Après avoir tenté la divinisation de l'épée. Il faisait déjà nuit, mais à notre retour au château royal, le chancelier Raymond vint nous accueillir.
Nous n'avions pas encore digéré le choc de la divinisation de l'épée et nous étions apparemment d'humeur un peu belliqueuse. Surtout Fran, qui était passée de la déprime à une motivation débordante.
« Je vais m'entraîner encore et encore ! »
avait-elle déclaré. C'est sans doute pour cela qu'une certaine pression de combat s'était échappée d'elle. Raymond parut légèrement surpris.
« Y a-t-il un problème ? »
« Hm ? »
« Non. Si ce n'est rien, tant mieux. En fait, je suis venu pour une demande adressée à la princesse du Tonnerre Noir. »
« Une demande ? »
« Oui. Elle concerne le buffet de réconfort qui aura lieu ce soir. »
Je me demandais s'il s'agissait d'une fête pour célébrer la victoire, mais il précise que ce n'est pas si grandiose. La cérémonie officielle de célébration de la victoire aura lieu quand le Roi-Bête reviendra, apparemment.
Simplement, l'unité qui assurait la défense initiale lors de la guerre contre le royaume de Bashar va être dissoute temporairement, et les généraux reviennent à la capitale. On a donc décidé d'organiser un simple repas pour les récompenser de leurs efforts.
Je me suis demandé si c'était vraiment prudent de dissoudre l'unité de défense, mais une unité de remplacement a déjà été dépêchée pour faire pression sur le royaume de Bashar. C'est logique, oui.
« Du coup, quel est le problème avec ce buffet ? »
On me demande d'y participer ? Mais alors, on n'appellerait pas ça une demande, non ? Peut-être s'agit-il de se procurer des ingrédients pour le repas ?
Mais ce que Raymond annonce à Fran, qui penche la tête, c'est bien qu'il veut lui faire une demande. Qui plus est, il veut que Fran participe au buffet.
« … ? »
« Il y a des circonstances profondes à cela. »
« Lesquelles ? »
« Certes, nous souhaitons votre participation, mais pas seulement votre présence. »
Qu'est-ce que ça veut dire ?
« Nous voudrions que vous y assistiez, non pas dans cette tenue, mais vêtue d'une robe. »
« Une robe ? Pourquoi ? »
« Pour le dire franchement, c'est pour le prince Nemea. »
Raymond m'explique le véritable but de sa demande auprès de Fran. Il voudrait que Meara vienne aussi en robe au buffet. Mais bien qu'il ait obtenu sa promesse d'assister au buffet en tant que représentante du Roi-Bête, elle refuse catégoriquement de porter une robe.
Elle compte probablement les récompenser en tant qu'aventurière, guerrière, plutôt qu'en tant que princesse.
C'est là qu'intervient Fran.
« Si son amie, la princesse du Tonnerre Noir, participe en robe, Sa Hautesse participera elle aussi, c'est certain. »
Je vois. Effectivement, Meara était aux anges rien qu'en trouvant des points communs ou des tenues assorties avec Fran. Si Fran lui propose de porter une robe ensemble, elle ne pourra pas refuser.
« Qu'en pensez-vous ? Naturellement, nous verserons une récompense. »
La récompense proposée par Raymond est assez conséquente. De plus, même s'il est question de se mettre sur son trente-et-un, ce n'est pas une réception guindée, mais plutôt une beuverie réunissant beaucoup de généraux combattants. On m'a dit de ne pas me soucier des manières. Et en plus, c'est un buffet à volonté.
« Hm. Compris. »
« C'est bon ? C'est une robe, tu sais ? »
(Ça ne me dérange pas.)
Fran répond sans hésiter. Elle a été appâtée par la bouffe. En fait, Fran se fiche complètement des vêtements. Du coup, elle n'a aucune préférence, ni pour tel ou tel vêtement, ni contre. Une robe en tissu ou une robe de soirée, pour elle, ça a la même valeur.
