Tout en dévisageant le géant anti-magie qui tombait du ciel, Earthras serra la main sur Gaia, l'épée de la terre. Ses muscles tendus se gonflèrent, s'hypertrophiant. Son corps, déjà musclé à la base, ressemblait maintenant à un bloc de muscles purs.
Il tordit le corps, adoptant une stance où l'énorme tête marteau de l'épée effleurait presque le sol. Ça rappelle le backswing au golf, non ?
Dans cette position, on devinait qu'il concentrait sa puissance magique dans le god sword. Earthras avait l'intention d'intercepter le géant anti-magie.
Tous deux recelaient une énergie surnaturelle, bien au-delà de ce que nous pouvions atteindre. Quelle catastrophe leur choc allait-il provoquer ?
« Cours, cours, cours ! »
J'exhortais Fran. Je la pressais. Nous avions pourtant pris de la distance, mais mon détection de danger réagissait encore.
Quelques secondes après avoir commencé à courir. Fran devait être à fond, pourtant j'avais l'impression qu'elle avançait au ralenti. Une telle frustration me rongeait.
Nous avions déjà rattrapé Orpharv et les autres.
« Tout le monde ! Fuyez ! »
« C'est impossible ! Unité boucliers ! En avant ! »
« « « Ouais ! » » »
Fran avait décidé de s'arrêter là, avec tout le monde. Elle stoppa net derrière les nains.
« Fran ! On utilise la magie de résonance ! »
(Compris !)
Ce que nous faisions résonner, c'était la magie de feu et la magie de vent. Et pas pour attaquer : pour défendre.
Le Flame Barrier qui bloque la chaleur et le Wind Shield qui stoppe le vent. En les faisant résonner, nous allions créer un mur géant pour affaiblir l'onde de choc.
Même si nous ne pouvions pas tout bloquer, l'affaiblir ne serait-ce qu'un peu aiderait l'unité boucliers des nains.
« Barrière de choc à large zone ! »
De plus, Celiadot déploya une énorme barrière. Elle avait dû accumuler son pouvoir en silence, prête à intervenir le moment venu.
À peine notre mur de résonance et la barrière de Celiadot formaient-ils un double rempart devant les nains…
Qu'une météorite s'écrasa.
Juste avant l'impact, son mouvement parut ralentir : sans doute l'effet de l'interception d'Earthras.
Pourtant, il n'avait pas pu la repousser complètement.
Une explosion titanesque se produisit, lumière, souffle et débris fauchant le sol.
Notre mur vola en éclats instantanément. La barrière de Celiadot tint un peu plus, mais pas une seconde entière. Les boucliers magiques que brandissaient les nains furent rongés d'un coup. Pourtant, les nains tinrent bon.
Ils y mirent toute leur puissance magique, empêchant de justesse l'effondrement total des boucliers. Après quelques secondes de bras de fer, la tempête environnante retomba.
L'unité boucliers naine était exténuée, pas un seul capable de tenir debout ; ils s'effondrèrent sur place. Mais grâce à eux, pas de grosses pertes.
Des blessés par les débris tombants, mais pas de morts. Les démons se mirent immédiatement en mouvement pour soigner les blessés.
Laissant les secours à leur charge, nous balayâmes la poussière alentour d'un coup de magie de vent pour nous préparer à la prochaine attaque du géant anti-magie. Et un spectacle stupéfiant s'offrit à nous.
Le sol avait été creusé en profondeur. Seul l'endroit où nous nous tenions était intact grâce aux nains, mais tout autour, le terrain avait baissé d'un cran, comme creusé par des engins.
Et cela s'étendait à perte de vue. On aurait dit plutôt que notre zone s'était retrouvée surélevée par rapport au reste.
L'onde de choc avait raclé la surface en profondeur. Mais c'était encore bien moindre qu'à l'épicentre.
