Après avoir anéanti la horde de gobelins, nous avons décidé de faire une patrouille dans les environs.
D'autres unités d'éclaireurs pourraient se trouver dans le coin.
Mais même en cherchant pendant une heure aux alentours du village avec Urushi qui nous avait rejoints, nous n'avons trouvé ni trace ni ombre de gobelins. Pas même les terriers qu'ils étaient censés utiliser.
Avec une organisation aussi disciplinée, il n'aurait pas été étonnant qu'ils aient creusé un immense réseau de galeries. Même les gobelins au QI plutôt bas qu'on avait exterminés sur la plaine des loups géants avaient creusé un terrier de cette taille. Au contraire, l'absence d'un vaste nid aurait été suspecte.
« Ils venaient juste de passer par là ? Un groupe de cette envergure ? »
Finalement, nous n'avons rien découvert de nouveau et nous sommes rentrés au village.
En chemin, on a repéré une bête magique ressemblant à un cerf, un Chicken Deer, alors on l'a chassé au passage. C'est une créature peureuse qui a pris la fuite dès qu'elle a senti notre présence, mais elle n'avait aucune chance d'échapper à la vitesse d'Urushi. Il l'a rattrapée et achevée en un rien de temps.
Ça fera un bon cadeau.
À notre retour, les membres de la tribu du chat noir ont accueilli Fran sous les acclamations. Apparemment, les éclairs de sa magie de foudre avaient été visibles depuis le village.
« Que vous ayez provoqué un tel cataclysme… »
« Comme on s'y attend de la princesse Kaminari ! »
« C'est trop cool ! »
L'excitation est montée d'un cran quand ils ont vu le Chicken Deer que Fran sortait.
« Incroyable ! Ce cerf monstre ! »
« Magnifique ! »
« Épouse-moi ! »
« C'est un cadeau, mangez-le tous ensemble. »
« V-Vraiment ? »
« Ouais. »
« Ah, merci beaucoup ! »
Le chef du village a baissé la tête, ému, et tous les villageois ont fait de même. C'est peut-être une bête magique de menace F, mais par ici, c'est du costaud. Ils l'ont respecté bien plus que les gobelins.
En plus, vu sa vitesse de fuite, l'abattre est difficile, et ses bois ont une valeur bien supérieure à son niveau de menace. Parfois, quand un individu meurt de vieillesse et qu'on peut récupérer ses bois, ça devient une source de revenus précieuse.
« Et aussi, voilà. »
« Encore ? Et en plus une telle quantité ! »
« Mhm. »
C'est l'équipement qu'on a récupéré sur les gobelins. Certains ont fondu sous la chaleur de la magie de foudre, mais je compte sur eux pour les recycler.
« Juste celui-là, c'est un peu plus costaud. »
« Hou hou. Effectivement, il diffère des autres. »
Celui qu'elle a sorti à part, c'est l'équipement du Gobelin Roi. De l'acier, un peu plus solide.
Les chats noirs ne peuvent pas l'utiliser pour l'instant, mais j'espère qu'ils le donneront à quelqu'un qui aura assez progressé grâce à l'entraînement.
Quand Fran l'a dit, le chef a versé des larmes abondantes, submergé par l'émotion.
« C-Compris ! Nous le confierons sans faute à un digne porteur ! »
Cette nuit-là, nouveau banquet. Pas une beuverie comme la veille, mais une fête paisible où chacun parlait d'entraînement à l'épée et à la magie.
La pièce maîtresse était le Chicken Deer rôti en entier que Fran avait abattu. Un cerf géant de près de quatre mètres. Une fois découpé, il y en avait pour tout le monde.
« Allez, Princesse Kaminari, s'il vous plaît. »
« Mhm. »
« Voilà aussi. »
« Miam miam. »
« Voici du thé. »
« Glou glou… »
Assise en haut de table comme une divinité, Fran se faisait chouchouter par les femmes du village. Elles lui apportaient divers plats et, comme elle ne peut pas boire d'alcool, du thé. Le tout présenté avec déférence, comme des offrandes.
« Allez, Princesse. »
« Celle-ci aussi, Princesse. »
« Princesse. »
Bon, à un moment donné, on est passé de « Princesse Kaminari » à juste « Princesse ». Fran s'en fiche tant qu'on ne se moque pas d'elle, alors elle laisse faire.
Bah, y a pas de mal. Et puis Fran a assez de mignonnerie pour mériter le titre de princesse ! Elle est sûrement plus mignonne que la vraie princesse de ce pays ! Je l'ai jamais rencontrée, ceci dit !
« Princesse, merci encore pour l'énorme quantité d'armes aujourd'hui. »
« J'ai juste refilé des trucs qui gênaient. »
« Pas du tout, pour notre village, c'est une montagne de trésors. Comme nous n'avons pas de forgeron pour l'instant, nous les emmènerons dans un autre village pour les faire réparer avant de les distribuer aux villageois. »
« Ici, y a pas de forgeron ? »
« Oui. »
D'après le chef, le forgeron est mort d'une maladie subite il y a quelques ans. Il y avait un apprenti, mais il n'était pas encore prêt et est parti en apprentissage dans un autre village. Du coup, plus de forgeron sur place.
Dans ces conditions, il va falloir pas mal de temps avant que l'équipement qu'on a donné soit utilisable, non ?
(Maître)
« Quoi ? »
(On va s'en occuper nous-mêmes.)
« Hmm… »
C'est l'occasion de rentabiliser ma compétence Forgeron que j'ai montée. D'habitude, je m'en sers juste pour mon entretien. Ce sera une bonne expérience.
« Ouais. Pourquoi pas. »
Après le banquet.
« Voici la forge. »
« Mhm. »
« Vous êtes sûre de ne pas avoir besoin d'aide ? »
« C'est bon. Technique secrète. »
« Oh ! C'est nous qui sommes désolés ! »
Fran ne logeait pas chez le chef, mais s'était installée dans une maison au bord du village. C'était l'ancienne demeure du forgeron. À l'intérieur, une forge était proprement aménagée.
« Nous nous sommes contentés du nettoyage. Servez-vous librement. »
« Merci. »
« Pas du tout ! C'est pour nous que vous le faites ! Ce sont nous qui devrions vous remercier ! »
Une fois le chef ému parti, on s'est mis au travail direct. Grâce à la compétence, les gestes viennent tout seuls.
D'abord, refondre la ferraille irreparable en lingots. En fait, avant de venir, on avait déjà trié l'équipement.
Ce qui n'avait besoin que d'un coup de propre a été donné aux chats noirs. Ils s'occupent de l'entretien, ça sera prêt vite fait.
Le reste, on a séparé ce qu'on pouvait réparer de la ferraille. On fond la ferraille pour récupérer le matériau et faire les réparations.
« Bon, courage. Fran, tu peux dormir si tu veux. »
« Ça va. »
« Vraiment ? Bon, ben on commence ensemble, alors. »
« Mhm. »
Et c'est comme ça qu'on a forgé ensemble jusqu'à ce que Fran, vaincue par le sommeil, se mette à voguer sur son bateau.