Bon, c'est vrai que d'habitude elle préfère des vêtements faciles à bouger. Mais porter une robe contraignante pendant peu de temps, comparé à un buffet à volonté, c'est un problème mineur. Et le fait qu'on puisse amener son arme compte aussi, non ? Avec moi, la plupart des ennuis se règlent.
« C'est donc entendu, vous participez ? »
« Hm. »
« Merci beaucoup. »
Cela dit, nous n'avons pas de robe…… Apparemment, ils le savaient déjà. Meara nous prêterait une robe qu'elle portait il y a quelques années.
« … Il ne semble pas y avoir besoin d'ajustement particulier, surtout pour la taille. »
Raymond murmure cela en jetant un œil discret sur la poitrine et les fesses de Fran. Effectivement, si on compare Fran et Meara, Meara est un peu plus grande, mais pour le reste, les mensurations sont presque identiques. Je l'ai confirmé hier soir au bain, donc c'est sûr.
Pour le dire crûment, c'est une planche à repasser. À côté de Quina, son sex-appeal dynamite, c'est à en avoir pitié.
Non non, Meara a encore 15 ans. Il lui reste de l'espoir, non ? Probablement, surement, peut-être ?
« Meara, vis fort … »
« Hm ? »
« Rien. Allez, essayons la robe. »
On me fait donc essayer la robe d'occasion de Meara par Mianora. Elle va à la perfection, à faire peur.
« … C-c'est mignon … »
C'est dangereux ! Notre Fran est dangereuse ! La robe bleue et blanche, toute en élégance, lui va trop bien ! Sa robe d'armure style lolita actuelle est mignonne, mais une robe classique à longue jupe, c'est pas mal non plus ! On dirait une vraie princesse !
On lui a posé un joli diadème sur la tête, et ses cheveux arrière ont été relevés en chignon. Sa nuque est sexy ! Cette coiffure inhabituelle est aussi mignonne.
En plus, on lui a mis un léger maquillage. Je pensais qu'elle détesterait, mais elle s'en fiche visiblement. Apparemment, on utilise des cosmétiques aux parfums et irritations atténués pour les hommes-bêtes.
Puisqu'elle a mangé pendant le maquillage, il n'y a pas eu de problème. Comme beaucoup d'hommes-bêtes sont colériques et pressés, les distraire avec à manger pendant le maquillage est une méthode courante. L'assistante maquilleuse préparait friandises et viande avec des gestes fluides.
« … Un peu difficile à bouger. »
« C'est une robe, quoi. Mais ça te va à merveille ? »
« Vraiment ? »
Il faut bien la complimenter à cette occasion. Je veux qu'elle s'intéresse petit à petit aux trucs de fille.
« C'est vrai, on dirait Blanche-Neige. »
« Blanche-Neige ? »
« Ah. Une princesse célèbre de mon monde. Elle a mangé une pomme empoisonnée par une méchante sorcière. »
« Elle n'a pas su détecter le poison ? »
« Dans mon monde, il n'y a pas tant de surhommes capables de sentir le poison. »
Peut-être que des gens spécialement entraînés pourraient, mais.
« Elle tombe dans un sommeil éternel à cause du poison, mais le baiser du prince la réveille et elle trouve le bonheur. »
« C'est du poison, mais un baiser guérit ? Une compétence spéciale ? »
Maintenant qu'elle le dit, pourquoi le baiser du prince la réveille, déjà ? Je n'ai lu le livre d'images que gamin. En plus, ce genre d'histoires, l'original est souvent terrible. Ah, tiens, j'ai vu une émission qui présentait l'original de Blanche-Neige ? Je me souviens plus trop, mais le prince était un pervers qui s'excitait sur un cadavre, non ?
« Mouais. Moi non plus, je pige pas. »
« Hmm. »
J'aurais dû choisir Cendrillon. Non plus, l'original était atroce aussi ?