« Haha, des cochons qui dominent les humains, c'est une blague, non ? »
Le commandant de garnison a balancé ses griefs contre le pays.
Il est certain que le royaume de Reidos pratique un endoctrinement, mais tout le monde n'y semble pas soumis docilement.
« En plus, y a des types qui foutent le bordel chez nous depuis peu. »
« Qui foutent le bordel ? »
« Ouais. Ils attaquent les manoirs des nobles, piquent la bouffe et la redistribuent dans les quartiers pauvres. Franchement, c'est chiant, mais si on discute avec eux, ce sont des types marrants... Paraît qu'ils viennent du royaume de Kranzel. »
« Quel genre de gens ? »
« D'après ce qu'ils disent, c'est une bande de mercenaires composée uniquement de demi-insectes. Et y aurait aussi un vieux aventurier costaud avec eux. »
'Attends, ça serait pas...'
'(Nighthart et les autres ?)'
« Probablement. »
Apparemment, Nighthart et Demetris font ce qui leur chante dans le royaume de Reidos.
En creusant, leurs méthodes sont complètement dingues.
Ils ciblent bien des nobles cupides et leurs sbires, mais leur façon de faire est d'une brutalité rare. Attaques frontales de manoirs avec mise hors de combat de tous les gardes, raids sur des unités en exercice pour leur voler leurs provisions...
Ils mènent aussi une sorte de mouvement de libération d'esclaves, allant jusqu'à tuer des nobles qui refusent de renoncer à leurs droits de propriété.
Ils doivent éliminer les propriétaires qui refusent de lâcher leurs anciens camarades réduits en esclavage de force.
Nighthart et sa bande sont prêts à trahir le royaume de Kranzel pour libérer leurs vieux camarades capturés. Ils n'hésiteront pas à user de la force.
Si on se met à la place de Fran, elle en ferait tout autant pour sauver les siens, les Noirs-Chats tombés dans l'esclavage clandestin.
Quant à Demetris qui distribue de l'aide dans les quartiers pauvres... Mystère. Ce vieux est capable de n'importe quoi sur un coup de tête.
Néanmoins, ni Nighthart ni Demetris ne s'en prennent quasi jamais à des gens qui bossent honnêtement. Le commandant dit même les avoir affrontés deux fois.
« Les deux fois, j'ai été plié en un clin d'œil. Enfin, vu que je suis pas mort, "plié KO en un éclair" serait plus juste. »
Il a perdu connaissance face à un homme-mante et s'est fait filer. C'est forcément Nighthart.
Puisque le vieux est en tête lors des vols de nourriture, Demetris doit diriger cette équipe. Peut-être qu'ils se sont partagé le boulot : sanction des nobles pourris pour Demetris, libération d'esclaves pour Nighthart.
On a aussi essayé de tirer des infos sur le Gouverneur Suprême du Sud aux prisonniers, mais ils n'en savaient pas plus que ça. Vraiment traités comme de la chair à canon.
Pour ce qui est des "infos internes", on a juste glané quelques bribes sur la vie du peuple. Quant aux morts-vivants qui ont attaqué Alessa, ils n'étaient pas au courant.
En revanche, dans les terres du Gouverneur Suprême du Sud, les morts-vivants sont utilisés un peu partout ces temps-ci, et les nécromanciens pullulent. Peu de gens peuvent en invoquer des milliers, mais ils en ont deux en tête.
« Y en a un qui fait partie de l'unité utilisant des morts-vivants appelés "Kokugai". Surtout leur siège numéro 1, un mage du nom de Nameless, dont j'ai ouï dire qu'il était sacrément doué. »
Même au sein de Reidos, le fait que le Bataillon Kokugai soit composé uniquement de morts-vivants n'est pas de notoriété publique. Nameless est simplement perçu comme un humain maniant la nécromancie.
« Et l'autre ? »
« Son nom ne circule plus récemment, mais un mage appelé Onslaught était très connu. Rien d'étonnant : un nécromancien talentueux, ça attire l'attention. »
« Qu'est-ce qu'il est devenu ? »
« Aucune idée. L'an dernier, il a brutalement disparu... C'était un type aux rumeurs persistantes : tué par un vengeur, engagé par l'État pour les sales besognes, on racontait tout et n'importe quoi. »
« Quelles rumeurs ? »
« Qu'il tue des gens pour gonfler ses rangs de morts-vivants, qu'il vénère un dieu maléfique... Ah, y avait aussi la rumeur qu'il serait en fait un monstre déguisé en humain. »
En gros, un type à la conduite si pourrie qu'on colporte n'importe quoi sur son compte.
« Bon, on les escorte jusqu'à Alessa pour l'instant. »
« Ouais. Écoutez, on vous emmène en ville. Si vous tenez à votre peau, vous faites pas les malins. »
'Fran ! Ça sonne comme si NOUS on était les méchants, là !'
Ensuite, on a récupéré les éclaireurs et ligoté les mages de terre aussi. Les membres sectionnés ? Bien recousus, t'inquiète.
On les a foutus sur le dos d'Urushi en mode maxi et filé droit sur Alessa. J'ai entendu des cris, mais Fran a fait la sourde oreille. Quelques confidences ne suffiront pas à effacer son hostilité envers Reidos.
Toutefois, vu qu'elle fait gaffe à pas les faire tomber, sa dent contre ces soldats s'est peut-être un peu émoussée.
En route, je réfléchis.
D'où a surgi cette armée de morts-vivants qui encerclait Alessa ? Difficile à croire qu'un paquet de nécromanciens se soient concertés pour les invoquer. Rien que passer la frontière relève du parcours du combattant.
Alors, un seul mage de haut niveau ? Bizarre aussi. Grande horde, oui, mais pas de quoi prendre une ville. Franchement, c'était une attaque inutile.
Je me suis demandé s'ils visaient à rapatrier ne serait-ce qu'un peu des forces frontalières vers le Kranzel, mais même pour ça, ça faisait léger.
Pas de coordination non plus avec les mages qu'on a capturés. Vraiment, ça n'a aucun sens.
Tandis que je rumine, Alessa apparaît. Pas de nouvelle vague de morts-vivants en vue. La ville a l'air d'avoir retrouvé un peu de calme.
L'instant d'après.
*DOU !*
Une détonation phénoménale, et du cœur du quartier noble d'Alessa s'élance une colonne de lumière. Dans la foulée, une onde de choc souffle les manoirs aux alentours.