre… ?
« Dis, on a assez de monde ? »
« Hein ? »
Encore du monde qui entre dans la guilde. Je savais que quelqu'un nous observait depuis l'entrée… ils attendaient le bon moment pour entrer ?
En tête du petit groupe, une fille au visage familier.
« Vous êtes… »
Sub-master ne la connaît pas non plus, il penche la tête. Effectivement, ce n'est pas une aventurière de cette ville.
« Appelez-moi Sophie. »
Celle qui apparaît avec aplomb, c'est la fille qui a mangé sans payer, Sophilia. Derrière elle, de grands guerriers font le guet.
Clairement, ils sont à ses ordres.
« Je cherchais des nouvelles de toi, et j'apprends que tu postes une quête folle à la guilde d'aventuriers. Tombé à pic, je vais te prêter main-forte. »
« C'est vraiment bon ? »
« Je ne fais que rendre ce qu'on m'a prêté. »
Sophilia répond ça, mais l'homme derrière elle s'affole.
« A-attendez ! Se… Sophie-sama ! Vous n'étiez venue que pour les encourager, pas vrai ? »
« Non. J'y vais moi aussi. »
« Accepter une quête aussi dangereuse ! C'est impensable ! »
L'homme supplie, visage désespéré, mais l'expression de Sophie est glaciale.
« Qui m'en empêcherait ? Je ne suis la subordonnée ni la vassale de personne. »
« Si cette personne l'apprend, nous serons punis ! »
« C'est ça ? L'avis d'un outil ne mérite pas considération ? »
« C-ce n'est pas ça ! Pourquoi être aussi intransigeante ! Écoutez simplement ce que cette personne dit ! »
C'est bien une grande demoiselle, hein ? L'homme traite Sophie comme une supérieure absolue, mais il y a quelqu'un d'autre qu'il redoute encore plus.
« Bon, tant pis. De toute façon, je n'attendais rien dès le départ. »
Sophie soupire, déçue.
« Si ça vous déplaît, rentrez seuls. Ou vous comptez me traîner de force ? »
« … N-nous vous accompagnerons ! »
« Du coup, une dizaine de personnes en plus, ça ne pose pas de problème ? Ils ont l'air fragiles, mais je vous montrerai qu'ils sont utiles. »
« Oui. Bienvenues. »
« C'est réglé. »
Hé, vos histoires de famille, gardez-les pour vous… Enfin, ces gars ont l'air costauds, on les mettra en protection de l'arrière-garde.
Ça fait quatre-vingt-dix. Niveau force, y a pas à redire, mais si on arrivait à cent… ?
Cent personnes, et je pourrais partir secourir Nadia sans la moindre arrière-pensée.
Pendant que je ruminais ça, je remarque qu'une quinzaine de personnes s'arrêtent devant la guilde. C'est peut-être… ?
« C'est bien ce que je pensais. »
« Mursani ! »
« Trois jours sans se voir. »
C'est Mursani qui arrive. Avec lui, des aventuriers endurcis.
« Fran-chan ressemble à l'ancienne Nadia. Elle a ce quelque chose qui attire les gens naturellement. Même en cette période, je me disais qu'elle finirait par rassembler du monde… »
D'un air à la fois triste, gêné, et pourtant un peu content, Mursani marmonne.
« Ce sont des aventuriers que j'ai engagés pour ma compagnie de commerce. Emmenez-les. »
« Compte sur moi. Je suis Zehard. »
Un grand gaillard à la peau noire, une lance géante sur le dos, semble être le chef du groupe amené par Mursani.
Contre toute attente, il affiche un sourire sympathique et tend la main pour une poignée.
« Mursani m'a payé grassement. Je vais bosser sérieusement. »
« Revenez en vie. »
« Oui. Bien sûr. »
« Messieurs de Zehard, je vous en prie, veillez bien sur elle. »
« Ouais. Je pensais qu'on serait dix, grand max. Avec cette troupe, c'est tranquille. Laissez faire. »
Mursani a dû anticiper que Franc partirait vers Castel avec trop peu de monde, et il a fait venir des aventuriers chevronnés d'autres villes.
L'idée, c'était de les faire servir d'escorte à Franc.
Ils sont dix. Ce qui porte le total à…
« On a dépassé les cent ! »
« Ah. C'est le cas. »
Désolé, Nadia. Notre Franc a bien plus de charisme, de réseau et de chance que je ne l'imaginais. Maintenant que c'est lancé, plus rien ne l'arrête. Reste tranquille et laisse-toi secourir.