Lorsque le cours de magie de Fran prit fin, les chats noirs rassemblés s'efforcèrent de ressentir le feu et le vent à l'aide de torches et d'éventails. Elle avait tout de même dispensé un cours sur l'eau et la terre, aussi quelque membre de la tribu finirait bien par devenir capable de lancer des sorts. Mais je viens de réaliser une chose cruciale.
« Dis donc, au fait, la manipulation de l'énergie magique n'est pas nécessaire, elle aussi ? »
Amanda avait dit que si l'on apprenait à manipuler l'énergie magique, on pourrait acquérir la magie. Mais sans maître, des chats noirs qui n'ont jamais ressenti l'énergie magique pourront-ils vraiment la contrôler ? Se contenter de percevoir l'énergie magique naturelle ne me semble pas suffisant pour l'apprendre facilement.
« Villageois en chef. »
« Oui, que puis-je faire ? »
« Hum. Tiens-toi là un instant. »
« Compris. »
Appelé par Fran, le chef s'avança docilement devant elle. Face à lui, elle leva la paume et se concentra légèrement.
« Oh, oh ? J'ai une drôle de sensation... »
« Hum. J'ai mis en mouvement l'énergie magique qui est en toi, avec la mienne. »
Elle avait utilisé Manipulation d'énergie magique pour interférer avec l'énergie magique interne du chef, et cela semblait avoir fonctionné. Elle peut au moins la brasser un peu.
« Tu sens quelque chose ? »
« Vaguement... mais je comprends qu'il se passe quelque chose en moi ! »
« Hum. C'est ça, l'énergie magique. »
« Je vois ! »
La méthode n'est pas mauvaise.
« Bon, alignez les autres. »
« Oui ! »
Sur l'ordre du chef, les chats noirs se rangèrent en deux lignes devant Fran. Un alignement parfait.
Alors Fran et moi, un par un, nous avons mis en mouvement leur énergie magique interne pour leur en faire ressentir la sensation. On ne sait pas jusqu'où cela servira, mais c'est toujours mieux que de ne rien percevoir du tout.
Faire la manipulation sur tout le monde a pris un certain temps, mais nous n'avions rien d'autre à faire, et c'était pour les chats noirs.
« Merci beaucoup, princesse Kuroikazuchi. »
« Ce n'est rien. »
« Si, c'est énorme ! Non seulement vous nous avez fait évoluer, mais vous nous avez encore enseigné la magie, on ne vous remerciera jamais assez ! »
D'ordinaire, ce genre d'information est gardé secret, transmis comme un enseignement occulte. Les chats noirs alentour acquiescent tous en chœur.
Tandis que tous se mettent immédiatement à s'entraîner à la magie, certains viennent aussi demander comment manier l'épée, si bien qu'un cours d'escrime improvisé se met en place.
Je leur apprends la prise, les coups, l'entraînement. L'expérience d'enseigner aux bleus quand nous avons traversé le continent me sert. Je m'y prends mieux qu'à l'époque.
Non contente de la magie, Fran leur enseigne même le maniement de l'épée, sa cote de popularité ne fait que grimper.
À ce rythme, si elle disait qu'elle veut devenir chef, elle y arriverait sans peine.
« J'aimerais presque vous demander de guider notre village en tant que chef... »
« Je pars dans quelques jours. »
« C'est vrai... »
Ce n'est pas « elle pourrait le devenir », ils le pensent vraiment. Devant le refus de Fran, le chef et tous les autres affichent une mine déçue.
« Tant que je suis là, dites-moi ce qu'il vous faut. »
« Oh, c'est trop d'honneur. »
On se prosterne encore devant elle. Je admire à nouveau Fran de rester si calme dans cette situation.
Puis, pendant que la séance de magie reprenait...
« Ch-chef ! »
« Mmh, qu'y a-t-il ? »
Un soldat de la tribu des chiens rouges déboula sur la place, haletant. Une urgence, c'est évident.
« Encore des gobelins ! »
« Quoi ! Encore ? Combien ? »
« Cette fois, dix. Mais c'est bizarre. »
« Hum. Qu'ils apparaissent deux fois de suite... »
Les gobelins, ça pullule partout, non ? Ils se reproduisent vite, de quoi s'étonne-t-on ? Si Fran pose la question, on lui répond que cette région compte peu de démons.
Beaucoup de jeunes nés ici en ont vu pour la première fois hier. Et voilà qu'ils réapparaissent deux jours de suite. C'est bien une anomalie.
« Un groupe a peut-être migré d'ailleurs. »
« Hum. S'il y a un roi, ce sera la galère. »
« Ah. Il faut trouver le nid... »
Hier, vingt gobelins avaient déjà semé le désespoir. S'il y en a encore plus, le village court à sa perte.
Bon, maintenant Fran est là, donc ça va. Arriver pile à ce moment, c'est vraiment de la chance.
« Chef, j'explore les environs. »
« P-ouvez-vous le faire ? »
« Hum. Mais cette fois, je ne peux pas emmener tout le monde. »
« Je comprends. Vous ne feriez que nous ralentir. »
Le chef a dû penser qu'il serait difficile de combattre tout en protégeant les chats noirs. Mais la raison pour laquelle on ne peut pas les emmener est un peu différente.
Avec notre niveau actuel, anéantir une centaine de gobelins prendrait moins de dix minutes. Même en les protégeant.
Mais pour trouver le nid, il faut se déplacer vite, et je veux pouvoir utiliser Téléportation spatiale. S'ils trainent, ils nous gênent.
Donc j'ai jugé qu'on ferait mieux d'agir tous les deux. Un nid de gobelins, il faut l'écraser le plus vite possible.
« Le nouveau groupe, il est où ? »
« Au... au même endroit que la dernière fois. »
« Compris. Personne ne sort du village. Rappeler immédiatement ceux qui sont dehors. »
« Oui ! Compris ! »
C'est appréciable qu'ils obéissent si docilement en pareil cas. On peut partir l'esprit tranquille.
« Bon, on y va. »
« Bonne chance ! »
« Hum. »
Peu importe, mais « bonne chance » (gobuun) sonne comme « chance gobeline » (gobu-un). Enfin, vu qu'on cherche un nid de gobelins, ce n'est pas totalement faux.
« Bon, j'espère qu'on trouvera le nid facilement. »