Fran ayant dit vouloir engager cent aventuriers, le sous-maître a répondu par un refus.
Il ne s'est pas contenté de dire que c'était difficile, il a affirmé que c'était impossible.
« — On ne peut pas s'attendre à ce que des gens se rassemblent pour une mission dont on sait qu'elle a de fortes chances de les tuer. »
C'est vrai, après tout.
Se battre contre une horde d'anti-magie dans un châtelet sans défenses decentes. En plus, c'est un village abandonné sans valeur stratégique.
Le danger est bien trop élevé, et le moral ne montera pas.
Presque aucun aventurier n'accepterait cette mission de bon gré. Même si la récompense est exceptionnelle, il faut être en vie pour en profiter.
Au contraire, une récompense élevée signale un danger proportionnel, ce qui risque de les faire fuir encore plus.
« — Malgré tout, je veux publier cette mission. »
« — Compris. Mais... n'attendez rien. Je suis désolé. »
...
Fran a baissé la tête, frustrée.
Mais cette situation tombe probablement pile dans les plans de Nadia. En publiant une mission qui ne peut attirer personne, elle s'assure que Fran reste à Nocta.
Elle savait pertinemment qu'aucun aventurier ne viendrait.
C'est la preuve qu'elle ne veut pas la laisser mourir.
'Fran. Il n'y a plus rien à faire ici. Allons livrer la lettre.'
« — Mmh... D'accord, on reviendra. »
« — Prévoyez trois jours pour l'instant. La diffusion de l'information prendra au moins ce temps. »
« — Compris. »
Il a dit que c'était impossible, mais il a l'air de faire ce qu'il peut. Ça valait le coup d'avoir vendu de la viande à la guilde — ou plutôt, d'avoir contracté une dette envers elle.
Nous avons demandé qu'ils affichent la mission et avons quitté la guilde des aventuriers.
Fran avait l'air abattue, sa marche manquait d'énergie.
Je voudrais la consoler, mais les mots ne viennent pas. De toute façon, je n'en ai pas le droit maintenant.
Parce qu'au fond, j'espère qu'aucun aventurier ne se présentera.
Nous avons continué à marcher en silence.
Après une dizaine de minutes de marche, notre destination est apparue.
« — La compagnie Marchande Lédilua. C'est ici ? »
'Oui. Pas de doute.'
Après avoir marché un peu, son humeur s'est calmée. Elle avait l'air un peu mieux qu'avant quand elle a ouvert la bouche.
Comme nous l'avait dit la guilde, c'est un très grand bâtiment. Apparemment, c'est l'une des plus grandes compagnies marchandes de Nocta.
L'ami de Nadia est censé être le président d'ici... Le réseau de relations de Nadia semble bien plus vaste que nous l'imaginions.
En y réfléchissant, c'est une aventurière de rang B qui opère sur ce continent depuis des années. Il n'est pas surprenant qu'elle connaisse des gens importants.
Elle nous avait aussi dit qu'on lui avait demandé d'escorter un notable de Nocta.
« — On voudrait passer commande. »
« — Bienvenue. »
« — Bienvenue à la compagnie Marchande Lédilua. »
J'ai été surpris de constater que les réceptionnistes étaient assez fortes. Dans une grande compagnie comme celle-ci, il ne suffit pas d'être belles, il faut aussi être puissantes. C'est bien le continent maudit de Goldisia.
« — Voilà, une lettre pour le président d'ici. »
« — Puis-je la regarder ? »
« — Ouais. »
La réceptionniste examine la lettre que Fran lui a tendue. Il n'y a que le nom de Nadia sur l'enveloppe, mais est-ce que ça suffira ?
On nous a juste dit de la remettre à l'accueil...
La réceptionniste a jeté un rapide coup d'œil à la lettre avant de s'enfuir vers l'arrière. Sérieusement, ça va aller ?
Contre toute attente, ça a l'air d'avoir été accepté. La réceptionniste est revenue avec un sourire pour guider Fran vers l'intérieur.
« — Le président souhaite vous voir. Par ici, s'il vous plaît. »
« — D'accord. »
Ils ne semblent pas hostiles. Ils veulent probablement entendre parler de Nadia directement.
Je ne sais pas ce qu'il y a dans la lettre. Mais même avec notre courte relation, je sais que Nadia n'est pas du genre à tout expliquer en détail.
La pièce où nous avons été menés était plutôt sobre. Pas misérable, mais d'une atmosphère calme.
Des lampes à la lumière tamisée et chaleureuse éclairaient une table massive en bois ressemblant à de l'ébène et un canapé en cuir sombre.
Un homme y était assis.
Il avait la peau noire, des cheveux courts et crépus comme une permanente. Sur Terre, on l'aurait pris pour un Africain. Il devait avoir une quarantaine d'années.
« — Je suis content que tu sois venue... Fran. »
« — ...? »
« — Héhé. Tu ne te souviens pas ? Je t'ai fait jouer plusieurs fois. »
« — ...Ah ! L'oncle marchand ? »
« — Oui. Ça fait longtemps. Permettez-moi de me présenter à nouveau : je suis Mursani, président de la compagnie Marchande Lédilua. »
Mursani... C'est le colporteur dont Nadia nous a parlé, non ? Lui, président d'une grande compagnie ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Mais avant que je puisse poser la question, Mursani s'est levé du canapé pour s'approcher de Fran. Il a fléchi un genou pour se mettre à sa hauteur.
« — C'est vraiment toi, Fran... »
Il a murmuré d'une voix étranglée par l'émotion. Des larmes brillaient au coin de ses yeux.
« — À l'époque, je... »
Comme l'avait dit Nadia, il semblait rongé par le fait de n'avoir pas pu sauver Fran. Son visage, alors qu'il cherchait ses mots, portait une culpabilité intense.
« — Je... toi... »
Fran a posé sa main sur l'épaule de Mursani et a parlé sur son ton habituel.
« — L'oncle n'est pas en cause. C'était inévitable. Alors, pas besoin de t'excuser. »
« — Uu, uuuuuu... »
En entendant les mots de Fran, Mursani s'est caché le visage dans ses mains et a sangloté profondément, en silence.