Un trou circulaire béant. Comme si un pilier cylindrique avait été enfoncé bien profond puis retiré, un trou rond et profond.
La majeure partie de l'énergie de l'impact avait dû être concentrée droit en bas par l'anti-magie.
Si cette énergie s'était dispersée latéralement, nous n'aurions pas survécu non plus.
Quant aux protagonistes : le géant anti-magie gisait un peu à l'écart du grand trou. Son corps, sphère parfaite comme une pleine lune, était brisé, entaillé ; vu d'ici, on dirait un croissant de lune tombé au sol.
Il a dû perdre environ 70 % de son volume ? Seule une partie de la surface subsiste, le noyau a disparu.
Pourtant, sa puissance magique n'a pas disparu. La régénération a déjà dû commencer à l'intérieur.
De son côté, Earthras gisait juste à côté du grand trou. Tout son corps était carbonisé, il ne bougeait pas d'un millimètre.
« Earthras ! »
En courant vérifier, je constatai qu'il tenait encore à la vie. Un bras manquant, le bas du corps écrasé, déformé.
Mais tant qu'il vit, on peut le sauver. D'ailleurs, la régénération a déjà commencé. Nous nous mîmes à le soigner en urgence. Avec la détermination d'épuiser toute notre puissance magique, nous enchaînâmes les sorts de guérison.
« … La lumière de la corne s'est arrêtée. »
« Ouais, on a eu chaud… »
Le corne sur le front d'Earthras, effondré, brillait en rouge, gagnant en intensité à chaque instant. Au bord de la mort, son hôte, la furie démoniaque allait se déclencher.
La guérison des blessures l'a stoppée, apparemment.
« S'il se mettait à rampager maintenant, on ne sait pas ce qui arriverait. »
« Mhm. »
Si Earthras se relevait pour achever le géant anti-magie, ce serait parfait. Mais les choses ne se passent pas si bien.
Il y a plus de chances qu'il se retourne contre nos troupes et fasse un carnage.
Ce qui signifierait l'anéantissement de nos camarades et la résurrection complète de l'anti-magie.
« Fran. Nous aussi, on y va. Si on ne l'achève pas ici, ça va être très grave. »
On ne sait pas si Earthras, une fois réveillé, pourra encore combattre. Il fallait porter le coup de grâce maintenant.
Confions Earthras aux aventuriers arrivés près de lui, Fran rejoignit les nains. Mais l'attaque ne se passa pas comme prévu.
Les préparatifs n'étaient pas finis, la puissance de feu manquait pour faire disparaître l'anti-magie. Même situation que quand Adol s'était précipité.
Mea et les autres, sur qui on comptait, avaient été soufflés par l'explosion, introuvables. Pas morts, je pense, mais…
Une teinte d'impatience commençait à poindre dans toute l'armée. La vitesse de régénération du géant anti-magie dépassait désormais notre rythme d'attaque.
S'il récupère totalement, plus aucune option ne restera. Quelle contre-attaque ? La seule qui me vienne : faire fuir Sophie seule, et confier à Nocta, qui peut utiliser le chant des aventuriers, le soin d'intercepter le géant anti-magie.
Beaucoup mourraient, mais aucune autre stratégie gagnante n'existait.
Pendant que je ruminais ça, une jeune fille descendit du chariot. Les soldats l'avaient protégée de leurs corps, elle n'avait presque pas de dommages.
Ah oui, j'avais oublié son existence.
« Ajisai. »
« Sakaki, Shikimi. Je vous laisse la suite. »
« … Compris. »
« … Je m'en charge. »
« Je risque de vous emporter dans le coup. Désolée. »
Ajisai baissa la tête vers les nains et les démons autour d'elle, avec une décontraction déplacée. Et elle dégaina le god sword.
« Ajisai ! »
« Fran. On se sépare ici. Pour ramener Berserk au pays, il faut vaincre celui-là. C'est moi qui porterai le coup de grâce. »