Au final, nous avons été sauvés par le dieu-bête Léviathan, mais la suite n'a pas été de tout repos. Une fois de retour sur le navire, tout l'équipage était en état de frénésie.
Après avoir croisé une anomalie comme le Léviathan, impossible de garder son sang-froid. Certains restaient hébétés, d'autres riaient bêtement, d'autres encore priaient le ciel.
Jérôme et le second maître rient tous les deux, secs.
C'est un miracle que le navire n'ait pas chaviré sous les vagues déclenchées par le Léviathan.
Attends, toutefois ? Pour une bête de cette taille qui se déchaîne, les vagues n'étaient pas si impressionnantes. Est-ce qu'il a évité de faire des vagues pour ne pas retourner l'Argieba ? Non, impossible. Il devait plutôt utiliser une technique pour réduire la résistance de l'eau afin de nager vite, et c'est cet effet qui a limité les vagues. On a eu de la chance.
Ensuite, Mordred a repris ses esprits le premier, puis Jérôme, puis le second maître. C'est Fran qui les a légèrement secoués pour les réveiller.
Mordred a l'air passablement traumatisé. Son calme habituel a volé en éclats, il crie presque.
« J'ai transpiré une vie entière… C'est un miracle que mon cœur n'ait pas lâché… Plus jamais ça. Je n'accepterai plus de mission d'escorte navale pendant un bon moment ! »
Dragon des mers, Kraken, Midgardsormr. Et pour finir un Léviathan, menace de rang S. Une suite de rencontres avec des grands monstres où croiser leur route équivaut à une mort quasi certaine, et on a failli être emportés dans des combats féroces. Même Mordred a dû ressentir une peur considérable.
« Hé, hé, hé ! Vous avez vu ? Vous avez vu, hein ?! »
« Oui. Cependant, dans un endroit pareil… Non, mais… »
Jérôme est dans un état d'excitation incroyable. Penché par-dessus le bastingage, il scrute la mer où le Léviathan a disparu. Le second maître, lui, n'en revient toujours pas. Face à eux, Fran pose une question.
« Le Léviathan ne sort pas que dans la Mer Démoniaque ? »
D'abord, rien que sa tête était d'une taille ahurissante. Du cou au museau, il devait faire près de cent mètres, et du sommet du crâne au menton, quarante à cinquante mètres facile. Or, la profondeur par ici tourne autour de trois cents mètres. Enfin, trois cents au plus profond, donc il y a pas mal d'endroits à cent mètres seulement.
Pour un Léviathan aussi gigantesque, ce n'est pas un terrain de jeu commode. Il risquait de se frotter le ventre.
« Le passé, c'est le passé. Certes, les témoignages ne venaient que de la Mer Démoniaque, mais rien ne dit que ça durera éternellement. Après tout, c'est une créature légendaire qui dépasse l'entendement humain. »
C'est vrai. Comme cette fois, il a pu bouger pour chercher de la nourriture, changer de territoire, plein de raisons possibles.
D'ailleurs, avec sa vitesse, son aire de déplacement devait être vaste. Peut-être qu'on ne l'a vu que dans la Mer Démoniaque, mais qu'au fond des océans, il va où bon lui semble.
« Bien, profitons-en pour quitter ce secteur ! »
« Le Léviathan les a fait fuir, les Krakens ont tous disparu. C'est notre chance. »
Maintenant qu'il le dit, la présence des Krakens a totalement disparu des environs. L'apparition successive de deux monstres supérieurs, Midgardsormr et Léviathan, les a fait tous filer d'un coup.
Les pirates qu'on a jetés à l'eau ne donnent plus signe de vie non plus. Enfin, ils ont dû servir de cadeaux aux Krakens, se faire avaler par Midgardsormr, ou être emportés par les vagues, tout est possible.
« Et celui-là, on en fait quoi ? »
Mordred revenu à lui tape du pied sur l'homme étendu à ses pieds.
Suares, qu'on a embarqué malgré nous. Torturé par l'interrogatoire de Mordred, il est inconscient.
« On le largue quelque part ? »
Mordred demande ça. Maintenant que le dragon des mers est parti, le garder en vie n'a plus grand intérêt. Mais comme c'est un ancien prince d'un autre pays, le laisser en vie pourrait servir.
Le capitaine Jérôme sert une nation, après tout.
Il pourrait devenir une carte diplomatique. Ou un foyer d'ennuis. Mais ça, je laisse Jérôme et les siens gérer.
« Hum… On l'enferme dans la cale pour l'instant ? »
« Ce serait plus prudent. Il y a peut-être une prime sur sa tête. »
« Le navire dragon, il l'a forcément volé en fuyant le pays. »
Parce qu'il est de sang royal, on pourrait se dire qu'on lui a offert en guise de cadeau de départ ? J'ai eu la pensée, mais c'est absolument impossible, paraît-il.
Le navire dragon est une force stratégique, quasi vitale pour le pays. Ils ne le confieraient jamais à un exilé. Et s'il semait le trouble à l'étranger, ça déclencherait un incident diplomatique.
C'est certain : Suares l'a emporté de son propre chef en désertant.
« Le liquider ici serait simple, mais il peut encore avoir de la valeur. »
Voilà comment Suares a fini emmené en cale par Mordred. La surveillance est confiée aux aventuriers.
« Princesse Foudre Noire, ça va ? »
« Vous avez l'air épuisée… »
« Mm… Juste un peu lourde. »
L'invocation de la Foudre Noire à plein régime a vidée ses forces et sa magie. Elle peut marcher, mais un combat sérieux est hors de question.
« C'est normal après une attaque de cette ampleur. De toute façon, dans cet état, vous ne comptez pas comme force de combat si un monstre apparaît. Retournez vous reposer. »
« Mm. J'accepte l'invitation. »
En échange, on laisse Urushi sur le pont. Avec son flair et Mordred, les monstres ne nous prendront pas par surprise.
« Urushi, je compte sur toi. »
« Je t'en prie. »
« Wouf ! »