Sur le chemin du logement qui nous était assigné, nous avons interrogé Brunnen au sujet du Comité de gestion. Nous devions remettre une lettre à William, le conseiller, mais nous ignorions où le trouver.
« L'emplacement du Comité de gestion ? Dans ce cas, il y en a une antenne ici même, au port. Chaque port possède sa succursale. »
« Et le conseiller, il est où ? »
« Conseiller ? Hum, je ne connais pas les détails à ce point. »
Dans ce cas, aller directement à la succursale pour demander semblait la solution la plus rapide.
« La succursale se trouve au centre du port, tu la repéreras tout de suite. Le bâtiment n'est pas très grand, mais il y a une enseigne. »
« Pas grand ? »
« Ici, pas besoin d'étaler son autorité. C'est du solide, du fonctionnel. Rien que des fonctionnaires, et pas vraiment de forces armées non plus. »
« Pas de troupes ? »
« Exact. »
Brunnen m'a donné une explication sommaire du Comité de gestion.
« Le travail principal du Comité, c'est la gestion et la maintenance des installations sur le continent de Goldisia. Ensuite, la centralisation des informations qui remontent de partout, et la répartition des forces basée dessus. En gros, c'est ça. »
Le personnel provient surtout de fonctionnaires dépêchés par chaque pays, et l'organisation ne possède presque pas de force militaire propre. Tout au plus quelques unités de garde. La gestion des esclaves criminels lourds envoyés à Goldisia relève aussi de leur compétence, mais une structure spécialisée s'en charge.
Je m'imaginais un groupe de guerriers et de chevaliers qui se battent en permanence sur le continent, mais le Comité lui-même est en fait une organisation presque dépourvue de forces propres.
« Le poste de conseiller, c'est pour ceux qui ont longtemps servi comme membres du comité. »
Rester longtemps à Goldisia, c'est dur pour un humain normal. Pour des fonctionnaires ou des soldats sans entraînement, c'est encore pire.
Du coup, le renouvellement du personnel tous les quelques années est la norme. Mais certains veulent rester, par devoir, par vocation, ou pour d'autres raisons.
Des gens motivés et expérimentés, c'est précieux. Mais s'ils s'accumulent, ça pose problème.
Le personnel ne bouge plus, et les pays ne peuvent plus y envoyer leurs fonctionnaires. Autrement dit, ils ne peuvent plus se contenter d'expédier des bureaucrates pour remplir leurs obligations envers Goldisia. Certains petits pays en seraient bien embarrassés.
De tractations en compromis entre l'organisation et les nations, le poste de conseiller a été créé pour ceux qui souhaitent un séjour prolongé.
« Oh, le logement est en vue. »
« … Là-bas ? »
« Oui, c'est bien ça. »
« Un manoir ? »
Comme l'avait murmuré Fran, le logement attribué au royaume de Bérios n'avait rien à voir avec ce que j'imaginais.
On m'avait parlé d'un hébergement pour petit groupe, alors je m'attendais à une auberge de campagne modestes. Les bâtiments autour du port sont sobres, ternes, exactement ce genre d'endroit.
Mais ce qui se dressait devant nous, c'était manifestement une demeure noble. La taille est certes plus petite…
« Cette année encore, hein. J'avais pourtant demandé qu'on baisse un peu le standing… »
Brunnen a dit ça avec un sourire amer.
Apparemment, le Comité fait attention à Winelane et nous assigne systématiquement ce lieu.
Même si le pouvoir n'a pas cours à Goldisia, on ne peut pas loger des princes ou leurs proches dans une auberge commune. Il existe des hébergements pour hauts nobles et des suites spéciales.
Le manoir devant nous fait partie de ces logements spéciaux prêtés à ces gens-là et à leur suite. Winelane étant l'un des plus forts au monde, un traitement de faveur est normal, je suppose.
On avait pourtant prévenu qu'elle ne viendrait pas cette fois, mais par habitude, on nous a refilé ce manoir quand même.
« C'est pas grave… De toute façon, moi aussi je suis noble, noblesse oblige. »
Brunnen est comte, tout de même. Un traitement équivalent à un marquis d'un petit pays ne serait pas étonnant.
« Les chambres sont prêtes. Demandez aux fonctionnaires plus tard. »
« Hé, je peux aller au Comité de gestion ou à la guilde des aventuriers ? »
« Pas de problème. Le départ, c'est dans quatre jours. D'ici là, faites comme vous voulez. Mais soyez à l'heure, hein ? »
« Compris. »
« Ah, si vous avez des ennuis avec d'autres pays, citez le nom de dame Winelane. Ça suffit généralement à les calmer. »
Pas « ne cherchez pas d'ennuis », mais « si ça chauffe, refilez le bébé à Winelane », quoi.
« Compris. »
« Si possible, j'aimerais mieux que vous n'en fassiez pas… »
Fran a acquiescé avec tant d'entrain que Brunnen a paru inquiet. Il a dû sentir qu'il fallait insister.
Raccompagné par un Brunnen inquiet jusqu'au bout, Fran a fait demi-tour vers le port. Dans un port de cette taille, on s'attendrait à voir des voyous traîner partout, mais à Goldisia, ce genre de types est quasi inexistant.
Beaucoup de chevaliers et de soldats, et les aventuriers eux-mêmes font attention à ne pas trop déraper.
Pas de stands non plus. Juste un port vaste et propre, qui s'étend à perte de vue.
Goldisia, je m'imaginais un enfer où les batailles contre les démons font rage en permanence…
Les ports où stationnent les armées de chaque pays sont, au contraire, des lieux d'un calme absolu.
C'est logique, d'ailleurs.
« Nain. »
« Marche. »
Devant nous, des guerriers nains avançaient silencieusement. Rien que des nains. Une délégation d'un pays nain, peut-être ?
En plus, ils ont tous l'air costauds. Fran brille des yeux.
Ils ne pipent mot, marchent en rang serré, parfaitement alignés : une vraie troupe militaire. Avec ce genre de monde qui pullule, aucun idiot ne commettrait un crime.
Fran a regardé le défilé un moment, mais s'est vite lassée. Ils marchent, c'est tout. Normal.
« … Ennuyeux. »
« Marche. »
Au final, sans qu'on nous embête ni qu'on s'arrête à des stands, nous sommes arrivés au bâtiment du Comité de gestion en un rien de temps.
Quinze minutes depuis le logement, pas plus ?
Comme l'avait dit Brunnen, un bâtiment de deux étages, tout ce qu'il y a de plus banal. Du bois, une taille qui ferait passer l'endroit pour une auberge s'il n'y avait pas l'enseigne.
[Bon, on demande d'abord si le conseiller William est là.]
« Mmh. »