Deux jours après avoir quitté Ulmutt, à l'aube.
« C'est ça, la capitale ? »
« Censé l'être. Difficile d'imaginer qu'il y ait plusieurs villes de cette envergure. »
« Elle est immense. »
Depuis le dos d'Urushi qui filait bon train dans le ciel, la silhouette de la cité géante était visible. Balbora était déjà fort grande, mais celle-ci surpassait de loin cette métropole. Elle était même plus vaste que Bestia, la capitale du royaume des hommes-bêtes.
Les remparts eux-mêmes sont hors normes. Ils ont le double de la hauteur des arbres de la forêt environnante. Cinquante mètres au bas mot. Dans un monde où existent les bêtes magiques, peut-être faut-il ce niveau de protection quand on recherche la sécurité.
En plus, les murailles ne sont pas seulement massives : les toits des tours d'angle et les parois, ci et là, portent de belles décorations, ce qui leur confère aussi une certaine splendeur. Je vois : une cité digne du nom de capitale, alliant faste et robustesse.
Côté position, elle se trouve au sud-est d'Alessa au nord, au nord-est d'Ulmutt au sud. Légèrement décalée à l'est du centre du pays. À la fondation du royaume de Kranzel, c'était apparemment le centre du territoire. Mais au fil des longues années, la forme du pays a 크게 changé, la rejetant vers l'est.
Il y a environ deux cents ans, l'idée de déplacer la capitale plus près de la mer a été évoquée, mais on y a renoncé vu le coût et l'effort de bâtir une nouvelle capitale. Bon, vouloir créer une ville de cette ampleur de toutes pièces, la facture serait astronomique de toute façon.
« Bon, on descend par ici. »
« On. »
« Mm. »
Comme d'habitude, on a mis pied à terre avant la ville et on s'est dirigé vers la porte à pied. Là, une file interminable s'était formée devant la capitale. À l'entrée d'Ulmutt, la queue était déjà longue, mais là, c'est encore pire.
Dias nous avait prévenus avant de partir d'Ulmutt, mais la réalité dépasse l'imagination. Touristes et compagnie pour la vente aux enchères font la queue. Si on les alignait en une seule ligne droite, le bout du serpent serait loin de la capitale, avec risque d'attaques de bêtes magiques. Du coup, les gens en attente formaient la file le long des remparts.
Des chevaliers et des soldats patrouillent alentour, assurant l'ordre de la file et la garde.
« C'est pénible mais y a pas le choix. Attendons sagement. »
« Mm. »
On a marché vers la fin de la queue. Une fois au sol, on ne voit même pas le bout normalement.
À Ulmutt aussi, beaucoup de gens faisaient du commerce envers ceux qui patientaient, mais l'échelle ici n'a rien à voir. Ça dépasse sans mal le marché d'un petit village.
Pas que des étals : de vraies boutiques sont installées. Probablement des structures montées rapidement, dressées pour la saison ? Comme la file avance lentement, on a le temps d'examiner les marchandises de chaque stand.
Enfin, y a aussi pas mal de monde qui vend en se déplaçant, style vente de bentôs de gare à l'ancienne japonaise. Le style doit varier selon le type et le volume des produits.
De quoi ne pas s'ennuyer en attendant.
« Je vois, c'est là le fond de la file. »
« C'était long. »
Il doit y avoir dans les trois mille personnes, non ? Et encore, il parait qu'il y a d'autres portes pour les résidents, les nobles et les gens pré-enregistrés. Les gens dans cette file sont quasi tous des primo-visiteurs ou qui n'étaient pas venus depuis plus d'un an. En d'autres termes, des participants à la vente aux enchères.
Je commence à me demander si je vais réussir à repérer Galus pile au bon moment. Bon, je réglerai les détails une fois dans la capitale.
« Ça va prendre un bon moment, alors attendons tranquilles. »
« Mm. »
« On. »
Cette fois, Urushi est avec nous. J'avais pensé le faire rester dans l'ombre, mais pas mal de gens ont des bêtes magiques avec eux. Loups magiques menés par des dresseurs, chevaux géants de près de trois mètres tirant les gros chariots des grandes caravanes : des bêtes magiques assez impressionnantes sont mélangées aux humains dans la file.
