Vers la fin du repas de Fran, la discussion entre Aigwarth et Forrund arrivait à son terme.
« En résumé, un combat entre alliés a terrassé la fille du comte, et pour éviter les ennuis, il est déjà parti ? »
« Ah. »
« Je vois… Enfin, les dégâts se concentrent sur les nobles, et pour des monstres de ce calibre qui s'affrontent, les dommages sont plutôt limités, non ? »
Ah, c'est considéré comme peu ? Mais Forrund semble du même avis, il hoche la tête aux mots d'Aigwarth.
« Il y a quand même eu d'énormes dégâts. »
« Hmph. Si les choses avaient mal tourné, la capitale royale y compris, les environs auraient pu être touchés. Que seuls quelques quartiers de la ville soient rasés, on peut dire que c'est moins grave que prévu. »
Effectivement… Mais les dégâts restent considérables. Il y a sûrement des blessés, et beaucoup de gens ont perdu leurs biens.
C'est bien Aigwarth de balancer ça à voix haute sans se soucier de qui écoute.
« Haa. Je me demande ce qu'il va advenir de la capitale… »
L'expression de Stéria s'assombrit aussi.
« En plus, si le marquis se rebelle, le chaos va s'amplifier… Il y a déjà pas mal de blessés et de morts. »
En entendant Stéria, Fran se lève d'un bond.
(Maître, allons-y.)
« Où ça ? »
Elle ne pense pas sérieusement repartir à l'entraînement tout de suite ? Elle vient de se réveiller, elle n'est pas encore complètement remise. J'aimerais qu'elle se repose encore un peu.
(On va aider les blessés.)
« Hum… »
C'est du travail forcé, ça. Il faut de la magie et de l'endurance. Pas du tout un job pour une convalescente. Mais Fran veut aider de son propre chef. Je ne peux pas l'en empêcher.
« …Bon, d'accord. Allons voir Eliante. »
S'il y a un endroit où on regroupe les blessés, il suffit d'y aller. Il faut aussi secourir ceux qu'on n'a pas encore trouvés, mais la guilde et les chevaliers s'en chargeront.
Reste un problème.
« Et on fait quoi de Garus ? »
(On l'emmène sur Urushi.)
« Non, là c'est impossible. »
Garus, inconscient, est affaibli au extreme. Le trimballer serait trop risqué. Jusqu'ici on a forcé pour l'évacuation, mais on ne peut pas aller plus loin.
« Mmm… »
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Je veux aller aider les blessés. Mais je ne peux pas emmener Garus. »
« Le corps de Garus-sensei est en piteux état. Et sa position future est incertaine… »
Stéria, qui observait Garus, soupire avec inquiétude. Effectivement, jusqu'où ira sa responsabilité ? Même manipulé par la drogue magique et la fausse épée divine, il a participé à la création de ces pseudo-épées fanatiques qui ont causé d'énormes dégâts.
Circumstances atténuantes ou crime grave ? La loi et la politique entrent en jeu, impossible à deviner.
« Quoi qu'il arrive, ma demande envers toi tient toujours, et même sans ça, je ne laisserai pas Garus-sensei tomber. La guilde des aventuriers le protégera comme il faut, alors rassure-toi. »
« C'est ça. »
Forrund acquiesce aussi. Aigwarth aussi.
« En plein chaos comme celui-là, je doute qu'on perde du temps à le punir. Mieux vaut lui faire une fleur et le faire travailler pour le pays. »
Hmm, ça se tient aussi ?
« En plus, mes employeurs m'ont envoyé pour le protéger. Laisse-le-moi. De toute façon, à part moi, personne ne peut soigner la drogue magique. Laisse-le ici. »
« Fran, Aigwarth n'est pas fiable, mais Forrund et Stéria le sont. Confions Garus à la guilde. »
« …Compris. »
Fran a l'air convaincue. Elle lance un regard noir à Aigwarth avant de hocher légèrement la tête.
« Stéria, je te le confie. »
« Ouais. Toi aussi, prends soin de tout le monde. »
Après ça, on se rend chez Eliante pour apprendre où sont soignés les blessés.
Apparemment, c'est réparti en plusieurs lieux. Le poste de secours où on va ressemble exactement à un hôpital de campagne.
Apothicaires, mages, alchimistes courent partout, soignant désespérément les blessés. Tous ont le visage épuisé, mais ils tiennent le coup en buvant des potions de récupération magique.
(Maître, allons-y !)
« Ouais, mais faut d'abord parler au responsable. »
(Compris.)
Si une gamine débarque et se met à lancer des sorts de soin sans prévenir, ça ne fera que semer la confusion. Celui qui donne les ordres ici est, rien de moins, un des médecins de la cour.
Ce sont des spécialistes de la médecine qui maîtrisent l'art médical, la magie de soin et l'alchimie. Sur ordre du roi, tous sauf le médecin-chef sont envoyés soigner le peuple.
La femme qui nous a guidés interpelle le médecin de la cour affairé.
« Euh… »
« Mm ? Y a-t-il un problème ? »
« Non, cette demoiselle propose son aide. »
« Hou ? On dirait une aventurière, mais elle sait utiliser la magie de soin ? »
« Mm. »
« C'est une aubaine ! On a besoin de tous les guérisseurs possibles ! Jusqu'à quel niveau pouvez-vous soigner ? »
« Jusqu'au Greater Heal. »
« Quoi ? Une utilisatrice de magie de guérison ? Vraiment ? »
« Mm. »
« Oh ! C'est merveilleux ! »
Je craignais qu'il nous renvoie vu sa fierté apparente, mais il a accepté sans discuter. En ce moment, pas le temps de s'occuper de l'orgueil ou des prérogatives.
« Alors, commencez par les cas les plus urgents ! Je ferai préparer autant de potions de mana que possible ! »
« Compris. »
Ainsi, nous avons sillonné les postes de secours à l'intérieur et à l'extérieur de la capitale, soignant les patients les uns après les autres. Avec notre ancien niveau, la magie nous aurait fait défaut, mais grâce à l'absorption des Fanatics, ma réserve magique a explosé. Fran a soigné les malades à une vitesse qui a sidéré les médecins de la cour à chaque fois.
Vers la fin, on s'inquiétait même pas mal pour elle. Apparemment, ils croyaient qu'elle s'acharnait en buvant des potions de mana à la goulue.
En comptant ceux qu'on a tirés des décombres en chemin, on a dû soigner plus de cinq cents personnes. Parmi les guéris, beaucoup sont restés pour aider, et certains joignaient les mains en priant quand Fran revenait.
On dirait qu'on l'a prise pour une fille chat-noir qui se sacrifie corps et âme pour soigner tout le monde. Ceci dit, pas le temps de répondre individuellement, elle a juste fait un vague signe de la main.
Vers la fin, la fatigue se voit, mais la motivation de Fran reste au max. Elle est heureuse de sauver les gens et d'être remerciée.
« Tu n'as pas besoin de faire une pause ? »
« Ça va ! »