« C'est en vue ! C'est sûrement Castel, là-bas ! »
Le lendemain de la remise du dragonien à la guilde, nous avions quitté Nocta dès l'aube.
J'avais cru que le sort du dragonien poserait problème, mais le maître de guilde et son adjoint l'avaient accepté avec joie. Il devait être drôlement bien vu.
En plus, ça pouvait servir de mise en garde contre les dragoniens qui prenaient de l'ampleur ces temps-ci. Bref, on pouvait laisser ça à la guilde.
Et le soir du jour suivant notre départ.
Notre destination commença à se profiler dans notre champ de vision.
Depuis le dos d'Urushi qui filait dans les airs, je plissai les yeux.
Un endroit où s'alignaient des bâtiments tout aussi délabrés, entourés des vestiges d'une palissade en bois pourrie. Mais aucune présence humaine.
D'ailleurs, c'était anormal qu'aucune lumière ne soit visible alors que le soir tombait. Il n'y avait vraiment personne.
Un village illégal abandonné après n'avoir pas résisté à l'offensive antimage. L'un d'eux gisait sous nos yeux.
'(C'est ça, Castel……)'
« …Tu te rappelles quelque chose ? »
'(Non)'
« Je vois. »
Fran secoua la tête avec un air qui disait qu'elle ne pigait pas trop.
C'était l'histoire de y a cinq ans, et elle n'avait jamais vu le village sous cet angle. Qu'elle ne s'en souvienne pas n'avait rien d'étonnant.
« On descend. »
« Ouais. Urushi. »
« Wouf ! »
Obéissant à l'ordre de Fran, Urushi se posa sur la place du village.
Les maisons étaient détruites, l'herbe poussait à foison depuis le sol. La place où nous nous trouvions aussi, de longues mauvaises herbes jaillissaient des interstices du pavé.
C'était certain qu'aucune main humaine n'était intervenue depuis des années. Le peu de mousse par rapport à l'herbe, c'était peut-être à cause du climat sec ?
« … »
Fran fit le tour de la place en silence.
La place envahie par l'herbe, au crépuscule.
Autrefois, ce devait être un lieu de détente où les rires des gens ne cessaient jamais.
Maintenant, on n'entendait que le chant des insectes et le faible bruit des feuilles frottées par le vent.
« …Ici. »
« Fran ? »
« Ici… j'ai l'impression de connaître… »
Fran se mit à marcher lentement. Sa destination était l'une des sorties de la place.
Connaître, vraiment ?
Le village devait avoir complètement changé depuis l'époque de Fran. Avec tant de ruines, il n'y aurait plus trace du passé.
Pourtant, la démarche de Fran s'accéléra peu à peu, devenant assurée. Elle marchait comme portée par une conviction.
Y a-t-il une atmosphère que seuls ceux qui y ont vécu peuvent comprendre ? Ou bien est-ce l'instinct ?
Dernièrement, Fran est bizarrement perspicace, ou plutôt elle agit parfois en suivant son instinct. Et comme ça marche, c'est impressionnant…
Peut-être que son instinct sauvage s'est affûté à force de monter en niveau en tant qu'homme-bête.
« Fran, où tu vas ? »
Fran s'enfonça dans le fourré sans hésiter, progressant en écartant l'herbe.
« …Par là… »
« Fran ? »
« …Ouais, c'est ça. »
Mauvais. Elle était trop concentrée à ouvrir les tiroirs de sa mémoire pour voir quoi que ce soit autour d'elle.
« Urushi, surveille les alentours de Fran. »
« Wouf ! »
Pendant ce temps, Fran continuait d'avancer dans les broussailles.
Et elle s'arrêta à un endroit précis.
C'était une petite cabane aux murs détruits et au toit effondré. Même aux standards de ce monde, elle était sacrément petite.
Enfin, toutes les maisons de Castel sont comme ça, ceci dit.
« … »
Environ soixante-dix pour cent des murs s'étaient effondrés, le reste pourrissait en lambeaux.
Par les interstices des murs pourris, on apercevait l'intérieur. Ce qui ressemblait à des débris de meubles gisaient là, eux aussi rongés par l'herbe.
Fran fit le tour de la ruine en silence. Là, ne restait que l'encadrement en bois d'une porte.
« Fran ? »
« …Ici. »
Après avoir juste marmonné ça, Fran s'approcha de la ruine en titubant. Sa démarche n'avait plus rien de la course forcée d'avant.
C'était une démarche très lourde, comme si quelque chose l'empêchait d'avancer.
Mais vu la réaction de Fran… Je décidai de ne rien dire et de la regarder faire.
« … »
Fran posa le pied à l'intérieur de la ruine. Le plafond comme les murs ne remplissaient plus leur rôle. La majeure partie du plancher s'était effondrée, un tapis d'herbe enveloppait les pieds de Fran.
Pourtant, Fran semblait distinctement voir quelque chose.
« …Ici, c'est chez moi. »
« C'est bien ça, alors. »
« Ouais… Ici, je vivais avec papa et maman… »
Au moment où Fran marmonna ça d'une voix rauque, une larme roula sur sa joue.
De quelle larme s'agissait-il ?
Tristesse ? Joie ? Mélancolie d'avoir retrouvé de vieux souvenirs ? Chagrin d'avoir réalisé à nouveau la mort de ses parents ?
« Juste, maintenant… »
Juste, la larme que Fran venait de verser me parut plus précieuse que tout.