Avec ça, la présence d'Urushi ne posera pas de problème. En forme géante, il déclencherait la panique, ceci dit. Pour l'instant, je veille à ce que le certificat de familier soit bien visible de tous.
Avec Urushi là, les petits fry hésiteront à nous chercher des noises, et il fait aussi office de canapé et de garde-du-corps pour Fran.
« Alors, on fait une partie de Kokontouzai ? »
« Oh, on remet ça après tout ce temps ? »
« Mm ! »
Apparemment, le Kokontouzai qu'on a fait en attendant à Ulmutt lui a plu contre toute attente. Bon, on a le temps, je l'accompagnerai jusqu'à ce qu'elle s'ennuie.
Deux heures ont passé comme ça. Notre tour est encore loin.
On a déjà fait le tour du Kokontouzai, maintenant on est en pleine partie de Réversi avec Urushi. C'est Fran qui pose les pions d'Urushi.
Je l'ai acheté à un marchand qui vendait des jeux de société aux gens dans la file. Beau coup, exploiter la psychologie humaine comme ça.
Accessoirement, avant le Réversi, Fran et Urushi jouaient au morpion, mais ils ont tous deux pris le pli et se sont lassés après une centaine de parties nulles.
On n'a pas seulement joué pendant l'attente. On a bu du thé, mangé des en-cas, discuté avec les marchands devant et derrière nous et on s'est liés.
Devant nous, il y avait Rebu (31), un colporteur de fruits séchés. On a sympathisé en achetant des raisins secs et des chips de pomme pour grignoter.
Derrière nous, Menan (41), qui commerce des bois aromatiques. Contrairement à Rebu qui est à pied, lui a une charrette. Une petite charrette sans bâche, tirée par un âne, ceci dit.
On a commencé à parler après avoir acheté plusieurs bois aromatiques pour faire des viandes fumées. Maintenant, on est assez proches pour qu'il mate la partie de Réversi de Fran et Urushi par-dessus l'épaule et donne son avis.
« Hé hé, attends mademoiselle. Pas là. C'est ici, non ? »
« Mais du coup, on me prend celui-là. »
« Exprès. Tu le laisses prendre, et après c'est ici. »
« Ah, je vois. »
Pendant que Rebu et Fran concertent comme ça, Menan s'adresse à Urushi.
« Urushi. Ici. »
« On ? »
« C'est vrai, le coin se fait prendre. Mais vu l'avancement du plateau, même si on perd le coin, on peut tenir. »
« Oon… »
Un vieux qui consulte sérieusement un loup pour savoir où poser son pion de Réversi. Scène surréaliste. Mais parmi les bêtes magiques, les races dotées d'une intelligence humaine ne sont pas rares, donc Menan ne trouve visiblement rien d'étrange. Il discute sérieusement avec Urushi.
« …Oh. »
« Comme je thought… »
À côté de Fran et les autres, des types passaient anormalement lentement. Sans rien faire de spécial, juste à aller et venir en lançant des regards furtifs à Fran de façon totalement pas naturelle. Ils croient qu'on ne les a pas repérés ?
Presque tous ces passants suspects étaient des hommes-bêtes. Apparemment, l'info que la Princesse Foudre Noire fait la queue s'est répandue parmi les hommes-bêtes dans la file.
Actuellement, j'utilise la compétence Dissimulation d'Évolution, donc les hommes-bêtes ne devraient pas pouvoir savoir que Fran a évolué… Mais il semble que la rumeur selon laquelle la Princesse Foudre Noire peut cacher son évolution coure en même temps que l'histoire de son exhibition grandiose de sa forme évoluée au tournoi martial d'Ulmutt.
Du coup, Fran, une gamine de la race chat noir avec un familier loup, a été grillée comme étant la rumeur de la Princesse Foudre Noire. Peut-être qu'il y avait quelqu'un qui l'avait vue directement à Ulmutt. Les hommes-bêtes venus mater ont l'air convaincus que Fran est la Princesse Foudre Noire. Aucune hostilité, au contraire, que du respect. Y en a même qui font des révérences.
« Ça te gêne pas ? »
« Quoi ? »
Après s'être fait mater de tous côtés au royaume des hommes-bêtes, elle a l'air habituée à ce genre de regards. Fran s'en fiche complètement. Bon, laisse tomber pour l'instant. Puisque personne ne nous aborde directement, ignorer est la seule option de toute façon.