De retour de la reconnaissance au village de Horna, Fran expliqua la situation aux villageois.
Grâce aux paroles du commandant capturé, ils obtinrent leur confiance immédiatement.
Simplement, la suite des événements restait floue. Les villageois non plus n'avaient jamais connu pareille situation et ne savaient pas comment agir.
« Évacuer, c'est bien beau, mais où donc ? »
« Ben, le village voisin à l'ouest... »
« Impossible ! Ce village-là a aussi de grandes chances d'être attaqué. »
« Alors, on tente le tout pour le tout, on fuit vers le nord ? »
« Traverser une zone où pullulent les bêtes magiques avec femmes et enfants ? Hors de question ! »
Les discussions animées se succédaient, mais personne ne proposait de bonne idée. Ou plutôt, il n'y en avait pas de bonne. Quel que soit le mouvement, les inconvénients l'emportaient.
Tandis que la ligne de conduite restait indécise, l'armée du Tooru s'était déjà approchée à portée de vue du village.
« C'est grave ! L'ennemi est là ! »
« Dé, déjà ? »
« C'est trop rapide, bordel ! »
Nous étions tout aussi surpris.
Apparemment, ils ne venaient pas du village voisin que nous avions pris d'assaut, mais d'une tout autre direction. Il semblait y avoir plusieurs détachements, et ce n'étaient pas les hommes menés par le Loup des Vents.
Qui plus est, l'armée ennemie était apparue à l'ouest. Le chemin de montagne par où nous étions passés était désormais coupé. Les quelques villages qui s'y trouvaient avaient sans doute déjà été piétinés.
À l'est, le détachement du Loup des Vents se rapprochait ; à l'ouest, une troupe inconnue. Complètement pris en tenaille, nous avions perdu toute issue de fuite.
Comme ils pensaient avoir encore un ou deux jours de répit, le trouble des villageois était grand. Certains affichaient même un air désespéré.
Ils avaient compris qu'il n'y avait plus rien à faire.
L'évacuation était impossible. Où qu'ils aillent, les jambes des enfants ne les mèneraient pas assez vite pour échapper à la poursuite.
Se rendre ? Pas envisageable non plus. Le commandant ennemi avait lui-même dit que c'était pour en faire des sacrifices. Se rendre équivalait à la mort.
Au final, il ne restait qu'à s'enfermer dans le village et accueillir l'ennemi. Tout le monde comprenait qu'un siège sans espoir de secours s'effondrerait vite. Pourtant, il n'y avait pas d'autre choix.
« Fran-san. Toi, tu fuis. »
« C'est le problème de Leidos, da. »
« Avec les gens-insectes et toi, vous pourriez encore vous en tirer maintenant, non ? »
Des paroles inattendues.
Pas « aidez-nous », mais « fuyez ». Alors qu'ils étaient condamnés à mort certaine, ils se souciaient de la vie de Fran et des siens.
Je n'étais pas le seul à en avoir la gorge serrée.
« ……Je ne fuirai pas. »
« Qu'est-ce que tu dis ! C'est dangereux ici ! »
« Je ne peux pas laisser Meimei et les autres derrière moi. »
« Tu t'es bien entendu avec ces gamines, hein. Merci. »
« Mais c'est bon, vraiment. »
« C'est pas bon du tout ! »
Fran secoua vigoureusement la tête, et les villageois lui firent ce visage doux qu'on réserve à un enfant qui fait un caprice.
Sans doute, au moment où ils avaient décidé de cacher des rebelles, les villageois s'étaient-ils déjà résignés à cette issue ? Cette fois, ce n'était pas en tant que rebelles qu'ils allaient être châtiés, mais ils avaient forcément quelque part l'acceptation que leur village soit attaqué et qu'ils y perdent la vie.
Sans se laisser troubler, les villageois continuaient de dire à Fran et Quinto de s'enfuir, eux seuls.
« C'est triste qu'un voyageur meure à cause de notre village. »
« Et puis, c'est pas dit qu'on va mourir. Le Chevalier Rouge viendra sûrement nous sauver. »
« Ouais ! C'est ça ! C'est sûr ! Les Chevaliers du Drapeau Rouge viendront nous aider, c'est certain ! »
Les villageois ne croyaient pas sérieusement que le Chevalier Rouge viendrait. S'il avait pu bouger, les Chevaliers du Drapeau Rouge seraient intervenus avant que d'autres villages ne soient piétinés.
Influence de la guerre contre le royaume de Kranzel ? Liens avec le duc ? Pour une raison ou une autre, les Chevaliers du Drapeau Rouge ne pouvaient pas sortir, et les villageois l'avaient deviné.
Pourtant, ils avaient prononcé ce nom pour rassurer un peu Fran. Mais ce fut l'effet inverse.
Les Chevaliers du Drapeau Rouge. Fran en avait tué le chef et leur avait infligé de lourdes pertes. Il n'était pas concevable qu'ils aient encore la marge de venir sauver ce village.
Elle avait elle-même anéanti le protecteur de cette région. Connaissant Fran, elle ne pouvait pas se dire que c'était inévitable à cause de la guerre.
Et si cela entraînait du tort envers des gens avec qui elle s'était liée, d'autant plus.
(Maître. Urushi)
'……Je sais. Je ne te dirai pas de fuir ici.'
(On on !)
Sur Urushi, ne seraient-ce que les enfants pouvaient être sauvés. Mais un tel coup ferait culpabiliser Fran. Fuir ne serait qu'un ultime recours. Et moi non plus, je veux protéger tous les habitants de ce village.
'Empêcher les soldats d'avancer tout en cherchant les commandants ennemis. Ces quatre chefs de corps d'armée qui détiennent les flûtes.'
(Mmh !)
Exterminer les dizaines de milliers de surhumains n'est pas réaliste. Mieux vaut viser les chefs de corps qui contrôlent les soldats avec leurs flûtes.
'On frappe le détachement de l'ouest avant l'arrivée de celui du Loup des Vents. Si ça marche, on pourra peut-être faire fuir les gens de Horna vers l'ouest.'
(Je vais faire de mon mieux)
(On !)
En peu de temps, Fran et Urushi étaient devenus très attachés aux gens de ce village. Ils arboraient un visage déterminé, la combativité au bord des lèvres.
« Je vais me battre. »
« ……Vous êtes vraiment cons, tous les deux. »
« Vraiment, ouais. »
Les villageois sourirent avec tendresse. La détermination de Fran leur avait été transmise. C'est alors que Quinto, l'homme-insecte, arriva en courant.
« Nous, avec Fran-san, nous occuperons l'armée de l'ouest ! Les villageois, tenez les remparts ! »
Face à cette déclaration qui ne laissait aucune place à la fuite, les villageois éclatèrent d'un rire encore plus franc.
« Ahahaha ! Vous êtes tous cons ! »
« Hahaha ! C'est ça ! »
Quinto fit une tête ahurie face aux villageois qui se mettaient soudain à rire.
« Qu-, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Nan nan ! Rien du tout ! »
« Allez, tout le monde, on y va ! »
« Quinto, on y va. »
« Hein ? Hein ? »